Conférence « Karst, Caves and People », Sloup, République Tchèque. 20 au 24 septembre 2024

Mission réalisée par Philippe Fleury pour la Commission Scientifique et la Commission Environnement de la FFS

Stratégie de protection des cavités du karst morave

Stratégie de protection des cavités du karst morave

Le karst morave est la plus grande région karstique de la République Tchèque. Il s’étend  sur d’environ 100 km² sur une bande de 3 à 5 kilomètres de large qui remonte au nord de Brno jusqu’à Sloup, 25 kilomètres au nord environ. La partie souterraine du karst morave est très impressionnante avec 1 100 grottes répertoriées, plusieurs rivières souterraines et les deux réseaux souterrains les plus importants du pays : le réseau de la grotte des Amateurs qui dépasse 50 kilomètres et le réseau des grottes de Býčí skála (grotte du rocher du taureau) et de Rudické propadání de 13 kilomètres. Les réseaux du karst morave sont assez horizontaux, fréquemment noyés, leur profondeur n’excède pas 100 à 150 mètres.

La région a une très longue histoire dans laquelle son karst est essentiel.Les dépôts dans les grottes ont préservé des traces de la présence de l’homme de Neandertal il y a plus de 120 000 ans. On y trouve également des sculptures d’animaux datant de 10 000 à 13 000 ans avant notre ère, des traces d’extraction de minerai de fer durant les 8ème et 9ème siècles, etc. Cette proximité entre l’homme et le milieu karstique est une constante du territoire. Le karst morave est un des berceaux de la spéléologie avec dès la première partie du 18ème siècle une activité scientifique et d’exploration souterraine de plus en plus intense. 

Un autre point remarquable est la très forte insertion territoriale de la spéléologie et du tourisme souterrain. Les spéléologues sont nombreux mais surtout la visite des cinq grottes aménagées du secteur attire plusieurs centaines de milliers de touristes chaque année : grottes de Punkva, grotte de Balcarka, grotte de Kateřinská, grotte de Výpustek, grottes de Sloupsko-šošůvské et grotte de Kůlna ( https://www.caves.cz/en ).

Le karst morave est une zone paysagère protégée pour son patrimoine karstique souterrain et de surface et plus largement pour ses patrimoines naturels et culturels  ( https://moravskykras.nature.cz/ ). En termes de protection, les zones paysagères protégées sont l’équivalent de nos parcs naturels régionaux. Elles associent trois objectifs : conservation des patrimoines paysager, naturel et historico-culturel ;  développement d’un tourisme durable (tourisme de nature ou culturel) compatible avec les enjeux de conservation ; éducation à l’environnement.

La protection des cavités du karst morave s’inscrit dans la zone paysagère protégée et fait partie des missions de son administration avec du personnel dédié. Il y a deux niveaux d’intervention :

  • La fermeture et la réhabilitation des cavités. Pour Antonín Tůma, géologue de l’administration de la zone paysagère : « La fermeture des grottes est la mesure de protection de base, elle est fondamentale pour empêcher les personnes non autorisées d’y pénétrer et ainsi protège les sédiments et la faune souterraine ». Certaines portes ménagent un passage pour les chiroptères, dans d’autres cas il y a installation d’un sas climatique  composé de deux portes sans ouverture  pour isoler la cavité des influences climatiques extérieures. L’entrée dans les cavités peut se faire lors de visites organisées pour le grand public ou avec autorisation et accompagnement par un responsable. Les autres activités de protection des cavités concernent : la réhabilitation de dolines endommagées par le creusement de puits  aujourd’hui abandonnés et dangereux ; le nettoyage de cavités ; le balisage des chemins à respecter sous terre.
  •  L’enherbement de cultures pour la protection des eaux et milieux souterrains. En 2019 et 2020, 114 hectares de cultures ont été transformés en prairies à l’aplomb des réseaux souterrains et autour des dolines. Les effets de cette opération commencent à se faire sentir sur la teneur en pesticides des eaux souterraines, l’effet n’est pas encore significatif sur les teneurs en nitrates.

Conclusion

La visite de quelques cavités moraves montre que la grande attention portée aux milieux souterrains n’a pas toujours été de mise. Les spéléologues d’aujourd’hui doivent s’appliquer à effacer les stigmates de leurs prédécesseurs. Les méthodes de protection employées peuvent nous paraître excessives. Leur caractère assez administratif et autoritaire peut heurter notre culture de spéléologues français peu habitués à de telles réglementations. Celles-ci s’inscrivent dans un autre contexte social et politique que le nôtre. Ceci dit, ces stratégies de protection sont efficaces et même si aujourd’hui elles paraissent peu applicables telles que en France elles n’en sont pas moins des sources d’idées et d’inspiration.

Expédition Koytendag Turkmenistan 2023

Agrément FFS 5 / 2023.

Pays : Turkménistan

Région : Lébap, massif de Köýtendag

Dates : 6 au 22 mai 2023

Nombre de participants : 10 membres fédérés.

Clubs : Individuels (Hérault), Club Spéléo Vulcain (Rhône), Spéléo Club de Vesoul (Haute-Saône), Alpina Millau (Aveyron), Gruissan Prospection Spéléologie (Aude), Clan des Tritons (Rhône).

Responsable : Jean-Pierre Gruat.

Communiqué de Veronique Olivier- Crédit photos Philippe Crochet

Une expédition spéléologique de reconnaissance a été organisée du 6 mai au 22 mai 2023 sur le massif de Koytendag et, en particulier, dans le système des grottes de Kap Kutan et de Prometezmaya qui sont situées dans une réserve d’État sur le massif du Koytendag à 800 km à l’est d’Ashgabat. A l’issue des longues procédures administratives pour mener à bien ce projet (autorisations à obtenir du Ministère de l’Agriculture et de la Protection de l’Environnement et du Ministère des Affaires étrangères du Turkménistan), malgré la crise mondiale de la pandémie Covid19 durant 3 ans, nous avons enfin pu découvrir ce pays en mai 2023.

L’idée de ce projet avait germé, après avoir vu en 2019 depuis le village de Vandob en Ouzbékistan, l’immense falaise calcaire du Koytendag (600 à 1200 m de haut) qui s’étend sur 50 km de longueur et qui fait frontière entre le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Ce massif constitue le dernier maillon des Monts de Gissar (zone occidentale du système Pamir-Alaï) qui débutent au Tadjikistan au nord de Douchanbé et qui traversent la province du Sourkhan-Daria en Ouzbékistan. En premier lieu, il a fallu rechercher la documentation existante concernant le massif du Koytendag (Kugitang) et les grottes de cette région. Cette documentation, qui date essentiellement des années antérieures à 1990 étant en russe, il a fallu la traduire. Grâce à l’aide de Son Excellence Maksat Chariev Ambassadeur du Turkménistan en France et de Mme Dilora Geldyeva de l’agence Owadan, nous avons obtenu toutes les autorisations nécessaires et la logistique indispensable pour mener à bien ce projet. Le 7 mai 2023, nous foulons enfin le sol du Turkménistan pour rejoindre, en train et en 4X4 notre camp de base à Köyten Genesligi, au bord de la rivière Kugitang. Nous avons été accompagnés et guidés durant notre séjour par Monsieur Shaniyaz Menliev, Chef du Département scientifique de la réserve du Koytendag. Dès le lendemain de notre arrivée sur place, nous accédons à la grotte de Kap Kutan, dans laquelle, malheureusement, une chute de bloc va nous priver de notre photographe pour le reste du séjour. Toutefois, notre expédition s’est poursuivie avec différentes activités : spéléologie dans les grottes situées au sud du massif près de Garlyk (anciennement Karkul), biospéléologie avec prélèvements d’invertébrés trouvés sous terre, prospection à la recherche de nouvelles cavités dans les beaux canyons du massif et enfin visite du site exceptionnel des empreintes de dinosaures au nord du Koytendag (sanctuaire de Hojapil). Le Turkménistan possède avec ce massif et ses cavités, un patrimoine exceptionnel et unique à étudier, protéger et valoriser :

– Le karst de montagne, qui culmine à 3139m au Mont Ayribaba, nous est apparu comme exceptionnel, tant par sa géographie (plateau incliné de 3000 m à 500 m d’altitude, coupé par d’innombrables canyons de 300 à 400 m de profondeur et de

20 à 30 km de long) et sa géologie (calcaire, gypse et présence de nombreux minéraux).

Ce coin magnifique, est resté depuis la chute de l’URSS, oublié des spéléologues et des karstologues.

– Le massif du Koytendag est une réserve d’État (Réserve naturelle de Köýtendag), composé de 3 sous réserves. Il possède un site remarquable de plus de 2000 empreintes de dinosaures au nord.

– Les chandeliers et les colonnes de gypse qui existent dans les grottes de Géophysiyeskaya et d’Hashimoyuk sont rares, exceptionnels et comparables à ceux que l’on trouve à la grotte de Lechugilla aux USA, considérée comme la plus belle cavité du monde.

– Les grottes connues sont toutes situées au sud du massif, près du village de Garlyk (anciennement Karkul), le reste du Koytendag n’ayant pas été, a priori, prospecté. Il recèle sûrement de nombreuses cavités à découvrir, aussi belles et spectaculaires que Géophysiyeskaya, grotte trouvée à la fin des années 1980. Vladimir Malsev (1957-2014), géologue et spéléologue russe est un des rares scientifiques à avoir étudié ces grottes dans les années 80, avant la dissolution de l’URSS. Tous ces éléments, nous conduisent à envisager dès 2024 une nouvelle expédition avec les objectifs suivants :

– réaliser des photos de qualité professionnelle,

– être accompagnés de scientifiques pour étudier les grottes et le karst du Koytendag et compléter les recherches faites il y a plus de 30 ans par Vladimir Malsev.

– scanner en 3D la grotte de Géophysiyeskaya.

– prospecter diverses zones, dont certaines en altitude pour découvrir de nouvelles cavités.

– réaliser une publication sur le massif du Koytendag, ses grottes et ses richesses.

– réaliser un film sur l’expédition.

Nous souhaitons établir un partenariat solide entre le ministère de l’Agriculture et de la protection de l’environnement du Turkménistan et la Fédération Française de Spéléologie (FFS) qui pourrait contribuer, si le Turkménistan le souhaite, à soumettre ce massif pour un classement en Géoparc mondial de l’Unesco.

Liste des participants de l’expédition 2023 :

•Bernard Lips, ancien président de la FFS,

Direction nationale de la Crei

•Josiane LIPS, trésorière adjointe de la

Commission scientifique de la FFS et spécialisée en biospéléologie, Direction nationale de la Commission documentation

• Philippe Crochet, hydrogéologue et photographe spéléologue

• Annie Guiraud, photographe spéléologue, et assistante de Philippe Crochet

• Jean-Marie Briffon, médecin, membre de la Commission médicale de la FFS

• Claire Falgayrac, trésorière de la Commission médicale de la FFS

• Jean-Philippe Grandcolas, Direction nationale de la CREI et de la Commission documentation/Centre national de documentation spéléologique (C.N.D.S.)

• Véronique Olivier, étudiante chercheuse en écologie, membre du Conseil technique de la CREI

• Philippe Auriol, médecin spéléologue

• Jean-Pierre Gruat, ancien membre du bureau et du Conseil d’administration de la

FFS, membre du Conseil technique de la CREI.