Archives de catégorie : Pérou

Expédition Nord Pérou 2016

L’équipe à la cabane du Belge, Massif de Chirimoto, Rodriguez de Mendoza, Amazonas, Pérou (16/8/2016).

L’expédition franco-péruvienne Nord Pérou 2016 s’est déroulée du 12 août au 16 septembre 2016 dans les régions de Amazonas et de San Martin dans le nord du Pérou. Environ 12 kilomètres de galeries ont été topographiés dans trois massifs distincts :

Tragadero de Palmira, Chirimoto, Rodriguez de Mendoza, Amazonas, Pérou (17/8/2016).

– le massif de Chirimoto (Rodriguez de Mendoza, Amazonas) a livré quelques petits systèmes pertes-résurgences dont les cours d’eau coulent sur un socle de grès imperméable. Le système de Palmira (dév. : 1550 m, dén. : 110 m), le Tragadero de Cacapishco (dév. : 1897 m, dén. : 90 m) et le Chalan de Emiterio (dév. : 1366 m, dén. : 109 m) sont les principales cavités explorées.

Entrée de la Cueva del Frio, La Jalca, Chachapoyas, Amazonas, Pérou (26/8/2016).

– le massif de La Jalca (Chachapoyas, Amazonas) présentent diverses dépressions et pertes situées vers 3000 m d’altitude probablement drainées par une émergence unique (la source de Timbuj) située environ 1000 m plus bas dans la vallée de l’Utcubamba. La Cueva del Frio (dével. : 587 m, déniv. : 95 m) pourrait constituer une entrée possible au système souterrain, comme l’indique le courant d’air aspirant observé dans la cavité.

 

Toboggans du Tragadero de Bellavista, Nueva Cajamarca, Rioja, San Martin, Pérou (13/9/2016).

– le massif de l’Alto Mayo (Rioja, San Martin) est l’entité karstique la plus vaste du Pérou qui s’étend sur environ 40 km de longueur. On y trouve de puissantes résurgences, d’un débit de l’ordre de 15 à 20 m3/s, mais aussi une forêt dense sans voie d’accès. La plupart des parties hautes du massif reste hors d’atteinte. Toutefois, un gouffre a livré des prolongements, il s’agit du Tragadero de Bellavista (dév. : 1094 m, dén. : 306 m) dont l’exploration s’est arrêtée sur rien au sommet d’un puits. Par ailleurs, une cavité majeure a été topographiée, la cueva de la Piedra Brillante (dév. : 2329 m, dén. : 57 m), une rivière souterraine récemment explorée par les habitants de Perla de Daguas. Enfin, la Cueva de la Mano Negra de Chaurayacu a été reconnue sur plus d’un kilomètre (dév. : 1162 m, dén. : 81 m).

 

On aura avantage à consulter le site internet Cuevas y Tragaderos del Perú, qui rend compte de toutes les explorations spéléologiques au Pérou. http://cuevasdelperu.org/

En marge des explorations spéléologiques, il est à signaler la participation d’une dizaine de membres de l’expédition Nord Pérou 2016 au premier symposium international du karst à Tarapoto (San Martin) les 5 et 6 septembre 2016.

http://simposiodelcarstperu.blogspot.fr/

Une partie de l’équipe dans la Cueva de la Piedra Brillante, Nueva Cajamarca, Rioja, San Martin, Pérou (8/9/2016).

Enfin, il faut signaler la présence de deux spéléologues français (FFS) sur le site de la grotte de Palestina (Nueva Cajamarca, San Martin) où une formation de spéléologie a été dispensée à des stagiaires péruviens du 27 au 30 août 2016. La participation remarquée de pompiers et de guardaparques en charge de la protection des parcs et réserves du Pérou a permis d’établir de nombreux contacts avec les gestionnaires des principales zones karstiques du pays.

 

Plusieurs nationalités étaient représentées : péruvienne, française, brésilienne et italienne. Cette diversité des participants ne fait que confirmer le caractère international de l’expédition Nord Pérou 2016 organisée conjointement par le Espeleo Club Andino (ECA) de Lima et le Groupe Spéléologique de Bagnols Marcoule (GSBM) depuis plus de 10 ans déjà.

Participants :

Damien Vignoles, Jean-Yves Bigot, Naomi Mazzilli, Liz Hidalgo, Jean Loup Guyot, Constance Picque, Xavier Robert, James Apaéstegui, Jean-Denis Klein, Nathalie Klein, Tini Alvarado, Angela Ampuero, Jean-Sébastien Moquet, Luca Rava, Clémentine Junquas, Maria Elina Bichuette, Jonas Eduardo Gallão, Lilia Senna Horta, Ezio Rubbioli.

Jean-Denis Klein (Groupe Spéléologique de Bagnols Marcoule) et James Apaéstegui (Espeleo Club Andino de Lima).

Une équipe franco-péruvienne engagée dans le secours de la Cueva de Inti Machay au Pérou

L’alerte

Le jeudi 18 septembre 2014, Nous sommes encore à Nueva Cajamarca quand nous apprenons qu’un accident est survenu à -400 m de profondeur dans une grotte près de Leymebamba (Amazonas, Pérou). La victime a fait une chute de 5 m à la suite d’une rupture d’un amarrage naturel. L’homme souffre de lésions à la colonne vertébrale et nous ne savons pas s’il a perdu l’usage de ses jambes.

Les membres de l’expédition franco-péruvienne Nueva Cajamarca 2014, organisée par le Groupe Spéléologique Bagnols Marcoule (GSBM) et l’Espeleo Club Andino (ECA) de Lima, sont prêts à intervenir. Tous se sont quittés il y a seulement quelques jours après la fin de l’expédition et décident de converger vers le lieu de l’accident au camp d’Hermoso Horizonte, près Leymebamba (fig. 1). Certains sont encore dans le Nord du Pérou et rejoignent rapidement le camp de d’altitude d’Hermoso Horizonte dans le massif de Lugar Tranquilo couvert par la Selva Alta. A plus de 3200 m, les conditions sont difficiles ; il pleut depuis plusieurs jours et le terrain est impraticable. En plus, il y fait froid et on manque de tout : eau potable, riz, sucre, café…

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fig.1 Situation de la Cueva de Inti Machay au Pérou

Dans une petite cabane (fig. 2) qui servira de QG, nous sommes accueillis par un groupe de filles très organisées de l’expédition hispano-mexicaine Inti Machay 2014. Elles ont à cœur de sortir leur camarade, Cecilio Lopez Tercero, piégé au fond du gouffre. Jean-Denis Klein, ancien conseiller technique (CT) du Gard des années 80, prend l’initiative d’organiser le secours souterrain assisté par deux membres de l’expédition Inti Machay 2014. Cette expédition, composée de deux Espagnols, de cinq Mexicains, d’une Française et d’une Italienne, avait pour principal objectif l’exploration de la Cueva de Inti Machay lorsque l’accident est survenu.

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Fig. 2 : La cabane à Hermoso Horizonte dans le massif de Lugar Tranquilo, près Leymebamba.

Les renforts

Là-haut, le site d’Hermoso Horizonte et un camp d’altitude situé à 1 h de marche de la Cueva de Inti Machay. Il est occupé par les effectifs nombreux de la police, de l’armée, des pompiers et de la Force aérienne du Pérou. En tout, beaucoup de monde d’une utilité discutable qui nous oblige à rationner notre nourriture… Car nous devons leur servir un repas par jour.

Nos collègues de l’ECA arrivent de Lima par avion, puis par hélicoptère. Ils sont accompagnés d’un médecin-pompier péruvien qui a accepté de descendre dans la grotte, bien qu’il ne soit pas spéléologue. Avec l’arrivée du reste de l’équipe, il est maintenant possible d’envisager une sortie pour remplacer l’homme qui veille Cecilio depuis deux jours au fond de la grotte. Cette grotte est en fait un « tragadero », c’est-à-dire une perte, qui descend d’abord par de petits ressauts à la profondeur de -200 m. Ensuite, la cavité accuse un profil plus vertical jusqu’à la profondeur de -400 m. Inti Machay, la « grotte du soleil » en Quechua, est équipée en première, ce qui signifie que de nombreux ressauts ou puits nécessitent des amarrages et cordes supplémentaires.

Selon le médecin, qui a examiné Cecilio, les vertèbres L2 ou L3 seraient touchées mais la moelle épinière ne l’est pas, car Cecilio Lopez Tercero peut remuer ses jambes (fig. 3). Par ailleurs, le constat des membres de l’équipe franco-péruvienne (GSBM-ECA) est sans appel : « Nous ne parviendrons jamais à sortir Cecilio seuls. Il faut une équipe d’au moins 40 spéléologues spécialisés dans les secours souterrains pour le tirer de là ».

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Fig. 3 : Le médecin-pompier de Lima au chevet de Cecilio à -400 m dans la Cueva de Inti Machay.

Bras de fer en Espagne

Pendant ce temps en Espagne, les réseaux sociaux (Facebook, etc) fonctionnent et des manifestations de spéléologues sont organisées à Madrid pour contraindre le gouvernement espagnol à envoyer des secours. Mais celui-ci répond qu’il n’a pas de lignes budgétaires pour cela. Par ailleurs, l’organisation des secours relève de l’Etat souverain : le Pérou qui n’a pas demandé l’intervention d’une aide extérieure…

Or, il se trouve que la victime, Cecilio Lopez Tercero, est membre du spéléo-secours de Madrid. Il a des amis prêts à intervenir, même s’ils doivent payer les frais de leur voyage à Lima.

Les Espagnols ont pris les choses en mains et coordonnent les secours. Bientôt, des secouristes affluent de toutes les régions d’Espagne et, par vagues successives, viennent grossir les effectifs.

Avec l’arrivée de la première vague de secouristes espagnols composée de six spéléologues très motivés, nous organisons une sortie dans la grotte. Au début, les Espagnols ne semblent pas convaincus par nos dires… Cependant, une sortie suffit pour qu’ils comprennent que leur objectif est trop ambitieux.

Un point chaud est installé à -300 (fig. 4), mais il faut renoncer à transporter le blessé de -400 à -300 m, car la pose des amarrages et des cordes prend du temps et nous ne pouvons pas rester des heures dans la cavité sans risquer un sur-accident…

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Fig. 4 : Installation des équipements et du point chaud à -300 m.

Au total, nous passons 16 h dans la grotte et Cecilio est un peu déçu de ne pas pouvoir « décoller » de -400 (fig. 5).

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Fig. 5 : Coupe schématique de la Cueva de Inti Machay (d’après Patrice Baby).

Pour l’équipe franco-péruvienne, la mission est terminée, car nous sommes intervenus sur le secours sans avoir été réquisitionnés et nous avons tous des obligations.

Nous descendons le 24 septembre 2014 dans la vallée d’Atuen pour rejoindre Leymebamba après 6 jours consacrés au premier secours spéléologique du Pérou.

Nous laissons derrière nous les équipes de secouristes espagnols qui se chargeront de faire le travail. Ce travail est très technique et les journalistes sont stupéfaits de l’apprendre. En effet, la population péruvienne, qui ignore le mot spéléologie, croit qu’il suffit de tirer sur une corde depuis l’extérieur de la grotte pour sauver Cecilio…

Fortes de 58 secouristes, les équipes espagnoles parviendront à sortir Cecilio de son piège. Après 12 jours passés sous terre, Cecilio Lopez Tercero voit enfin le jour le 30 septembre 2014 et sort sous les applaudissements de ses compatriotes et compagnons d’exploration.