{"id":1608,"date":"2026-06-24T09:11:02","date_gmt":"2026-06-24T08:11:02","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/?p=1608"},"modified":"2026-06-24T09:11:02","modified_gmt":"2026-06-24T08:11:02","slug":"mayang-2026-recit-dune-expedition-nationale-au-coeur-de-la-foret-de-papouasie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/?p=1608","title":{"rendered":"Mayang 2026 : r\u00e9cit d&rsquo;une exp\u00e9dition nationale au coeur de la for\u00eat de Papouasie:"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avant la jungle, les caisses de mat\u00e9riel et les cartes !<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a des exp\u00e9ditions qui commencent au pied d&rsquo;une montagne, sac sur le dos, machette \u00e0 la main. Et puis il y a celles qui commencent bien avant : dans des caisses de mat\u00e9riel, des listes interminables, des demandes d&rsquo;autorisation, des r\u00e9unions, des plans de transport, des billets d&rsquo;avion modifi\u00e9s, des cartes griffonn\u00e9es et des hypoth\u00e8ses trac\u00e9es au crayon. Mayang 2026 appartient clairement \u00e0 cette seconde cat\u00e9gorie.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, il y a un objectif immense : retourner en Papouasie-Nouvelle-Guin\u00e9e, dans la r\u00e9gion de Galowe et des hauts plateaux de Mayang, pour poursuivre l&rsquo;exploration d&rsquo;un territoire karstique encore tr\u00e8s largement inconnu. L\u00e0-bas, l&rsquo;eau dispara\u00eet d\u00e8s qu\u2019elle touche le sol, r\u00e9appara\u00eet plus loin, creuse des canyons, alimente des r\u00e9surgences dont la majestueuse source de Mayang. Pour l&rsquo;association d&rsquo;exploration sp\u00e9l\u00e9ologique Centre Terre, l&rsquo;enjeu est clair : comprendre o\u00f9 passe cette eau qui alimente cette imp\u00e9n\u00e9trable \u00e9mergence de Mayang dont le d\u00e9bit fluctue de quelques 10m3 \u00e0 l\u2019\u00e9tiage \u00e0 plus de 200m3 en crue, trouver les acc\u00e8s, relier les morceaux du puzzle, et documenter un monde presque vierge.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_106_EXPLO-VALNGAU-RALAPUSA_copyright-Centre-Terre__Serge-CAILLAULT.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_106_EXPLO-VALNGAU-RALAPUSA_copyright-Centre-Terre__Serge-CAILLAULT.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1615\" srcset=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_106_EXPLO-VALNGAU-RALAPUSA_copyright-Centre-Terre__Serge-CAILLAULT.jpg 1024w, https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_106_EXPLO-VALNGAU-RALAPUSA_copyright-Centre-Terre__Serge-CAILLAULT-300x200.jpg 300w, https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_106_EXPLO-VALNGAU-RALAPUSA_copyright-Centre-Terre__Serge-CAILLAULT-768x513.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Mais une exp\u00e9dition comme celle-l\u00e0 ne se r\u00e9sume pas \u00e0 \u201caller voir\u201d. Il faut tout emporter ou presque : cordes, amarrages, goujons, spits, mat\u00e9riel de plong\u00e9e, compresseur, \u00e9quipement de secours, pharmacie, \u00e9lectricit\u00e9, outils de camp, syst\u00e8mes pour collecter et purifier l&rsquo;eau, instruments scientifiques, nourriture, moyens de communication. Une partie de ce mat\u00e9riel est achemin\u00e9e par fret maritime, enferm\u00e9e dans des caisses qui deviennent, \u00e0 distance, aussi importantes que les membres de l&rsquo;\u00e9quipe. Tant qu&rsquo;elles ne sont pas arriv\u00e9es, l&rsquo;exp\u00e9dition reste d\u00e9munie pour conduire de v\u00e9ritables explorations.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour du noyau sp\u00e9l\u00e9ologique se greffe aussi une \u00e9quipe scientifique. Des chercheurs rejoignent le projet pour \u00e9tudier la biodiversit\u00e9, les insectes, les milieux aquatiques, la faune souterraine, les climats anciens conserv\u00e9s dans les stalagmites et les stalactites. Les cavit\u00e9s ne sont pas seulement des passages \u00e0 ouvrir : ce sont des archives naturelles, des refuges biologiques, des laboratoires cach\u00e9s. Sur le territoire de Mayang, on ne vient pas seulement chercher des kilom\u00e8tres de galerie. On vient aussi chercher des r\u00e9ponses, d\u00e9couvrir un milieu naturel ou aucun \u00eatre humain n\u2019a mis le pied depuis plusieurs d\u00e9cennies au moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a la cam\u00e9ra. Une \u00e9quipe de tournage accompagne l&rsquo;aventure pour un film destin\u00e9 \u00e0 Arte. Cela change tout. Il faut progresser, explorer, pr\u00e9lever, \u00e9quiper, d\u00e9s\u00e9quiper, mais aussi raconter, filmer, capter les visages, les gestes, les attentes, les inqui\u00e9tudes, les moments o\u00f9 l&rsquo;on comprend que quelque chose vient de se passer. Le film doit montrer ce que d&rsquo;habitude personne ne voit : la lente fabrication d&rsquo;une d\u00e9couverte au c\u0153ur d\u2019une exp\u00e9dition ou chaque participant est un acteur, une composante d\u2019un collectif.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entrer sur le territoire !<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e en Papouasie-Nouvelle-Guin\u00e9e ne se fait pas comme dans les r\u00e9cits trop lisses. Les membres arrivent en ordre dispers\u00e9, avec des retards, des vols annul\u00e9s, des correspondances incertaines et des bagages qui ne suivent pas toujours le rythme. Les premiers jours se passent entre achats, v\u00e9rifications, d\u00e9marches et r\u00e9unions. Il faut rencontrer les autorit\u00e9s, pr\u00e9senter le projet, consolider les accords, expliquer encore et encore pourquoi cette exp\u00e9dition a lieu, ce qu&rsquo;elle vient faire, avec qui elle collabore, qu\u2019elle est la philosophie de son projet et que va-t-elle concr\u00e8tement pouvoir apporter aux villageois locaux qui se revendiquent \u00e0 juste titre comme propri\u00e9taires l\u00e9gitimes du territoire de Mayang.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Port Moresby puis dans la province d&rsquo;East New Britain, les rendez-vous officiels s&rsquo;encha\u00eenent. On rencontre l&rsquo;ambassadeur, des repr\u00e9sentants locaux, des responsables institutionnels. Ces moments peuvent sembler loin des gouffres et des rivi\u00e8res souterraines, mais ils sont essentiels. Sans eux, pas d&rsquo;autorisation claire, pas de confiance, pas de cadre. Et sans cadre, pas d&rsquo;exp\u00e9dition durable, et pas de tournage d\u2019un film documentaire de diffusion internationale \u00e0 la cl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vient le contact avec Galowe. L\u00e0, l&rsquo;aventure quitte les bureaux et entre dans le territoire. Il faut expliquer le projet aux habitants, discuter, \u00e9couter, ajuster. Il y a des c\u00e9r\u00e9monies d&rsquo;accueil, des poign\u00e9es de main, des moments de tension aussi, des n\u00e9gociations, des incompr\u00e9hensions \u00e0 lever. Peu \u00e0 peu, une alliance se construit mais le temps presse et tout cela doit \u00eatre men\u00e9 au pas de course sans toutefois risquer l&rsquo;\u00e9chec, c\u2019est la besogne de Bernard, chef d\u2019exp\u00e9dition, de ce projet complexe et de l\u2019\u00e9quipe de pr\u00e9-exp\u00e9dition qui l\u2019entoure. Dans cette n\u00e9gociation, il est clairement \u00e9tabli que des habitants de Galowe participent \u00e0 l&rsquo;ouverture des chemins, au transport, \u00e0 l&rsquo;installation des camps. L&rsquo;exp\u00e9dition ne se pose pas dans un d\u00e9cor vide : elle entre dans un pays habit\u00e9, et elle doit y trouver sa place et inclure les populations.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_35_HELICO_copyright-Centre-Terre__Didier-LAMOTTE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"652\" height=\"489\" src=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_35_HELICO_copyright-Centre-Terre__Didier-LAMOTTE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1611\" srcset=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_35_HELICO_copyright-Centre-Terre__Didier-LAMOTTE.jpg 652w, https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_35_HELICO_copyright-Centre-Terre__Didier-LAMOTTE-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9dition commence vraiment avec l\u2019arriv\u00e9e sur zone de h\u00e9licopt\u00e8re. Dans un premier temps,&nbsp; des reconnaissances sont r\u00e9alis\u00e9es au-dessus d\u2019une jungle imp\u00e9n\u00e9trable. Il faut trouver des zones o\u00f9 poser un h\u00e9licopt\u00e8re afin d\u2019apporter mat\u00e9riels et \u00e9quipiers. Cette phase achev\u00e9e, les rotations s&rsquo;encha\u00eenent, on monte alors les participants, leur mat\u00e9riel individuel, les vivres\u2026 \u00e7a d\u00e9charge, on trie, on r\u00e9partit. Camp 1, Camp 2, puis Camp 3 : les noms deviennent vite des points fixes dans un monde compliqu\u00e9. Chaque camp doit \u00eatre construit \u00e0 partir de rien. Il faut monter les abris, organiser les couchages, prot\u00e9ger la nourriture, installer les espaces communs, capter l\u2019eau de pluie, la stocker, installer l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, les moustiquaires, les communications. La vie d&rsquo;exp\u00e9dition commence par des gestes tr\u00e8s simples : tendre une b\u00e2che, accrocher un sac, trouver o\u00f9 dormir au sec.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les camps et les premi\u00e8res pistes<\/h2>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s vite, les premi\u00e8res \u00e9quipes partent sur le terrain. On descend des canyons, on suit des rivi\u00e8res, on cherche des pertes, des r\u00e9surgences, des gouffres, des indices. Autour de Mayang, de Galowe, de Ralapusa, de Lalu ou de Gauunu, chaque relief peut devenir une piste. La progression est rude : v\u00e9g\u00e9tation dense, blocs glissants, ressauts, rivi\u00e8res, longues marches, visibilit\u00e9 parfois mauvaise. Il faut avancer, regarder, noter, revenir, repartir. La m\u00e9t\u00e9o joue \u00e9galement sa partition, et il faut l\u00e0 aussi composer avec\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers jours rappellent une r\u00e8gle simple de l&rsquo;exploration : le terrain ne donne rien sur commande. Une \u00e9quipe croit tenir une suite, puis le passage se ferme. Une autre descend vers une r\u00e9surgence prometteuse, mais les conditions sont mauvaises. Ailleurs, un canyon impressionne, une rivi\u00e8re attire, une entr\u00e9e semble \u00e9vidente, puis l&rsquo;espoir retombe. On rentre fatigu\u00e9, parfois d\u00e9\u00e7u, toujours tremp\u00e9. Mais, le lendemain, on recommence. Motiv\u00e9s !<\/p>\n\n\n\n<p>Le Camp 1 conna\u00eet son lot de contrari\u00e9t\u00e9s. Les acc\u00e8s sont compliqu\u00e9s, les prospections fortuites ne donnent regard sur aucune cavit\u00e9, et aucune des r\u00e9surgences cibl\u00e9es ne s\u2019av\u00e8rent p\u00e9n\u00e9trables. C\u2019est la frustration et la d\u00e9ception\u2026 Une situation tr\u00e8s famili\u00e8re aux explorateurs : tout indique qu&rsquo;il devrait y avoir quelque chose, mais le terrain n\u2019ouvre acc\u00e8s \u00e0 rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Camp 2, en revanche, peu de temps apr\u00e8s l&rsquo;installation et de premi\u00e8res prospections, l\u2019espoir d\u2019une d\u00e9couverte importante na\u00eet au bout d\u2019un chemin ouvert par nos guides papous. Une premi\u00e8re vraie piste appara\u00eet. On parle d&rsquo;un objectif majeur, d&rsquo;un secteur prometteur sur le plateau, d&rsquo;un canyon, d&rsquo;un lit de rivi\u00e8re, de puits \u00e0 \u00e9quiper. Rien n&rsquo;est gagn\u00e9, mais l&rsquo;ambiance change. Ce n&rsquo;est plus seulement de la prospection. Il y a une direction.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pendant que les \u00e9quipes cherchent, le fret maritime se fait attendre. Les trois caisses remises au transporteur au 1er octobre 2025, ont bien quitt\u00e9 l&rsquo;Europe, mais leur route jusqu&rsquo;au terrain est une \u00e9pop\u00e9e \u00e0 part enti\u00e8re. Apr\u00e8s des retards et des transbordements non pr\u00e9vus, elles doivent ensuite passer par Lae au nord du pays, \u00eatre d\u00e9douan\u00e9e, puis \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es, et de nouveau transbord\u00e9es vers Rabaul \u00e0 l\u2019est, puis vers Palmalmal au sud. Leur absence p\u00e8se sur tout : sans cordes, sans amarrages et sans mat\u00e9riel d\u2019exploration, impossible d&rsquo;aller bien loin dans les premi\u00e8res cavit\u00e9s rep\u00e9r\u00e9es. L&rsquo;exp\u00e9dition avance, mais avec une main dans le dos.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_31_PRE-EXPE_copyright-Centre-Terre__Katia-MEDVEDEVA.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_31_PRE-EXPE_copyright-Centre-Terre__Katia-MEDVEDEVA.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1612\" srcset=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_31_PRE-EXPE_copyright-Centre-Terre__Katia-MEDVEDEVA.jpg 1024w, https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_31_PRE-EXPE_copyright-Centre-Terre__Katia-MEDVEDEVA-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_31_PRE-EXPE_copyright-Centre-Terre__Katia-MEDVEDEVA-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Quand le fret finit par arriver, au matin du 8 f\u00e9vrier, c&rsquo;est un vrai basculement. Les caisses ne sont pas seulement du mat\u00e9riel : elles sont la promesse que la suite devient possible. A partir de l\u00e0, il devient permis pour les participants de s\u2019engager sous terre, \u00e9galement de prospecter certains canyons encaiss\u00e9s devant lesquels les \u00e9quipes avaient jusqu\u2019alors d\u00fb rebrousser chemin. Le moral remonte. La machine, jusque-l\u00e0 frein\u00e9e, reprend de la vitesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours suivants sont ceux de la r\u00e9organisation. On ouvre de nouveaux itin\u00e9raires, on d\u00e9place des \u00e9quipes, on pr\u00e9pare une seconde phase plus offensive. Le 14 f\u00e9vrier voit le renouvellement d\u2019une partie du personnel : certains arrivent et d\u2019autres repartent.&nbsp; C\u2019est une journ\u00e9e charni\u00e8re : beaucoup de mouvements, des rotations, du mat\u00e9riel repositionn\u00e9, des d\u00e9cisions \u00e0 prendre. Le Camp 1 est d\u00e9laiss\u00e9 et le Camp 3 entre en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Installer le Camp 3 demande un gros effort. Il faut trouver un nouvel emplacement, d\u00e9gager, construire, rendre le lieu habitable, y amener tout le n\u00e9cessaire. Ce camp ouvre l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 de nouveaux secteurs. \u00c0 partir de l\u00e0, l&rsquo;exp\u00e9dition prend une autre profondeur. C\u00f4t\u00e9 Camp 2, un camp avanc\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9 camp Big Bag est \u00e9galement install\u00e9 et devient aussi un point central : un lieu situ\u00e9 tout \u00e0 proximit\u00e9 de la cavit\u00e9 de Ralapussa vers laquelle l\u2019\u00e9quipe Camp 2 concentre tous ses efforts.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La jonction et la science en marche<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans Ralapusa les \u00e9quipes progressent, \u00e9quipent, explorent, cherchent \u00e0 comprendre le r\u00e9seau. Il y a des galeries, des puits, des rivi\u00e8res, des passages mouillants, des points d&rsquo;arr\u00eat et des suites qui finissent par appara\u00eetre\u2026. Le rythme des explorations se s\u00e9quence : \u00e9quiper un puits, descendre, chercher l&rsquo;air, suivre l&rsquo;eau, topographier, revenir avec plus de mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre-temps, en surface, au fil des prospections effectu\u00e9es et des cheminements ouverts, une connexion de 5,7 kilom\u00e8tres est finalement \u00e9tablie par voie p\u00e9destre entre les camps 2 &amp; 3.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, la science suit son propre rythme. Les chercheurs observent, pr\u00e9l\u00e8vent, photographient, notent. On s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la faune, aux insectes, aux milieux aquatiques, aux traces biologiques. On travaille aussi sur les stalagmites et les stalactites, ces archives lentes qui enregistrent des fragments de climat ancien. Une stalagmite peut raconter une pluie d&rsquo;il y a des si\u00e8cles. Une galerie peut abriter une esp\u00e8ce discr\u00e8te. Une r\u00e9surgence peut donner un indice sur tout un bassin. L&rsquo;exploration physique ouvre les portes ; la science essaie alors de comprendre ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film, lui aussi, avance. L&rsquo;\u00e9quipe de tournage suit les sp\u00e9l\u00e9ologues, enregistre les d\u00e9parts, les retours, les temps pass\u00e9s sous terre, les moments de doute et les sc\u00e8nes de camp. Filmer dans ces conditions n&rsquo;a rien d&rsquo;un confort : humidit\u00e9, fatigue, mat\u00e9riel fragile, acc\u00e8s difficiles, lumi\u00e8re rare. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui donne de la force aux images. On ne filme pas seulement un paysage. On filme l&rsquo;effort n\u00e9cessaire pour l&rsquo;atteindre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_160_VILLAGE-GALUWE_copyright-Centre-Terre__Luc-Henri-FAGE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_160_VILLAGE-GALUWE_copyright-Centre-Terre__Luc-Henri-FAGE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1614\" srcset=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_160_VILLAGE-GALUWE_copyright-Centre-Terre__Luc-Henri-FAGE.jpg 1024w, https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_160_VILLAGE-GALUWE_copyright-Centre-Terre__Luc-Henri-FAGE-300x200.jpg 300w, https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Copie-de-Mayang-2026_160_VILLAGE-GALUWE_copyright-Centre-Terre__Luc-Henri-FAGE-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n<p>\u00c0 mesure que f\u00e9vrier avance, la fatigue s&rsquo;installe. Les journ\u00e9es s&#8217;empilent. Il faut faire la lessive, s\u00e9cher ce qui peut l&rsquo;\u00eatre, recharger les batteries, r\u00e9parer, ranger, redistribuer les missions, repartir. Certains objectifs d\u00e9\u00e7oivent, au point de se refermer. Des siphons arr\u00eatent la progression. Quand des passages semblent trop dangereux, il convient de renoncer. Ce sont des d\u00e9cisions lourdes mais il faut savoir les prendre. Sur le Camp 3, l&rsquo;espoir et l&rsquo;usure cohabitent. On continue parce qu&rsquo;il reste des choses \u00e0 explorer, mais chaque tentative co\u00fbte plus cher que la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouffre de Gauunu devient alors l&rsquo;un des derniers grands espoirs. On y descend, on \u00e9quipe, on cherche la suite. Il y a de beaux volumes, des puits, de l&rsquo;eau\u2026 et des d\u00e9cisions d\u00e9licates \u00e0 prendre. L&rsquo;exploration n&rsquo;est pas une fuite en avant. Quand le risque devient trop \u00e9lev\u00e9, quand la suite demanderait plus que ce que l&rsquo;\u00e9quipe peut raisonnablement engager, il faut savoir s&rsquo;arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but mars, les derni\u00e8res missions ont une intensit\u00e9 particuli\u00e8re. Tout le monde sait que la fin approche. Au Camp 3, on tente encore un objectif au nord, on v\u00e9rifie une hypoth\u00e8se, on retourne dans un canyon, on r\u00e9cup\u00e8re du mat\u00e9riel, on filme les derni\u00e8res progressions. Parfois, une surprise rallume l&rsquo;attention. Parfois, le terrain ferme la porte. Les d\u00e9cisions deviennent plus nettes : continuer un peu, mais pas trop, r\u00e9cup\u00e9rer ce qui doit l&rsquo;\u00eatre,&nbsp; pr\u00e9parer la fin de la mission.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Plier les camps et repartir avec des questions<\/h2>\n\n\n\n<p>Puis l&rsquo;exp\u00e9dition change de sens. Il ne s&rsquo;agit plus d\u2019engager, mais d\u2019organiser le repli. D\u00e9s\u00e9quiper les cordes, r\u00e9cup\u00e9rer les amarrages quand c&rsquo;est possible ou n\u00e9cessaire, ramener les sacs, pr\u00e9parer les zones de d\u00e9pose, organiser les charges, ne rien oublier dans la for\u00eat. Le 8 mars, le retrait final commence pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re de Kimb\u00e9 \u00e0 7 h 15. Cette pr\u00e9cision dit beaucoup : apr\u00e8s des semaines de mouvement, il faut maintenant que tout se d\u00e9roule dans le bon ordre et dans le temps imparti.<\/p>\n\n\n\n<p>Les camps se vident. Le Camp 3 dispara\u00eet peu \u00e0 peu sous les b\u00e2ches pli\u00e9es et les sacs align\u00e9s, il en est de m\u00eame pour le Camp 2. Peu \u00e0 peu, le mat\u00e9riel redescend. L\u2019h\u00e9licopt\u00e8re fait son ballet de cl\u00f4ture. \u00c0 Galowe plage, on charge, on trie, on rassemble. Les jours suivants sont consacr\u00e9s au rangement, au stockage des caisses, aux inventaires de mat\u00e9riel, de vivres restant, de pharmacie, ainsi qu\u2019aux derni\u00e8res discussions avec les habitants et les responsables locaux. Une exp\u00e9dition se juge aussi \u00e0 sa mani\u00e8re de conduire son repli.<\/p>\n\n\n\n<p>Le retour vers Rabaul puis Port Moresby ram\u00e8ne l&rsquo;\u00e9quipe vers un monde plus ordinaire : vols, b\u00e2timents, conf\u00e9rences, corps fatigu\u00e9s qui retrouvent un peu de confort sous des temp\u00e9ratures toutefois accablantes. Le 15 mars, une conf\u00e9rence de presse et une conf\u00e9rence publique co-organis\u00e9e avec les services de l\u2019Ambassade de France et son ambassadeur Monsieur Pierre Fournier, permettent de pr\u00e9senter les premiers r\u00e9sultats. Les journalistes, les partenaires, les scolaires&nbsp; et les institutionnels pr\u00e9sents entendent ce qui s&rsquo;est jou\u00e9 l\u00e0-haut, dans la for\u00eat et sous terre deux mois durant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin, tout n&rsquo;est pas r\u00e9solu. Et c&rsquo;est peut-\u00eatre le signe que l&rsquo;exp\u00e9dition a r\u00e9ussi. Mayang n&rsquo;a pas livr\u00e9 tous ses secrets, et les pistes laiss\u00e9es ouvertes sont dor\u00e9navant plus nombreuses que jamais. Le travail qu\u2019il reste \u00e0 accomplir dans le complexe Valngau-Ralapussa pour atteindre son fond semble colossal, et la r\u00e9surgence de Mayang n\u2019a livr\u00e9 aucun de ses secrets. Des donn\u00e9es scientifiques doivent \u00e9galement \u00eatre analys\u00e9es. Une suite est d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, peut-\u00eatre en 2028. On repart donc avec plus de 5 kilom\u00e8tres de r\u00e9seaux explor\u00e9s, une jonction majeure effectu\u00e9e entre l\u2019entr\u00e9e sup\u00e9rieure de Valngau et Ralapussa, des observations scientifiques, des images pour un film, des liens humains renforc\u00e9s, mais aussi avec cette frustration fertile qui donne envie de revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que raconte Mayang 2026, au fond, c&rsquo;est la vraie nature d&rsquo;une grande exp\u00e9dition. Ce n&rsquo;est pas une ligne droite vers la d\u00e9couverte. C&rsquo;est une suite de probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre : des caisses de mat\u00e9riels en retard, des autorisations toujours tr\u00e8s sensibles \u00e0 confirmer, un cheminement de surface permettant de rallier le village de Galowe \u00e0 Mayang qui n\u2019a pu aboutir, deux ph\u00e9nom\u00e8nes de crues majeures qui ont port\u00e9s leur lot de fil \u00e0 retordre pour les explorateurs, des camps \u00e0 tenir, une relation locale \u00e0 nourrir, une galerie qui se ferme, une autre qui s&rsquo;ouvre. La d\u00e9couverte n&rsquo;arrive pas malgr\u00e9 tout cela. Elle arrive gr\u00e2ce \u00e0 tout cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re les noms de gouffres, de camps et de rivi\u00e8res, on voit une \u00e9quipe qui avance dans l&rsquo;incertitude, port\u00e9e par une id\u00e9e simple : quelque part sous Mayang, l&rsquo;eau a creus\u00e9 une histoire que personne n&rsquo;a encore enti\u00e8rement lue. En 2026, Centre Terre en a tourn\u00e9 quelques pages. Les suivantes attendent encore dans le noir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant la jungle, les caisses de mat\u00e9riel et les cartes ! Il y a des exp\u00e9ditions qui commencent au pied d&rsquo;une montagne, sac sur le dos, machette \u00e0 la main. Et puis il y a celles qui commencent bien avant : dans des caisses de mat\u00e9riel, des listes interminables, des demandes d&rsquo;autorisation, des r\u00e9unions, des &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/?p=1608\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Mayang 2026 : r\u00e9cit d&rsquo;une exp\u00e9dition nationale au coeur de la for\u00eat de Papouasie:<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":1613,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31,1,2],"tags":[4,27,9,3],"class_list":["post-1608","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-expedition-nationale-2","category-non-classe","category-papouasie","tag-expedition","tag-expedition-nationale","tag-exploration","tag-speleologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1608","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1608"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1608\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1616,"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1608\/revisions\/1616"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1613"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1608"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1608"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.crei.ffspeleo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1608"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}