Mayang 2026 : récit d’une expédition nationale au coeur de la forêt de Papouasie:

Avant la jungle, les caisses de matériel et les cartes !

Il y a des expéditions qui commencent au pied d’une montagne, sac sur le dos, machette à la main. Et puis il y a celles qui commencent bien avant : dans des caisses de matériel, des listes interminables, des demandes d’autorisation, des réunions, des plans de transport, des billets d’avion modifiés, des cartes griffonnées et des hypothèses tracées au crayon. Mayang 2026 appartient clairement à cette seconde catégorie.

Au départ, il y a un objectif immense : retourner en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans la région de Galowe et des hauts plateaux de Mayang, pour poursuivre l’exploration d’un territoire karstique encore très largement inconnu. Là-bas, l’eau disparaît dès qu’elle touche le sol, réapparaît plus loin, creuse des canyons, alimente des résurgences dont la majestueuse source de Mayang. Pour l’association d’exploration spéléologique Centre Terre, l’enjeu est clair : comprendre où passe cette eau qui alimente cette impénétrable émergence de Mayang dont le débit fluctue de quelques 10m3 à l’étiage à plus de 200m3 en crue, trouver les accès, relier les morceaux du puzzle, et documenter un monde presque vierge.

Mais une expédition comme celle-là ne se résume pas à “aller voir”. Il faut tout emporter ou presque : cordes, amarrages, goujons, spits, matériel de plongée, compresseur, équipement de secours, pharmacie, électricité, outils de camp, systèmes pour collecter et purifier l’eau, instruments scientifiques, nourriture, moyens de communication. Une partie de ce matériel est acheminée par fret maritime, enfermée dans des caisses qui deviennent, à distance, aussi importantes que les membres de l’équipe. Tant qu’elles ne sont pas arrivées, l’expédition reste démunie pour conduire de véritables explorations.

Autour du noyau spéléologique se greffe aussi une équipe scientifique. Des chercheurs rejoignent le projet pour étudier la biodiversité, les insectes, les milieux aquatiques, la faune souterraine, les climats anciens conservés dans les stalagmites et les stalactites. Les cavités ne sont pas seulement des passages à ouvrir : ce sont des archives naturelles, des refuges biologiques, des laboratoires cachés. Sur le territoire de Mayang, on ne vient pas seulement chercher des kilomètres de galerie. On vient aussi chercher des réponses, découvrir un milieu naturel ou aucun être humain n’a mis le pied depuis plusieurs décennies au moins.

Et puis il y a la caméra. Une équipe de tournage accompagne l’aventure pour un film destiné à Arte. Cela change tout. Il faut progresser, explorer, prélever, équiper, déséquiper, mais aussi raconter, filmer, capter les visages, les gestes, les attentes, les inquiétudes, les moments où l’on comprend que quelque chose vient de se passer. Le film doit montrer ce que d’habitude personne ne voit : la lente fabrication d’une découverte au cœur d’une expédition ou chaque participant est un acteur, une composante d’un collectif.

Entrer sur le territoire !

L’arrivée en Papouasie-Nouvelle-Guinée ne se fait pas comme dans les récits trop lisses. Les membres arrivent en ordre dispersé, avec des retards, des vols annulés, des correspondances incertaines et des bagages qui ne suivent pas toujours le rythme. Les premiers jours se passent entre achats, vérifications, démarches et réunions. Il faut rencontrer les autorités, présenter le projet, consolider les accords, expliquer encore et encore pourquoi cette expédition a lieu, ce qu’elle vient faire, avec qui elle collabore, qu’elle est la philosophie de son projet et que va-t-elle concrètement pouvoir apporter aux villageois locaux qui se revendiquent à juste titre comme propriétaires légitimes du territoire de Mayang.

À Port Moresby puis dans la province d’East New Britain, les rendez-vous officiels s’enchaînent. On rencontre l’ambassadeur, des représentants locaux, des responsables institutionnels. Ces moments peuvent sembler loin des gouffres et des rivières souterraines, mais ils sont essentiels. Sans eux, pas d’autorisation claire, pas de confiance, pas de cadre. Et sans cadre, pas d’expédition durable, et pas de tournage d’un film documentaire de diffusion internationale à la clé.

Puis vient le contact avec Galowe. Là, l’aventure quitte les bureaux et entre dans le territoire. Il faut expliquer le projet aux habitants, discuter, écouter, ajuster. Il y a des cérémonies d’accueil, des poignées de main, des moments de tension aussi, des négociations, des incompréhensions à lever. Peu à peu, une alliance se construit mais le temps presse et tout cela doit être mené au pas de course sans toutefois risquer l’échec, c’est la besogne de Bernard, chef d’expédition, de ce projet complexe et de l’équipe de pré-expédition qui l’entoure. Dans cette négociation, il est clairement établi que des habitants de Galowe participent à l’ouverture des chemins, au transport, à l’installation des camps. L’expédition ne se pose pas dans un décor vide : elle entre dans un pays habité, et elle doit y trouver sa place et inclure les populations.

L’expédition commence vraiment avec l’arrivée sur zone de hélicoptère. Dans un premier temps,  des reconnaissances sont réalisées au-dessus d’une jungle impénétrable. Il faut trouver des zones où poser un hélicoptère afin d’apporter matériels et équipiers. Cette phase achevée, les rotations s’enchaînent, on monte alors les participants, leur matériel individuel, les vivres… ça décharge, on trie, on répartit. Camp 1, Camp 2, puis Camp 3 : les noms deviennent vite des points fixes dans un monde compliqué. Chaque camp doit être construit à partir de rien. Il faut monter les abris, organiser les couchages, protéger la nourriture, installer les espaces communs, capter l’eau de pluie, la stocker, installer l’électricité, les moustiquaires, les communications. La vie d’expédition commence par des gestes très simples : tendre une bâche, accrocher un sac, trouver où dormir au sec.

Les camps et les premières pistes

Très vite, les premières équipes partent sur le terrain. On descend des canyons, on suit des rivières, on cherche des pertes, des résurgences, des gouffres, des indices. Autour de Mayang, de Galowe, de Ralapusa, de Lalu ou de Gauunu, chaque relief peut devenir une piste. La progression est rude : végétation dense, blocs glissants, ressauts, rivières, longues marches, visibilité parfois mauvaise. Il faut avancer, regarder, noter, revenir, repartir. La météo joue également sa partition, et il faut là aussi composer avec…

Les premiers jours rappellent une règle simple de l’exploration : le terrain ne donne rien sur commande. Une équipe croit tenir une suite, puis le passage se ferme. Une autre descend vers une résurgence prometteuse, mais les conditions sont mauvaises. Ailleurs, un canyon impressionne, une rivière attire, une entrée semble évidente, puis l’espoir retombe. On rentre fatigué, parfois déçu, toujours trempé. Mais, le lendemain, on recommence. Motivés !

Le Camp 1 connaît son lot de contrariétés. Les accès sont compliqués, les prospections fortuites ne donnent regard sur aucune cavité, et aucune des résurgences ciblées ne s’avèrent pénétrables. C’est la frustration et la déception… Une situation très familière aux explorateurs : tout indique qu’il devrait y avoir quelque chose, mais le terrain n’ouvre accès à rien.

Au Camp 2, en revanche, peu de temps après l’installation et de premières prospections, l’espoir d’une découverte importante naît au bout d’un chemin ouvert par nos guides papous. Une première vraie piste apparaît. On parle d’un objectif majeur, d’un secteur prometteur sur le plateau, d’un canyon, d’un lit de rivière, de puits à équiper. Rien n’est gagné, mais l’ambiance change. Ce n’est plus seulement de la prospection. Il y a une direction.

Et pendant que les équipes cherchent, le fret maritime se fait attendre. Les trois caisses remises au transporteur au 1er octobre 2025, ont bien quitté l’Europe, mais leur route jusqu’au terrain est une épopée à part entière. Après des retards et des transbordements non prévus, elles doivent ensuite passer par Lae au nord du pays, être dédouanée, puis être récupérées, et de nouveau transbordées vers Rabaul à l’est, puis vers Palmalmal au sud. Leur absence pèse sur tout : sans cordes, sans amarrages et sans matériel d’exploration, impossible d’aller bien loin dans les premières cavités repérées. L’expédition avance, mais avec une main dans le dos.

Quand le fret finit par arriver, au matin du 8 février, c’est un vrai basculement. Les caisses ne sont pas seulement du matériel : elles sont la promesse que la suite devient possible. A partir de là, il devient permis pour les participants de s’engager sous terre, également de prospecter certains canyons encaissés devant lesquels les équipes avaient jusqu’alors dû rebrousser chemin. Le moral remonte. La machine, jusque-là freinée, reprend de la vitesse.

Les jours suivants sont ceux de la réorganisation. On ouvre de nouveaux itinéraires, on déplace des équipes, on prépare une seconde phase plus offensive. Le 14 février voit le renouvellement d’une partie du personnel : certains arrivent et d’autres repartent.  C’est une journée charnière : beaucoup de mouvements, des rotations, du matériel repositionné, des décisions à prendre. Le Camp 1 est délaissé et le Camp 3 entre en scène.

Installer le Camp 3 demande un gros effort. Il faut trouver un nouvel emplacement, dégager, construire, rendre le lieu habitable, y amener tout le nécessaire. Ce camp ouvre l’accès à de nouveaux secteurs. À partir de là, l’expédition prend une autre profondeur. Côté Camp 2, un camp avancé dénommé camp Big Bag est également installé et devient aussi un point central : un lieu situé tout à proximité de la cavité de Ralapussa vers laquelle l’équipe Camp 2 concentre tous ses efforts.

La jonction et la science en marche

Dans Ralapusa les équipes progressent, équipent, explorent, cherchent à comprendre le réseau. Il y a des galeries, des puits, des rivières, des passages mouillants, des points d’arrêt et des suites qui finissent par apparaître…. Le rythme des explorations se séquence : équiper un puits, descendre, chercher l’air, suivre l’eau, topographier, revenir avec plus de matériel.

Entre-temps, en surface, au fil des prospections effectuées et des cheminements ouverts, une connexion de 5,7 kilomètres est finalement établie par voie pédestre entre les camps 2 & 3.

Pendant ce temps, la science suit son propre rythme. Les chercheurs observent, prélèvent, photographient, notent. On s’intéresse à la faune, aux insectes, aux milieux aquatiques, aux traces biologiques. On travaille aussi sur les stalagmites et les stalactites, ces archives lentes qui enregistrent des fragments de climat ancien. Une stalagmite peut raconter une pluie d’il y a des siècles. Une galerie peut abriter une espèce discrète. Une résurgence peut donner un indice sur tout un bassin. L’exploration physique ouvre les portes ; la science essaie alors de comprendre ce qu’il y a derrière.

Le film, lui aussi, avance. L’équipe de tournage suit les spéléologues, enregistre les départs, les retours, les temps passés sous terre, les moments de doute et les scènes de camp. Filmer dans ces conditions n’a rien d’un confort : humidité, fatigue, matériel fragile, accès difficiles, lumière rare. Mais c’est précisément cela qui donne de la force aux images. On ne filme pas seulement un paysage. On filme l’effort nécessaire pour l’atteindre.

À mesure que février avance, la fatigue s’installe. Les journées s’empilent. Il faut faire la lessive, sécher ce qui peut l’être, recharger les batteries, réparer, ranger, redistribuer les missions, repartir. Certains objectifs déçoivent, au point de se refermer. Des siphons arrêtent la progression. Quand des passages semblent trop dangereux, il convient de renoncer. Ce sont des décisions lourdes mais il faut savoir les prendre. Sur le Camp 3, l’espoir et l’usure cohabitent. On continue parce qu’il reste des choses à explorer, mais chaque tentative coûte plus cher que la précédente.

Le gouffre de Gauunu devient alors l’un des derniers grands espoirs. On y descend, on équipe, on cherche la suite. Il y a de beaux volumes, des puits, de l’eau… et des décisions délicates à prendre. L’exploration n’est pas une fuite en avant. Quand le risque devient trop élevé, quand la suite demanderait plus que ce que l’équipe peut raisonnablement engager, il faut savoir s’arrêter.

Début mars, les dernières missions ont une intensité particulière. Tout le monde sait que la fin approche. Au Camp 3, on tente encore un objectif au nord, on vérifie une hypothèse, on retourne dans un canyon, on récupère du matériel, on filme les dernières progressions. Parfois, une surprise rallume l’attention. Parfois, le terrain ferme la porte. Les décisions deviennent plus nettes : continuer un peu, mais pas trop, récupérer ce qui doit l’être,  préparer la fin de la mission.

Plier les camps et repartir avec des questions

Puis l’expédition change de sens. Il ne s’agit plus d’engager, mais d’organiser le repli. Déséquiper les cordes, récupérer les amarrages quand c’est possible ou nécessaire, ramener les sacs, préparer les zones de dépose, organiser les charges, ne rien oublier dans la forêt. Le 8 mars, le retrait final commence précisément par l’arrivée de l’hélicoptère de Kimbé à 7 h 15. Cette précision dit beaucoup : après des semaines de mouvement, il faut maintenant que tout se déroule dans le bon ordre et dans le temps imparti.

Les camps se vident. Le Camp 3 disparaît peu à peu sous les bâches pliées et les sacs alignés, il en est de même pour le Camp 2. Peu à peu, le matériel redescend. L’hélicoptère fait son ballet de clôture. À Galowe plage, on charge, on trie, on rassemble. Les jours suivants sont consacrés au rangement, au stockage des caisses, aux inventaires de matériel, de vivres restant, de pharmacie, ainsi qu’aux dernières discussions avec les habitants et les responsables locaux. Une expédition se juge aussi à sa manière de conduire son repli.

Le retour vers Rabaul puis Port Moresby ramène l’équipe vers un monde plus ordinaire : vols, bâtiments, conférences, corps fatigués qui retrouvent un peu de confort sous des températures toutefois accablantes. Le 15 mars, une conférence de presse et une conférence publique co-organisée avec les services de l’Ambassade de France et son ambassadeur Monsieur Pierre Fournier, permettent de présenter les premiers résultats. Les journalistes, les partenaires, les scolaires  et les institutionnels présents entendent ce qui s’est joué là-haut, dans la forêt et sous terre deux mois durant.

À la fin, tout n’est pas résolu. Et c’est peut-être le signe que l’expédition a réussi. Mayang n’a pas livré tous ses secrets, et les pistes laissées ouvertes sont dorénavant plus nombreuses que jamais. Le travail qu’il reste à accomplir dans le complexe Valngau-Ralapussa pour atteindre son fond semble colossal, et la résurgence de Mayang n’a livré aucun de ses secrets. Des données scientifiques doivent également être analysées. Une suite est déjà évoquée, peut-être en 2028. On repart donc avec plus de 5 kilomètres de réseaux explorés, une jonction majeure effectuée entre l’entrée supérieure de Valngau et Ralapussa, des observations scientifiques, des images pour un film, des liens humains renforcés, mais aussi avec cette frustration fertile qui donne envie de revenir.

Ce que raconte Mayang 2026, au fond, c’est la vraie nature d’une grande expédition. Ce n’est pas une ligne droite vers la découverte. C’est une suite de problèmes à résoudre : des caisses de matériels en retard, des autorisations toujours très sensibles à confirmer, un cheminement de surface permettant de rallier le village de Galowe à Mayang qui n’a pu aboutir, deux phénomènes de crues majeures qui ont portés leur lot de fil à retordre pour les explorateurs, des camps à tenir, une relation locale à nourrir, une galerie qui se ferme, une autre qui s’ouvre. La découverte n’arrive pas malgré tout cela. Elle arrive grâce à tout cela.

Derrière les noms de gouffres, de camps et de rivières, on voit une équipe qui avance dans l’incertitude, portée par une idée simple : quelque part sous Mayang, l’eau a creusé une histoire que personne n’a encore entièrement lue. En 2026, Centre Terre en a tourné quelques pages. Les suivantes attendent encore dans le noir.

Expédition spéléologique nationale Köytendag : l’équipe rentre bredouille d’Ouzbékistan

Au Turkménistan, le 13 mai, l’équipe se scinde en deux, quatre rentrent en France, d’autres passent la frontière pour rejoindre l’Ouzbékistan.

Le 13 mai, arriveront à Samarcande Josiane et Bernard Lips, Jozef Grego et Jean-Philippe Grandcolas.

Jean-Marie Briffon, Antonio Cosentino, Daniel Delon, Claire Falgayrac, Jean-Pierre Gruat, Jean-Paul Hereil et Annie Pederzoli rejoignent Samarcande le 14 mai en soirée. Annie Guiraud et Philippe Crochet font quelques jours de tourisme en Ouzbékistan. Annie P. et Antonio repartiront en Italie le 16 mai.

Le 16 mai, les 9 membres restants embarqueront pour la province de Surkhan Darya, plus au sud que la région prospectée par l’équipe de juillet 2025 (L. Barriquand, P. Auriol, V. Olivier). Ces derniers avaient exploré le secteur de Khatak et répertorié quelques baumes sans réel développement, constatant dépités que la formation des grottes et gouffres n’avaient pas eu lieu là, mis a part la grotte d’Adjina karmar.

Jusqu’au 28 mai, ce sera un ballet incessant de 4×4 et de prospections dans des paysages arides très beaux, la chaleur est supportable, nous sommes en zone montagneuse…

L’équipe scientifique « bio Lips» trouve quelques « bestioles » à déterminer et le slovaque Jozef Grego « spécialiste en escargot » écume les rares sources du secteur !

Nous visitons un site minier, 2 sites à peintures rupestres (chalcolithique : de –3000 à – 2500 : introduction de l’âge du cuivre). De nombreux porches sont repérés et visités, dont 2 en escalade artificielle, sans suite.

Un des nombreux porches prometteurs qui sont malheureusement sans suite.

En conclusion, ce maigre résultat nous confirme que cette zone n’offrira pas le potentiel spéléo espéré ! La grandiose falaise calcaire d’une cinquantaine de kilomètres délimitant Turkménistan et Ouzbékistan, qui en 2019 avait impressionné la petite équipe de reconnaissance, ne serait qu’un « leurre karstique » !

Toutefois comme dit l’expression idiomatique « Ne vendez pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué », un balayage aux drones de cette fantastique falaise pourrait offrir quelques surprises…

Retour en France le 29 mai.

Pour l’équipe du KRAC, Jean-Philippe Grandcolas.

Expédition biospéléologique au Maroc : 7 cavités inventoriées avec un focus sur les araignées

Participants fédérés à la FFS : Bernard Lips, Josiane Lips, Sylvain Lecigne (spécialiste des araignées), Nicolas Hénon (spécialiste des araignées)

Absente : Soumia Moutaouakil a assuré la logistique de l’expédition en nous réservant les divers gîtes durant notre séjour mais n’a pas pu se libérer de ses cours à l’université.

Dates : dimanche 26 avril au jeudi 7 mai 2026

Cette expédition de biospéologie fait suite à plusieurs stages de formation à la biologie souterraine (Tazekka 2018, Agadir 2019), à une première expédition de biospéléologie en 2023, à une expédition dans le RIF avec le SC de Blois en 2024 et à une deuxième expédition de biospéléologie en 2025.

L’ensemble de ces stages et expéditions a impliqué Soumia qui, après soutenance d’une thèse en biologie souterraine, a eu en 2025 un poste d’enseignante-chercheuse à Oujda dans le nord-est du Maroc. Elle n’a malheureusement pas pu se libérer cette année.

Sylvain Lecigne (qui a participé aux deux premières expéditions de biospéléologie en 2023 et 2025 ainsi qu’au camp d’exploration RIF 2024) et Nicolas Hénon sont spécialistes des araignées. Ils assument le travail de détermination des espèces récoltées, soit dans le domaine souterrain, soit sur des sites extérieurs.

Deux notes respectivement de 29 pages et de 186 pages ont déjà été publiées et une troisième note, concernant les récoltes de l’expédition 2025, est en cours de publication.

L’expédition 2026 s’est déroulée dans 3 zones karstiques.

* Les abords de Béni Mellal avec la visite de kef Oularian et de kef Tanzat. Ces cavités correspondent à des gouffres avec des puits d’accès de 8 et 12 m et des profondeurs atteintes de l’ordre de -30 m. Ce sont les deux seules cavités visitées cette année nécessitant de la progression sur corde.

Nous avons été accueillis dans cette zone par Hicham Bouzekraoui, spéléo de Béni Mellal et enseignant à l’université de Béni Mellal ainsi que par d’autres spéléos de la région qui nous ont guidés pour trouver ces 2 cavités explorées assez récemment.

J’en ai profité pour faire une conférence intitulée « La richesse scientifique du monde souterrain » à l’université de Béni Mellal devant une soixantaine d’étudiants

* la région d’Imilchil avec la visite de ghar Akhiam, une magnifique résurgence en zone semi-désertique. Josiane et moi avions visité cette cavité en 1981 lors de notre séjour au Maroc.

* La région d’Azilal et de Ait M’Hamed avec la visite de 4 cavités : ifri Taguelmous, ifri N’Caïd, ifri Touya, ifri N’Igre. Là encore Josiane et moi avions visité et même topographié ces cavités en 1981 à l’exception de ifri N’Igre, explorée en 2006 par une expédition du CDS du Tarn.

Ce sont en définitive 7 cavités qui ont été inventoriées cette année.

Le but principal était la recherche d’araignées, qui seront étudiées par Sylvain et Nicolas, mais également de l’ensemble de la faune souterraine.

Les cavités visitées cette année étaient cependant essentiellement des résurgences et des mises en charge importantes ont eu lieu cet hiver du fait d’une pluviosité exceptionnelle, laissant un dépôt boueux sur le sol. Nous étions par ailleurs dans des zones d’altitude élevée (en général à plus de 2000 m). Enfin, dans toutes ces cavités, les premières vasques profondes se situent proches ou assez proches des entrées et nous n’avons, en général, parcouru que les 50 ou 100 premiers mètres dans chaque cavité.

Ces considérations expliquent que la faune souterraine s’est révélée beaucoup plus pauvre que lors des deux premières expéditions.

Tout comme en 2023 et en 2025, nous avons également recherché des araignées sur au-moins une quarantaine de sites extérieurs. Ces récoltes ont été particulièrement fructueuse cette année grâce à l’utilisation par Nicolas d’un aspirateur avec moteur thermique (Dvac). Tout comme les précédentes, cette expédition permettra de mettre en évidence de nouvelles espèces d’araignées et de toute manière de fournir des informations sur la répartition, la phénologie et l’écologie des diverses espèces échantillonnées.

Expédition spéléologique au Botswana : de la pédagogie et des pollens anciens

Cette mission assez courte s’est déroulée en mars 2026 pendant 15 jours avait un gros objectif pédagogique et scientifique avec l’accueil d’une équipe TV de France 5, la formalisation d’une collaboration avec une équipe de chercheurs tectoniciens qui travaille dans le Delta, l’encadrement en grottes d’étudiants de l’université du Botswana, le démarrage d’une thèse sur les guanos de chauve-souris de Gcwihaba et quand même, la recherche d’indices de présence d’un paléolac dans les réseaux afin de lier évolution géomorphologique de surface, climat et formation des cavités.

Participants

Philippe Auriol, médecin spécialiste des milieux isolés, licencié FFS ; Laurent Bruxelles, géoarchéologue préhistorien spécialiste d’Afrique australe, licencié FFS ; Bastien Chadelle, préhistorien spécialiste SIG, licencié FFS ; Véronique Olivier, licenciée à la FFS.

Tshwanelo Kgosana, étudiante PhD paléobotaniste (avec nous sous terre) ; Oaitse Ledimo, géologue, museum d’histoire naturelle de Gaborone, spéléologue (avec nous sous terre), One Tshukudu, étudiante PhD paléontologie spécialiste microfaune (avec nous sous terre).

Olivier Dauteuil, tectonicien spécialiste du mouvement des plaques tectoniques à l’intérieur des continents Marc Jolivet, tectonicien, spécialiste du climat et de la biologie dans le Delta de l’Okavango.

Résultats

Le tournage d’un documentaire de 90 minutes sur l’impact du changement climatique dans l’Okavango, a évolué vers la prise en compte des évolutions passées dont les seules archives sont stockées dans les grottes de Gcwihaba et de Koanaka. Les prises de vues ont eu lieu dans Gcwihaba cave et en extérieur et constitueront une longue séquence dans ce Grand Format Spécial Science sur France 5.

Tshwanelo sort de Dimapo, première expérience sur corde pour elle et un puit de 45 mètres dans un tube de forage.

Laurent Bruxelles a débuté l’encadrement d’une nouvelle doctorante sud-africaine en paléobotanique : Tshwanelo. Elle étudiera les carottes de guano prélevées dans le cadre de cette mission dans plusieurs cavités du secteur, afin d’en extraire les pollens et de pouvoir en définir les paysages floristiques des 20 derniers milliers d’années. C’est la première fois que ce type d’étude est mené en Afrique australe. En outre, les chauves-souris étant les porteuses de nombreux virus, la recherche des traces des paléovirus sera menée de front, pour la toute première fois sur plusieurs siècles à millénaires.

Carottage de guano avec les étudiants en archéologie de l’université de Gaborone

Les spéléologues ont encadré une classe de 12 étudiants en archéologie de Gaborone dans les cavités de Gcwihaba hills, en géologie et en géomorphologie, liant l’histoire des grottes à celle des lacs anciens. Les différents chercheurs ont également donné cours sur leur discipline respective dans une tente équipée à cet effet. La visite de Whadoum avec son P9 a été appréciée avec plus ou moins de crainte mais beaucoup de curiosité et d’enthousiasme.

Les étudiants ont tous voulu descendre à !Whadum et nous n’avion qu’une cienutre pour les sécuriser pour la descente d’un puit contre paroi qui s’agrandit soudain plein gaz sur les 6 derniers mètres. 1 h 30 de manip pour 11 étudiants ravis !

Les deux chercheurs de l’Okavango ont réalisé des prélèvements d’eau dans des sources en surface et sous terre.

Olivier Dauteuil et Marc Jolivet ont fait des prélèvements d’eau souterraine et de sources en surface.

L’équipe spéleo est retournée à Fossil cave pour prélever des sédiments ossifères pour One Tsukhudu, doctorante en paléontologie qui doit rassembler un échantillon statistique de 5000 ossements de microfaune par site pour terminer sa thèse. L’avant-dernier jour de la mission, nous sommes retournés documenter Dimapo cave et Laurent Bruxelles a identifié, sur les parois tout au long du réseau, les traces d’un ancien niveau de base que l’on peut corréler au paléo-lac Deception présent non loin d’ici il y a deux millions d’années.

Faits insolites

La savane était toute verte, on avait du mal à croire qu’on était dans le désert du Kalahari, c’était un Kalahari vert avec des quantités de kori bustard (outarde). Nous avons failli percuter un éléphant sur une piste de nuit, sans dommage que l’outrage fait à ce gigantesque animal. Des problèmes de véhicules avec crevaison de nuit et la perte d’une roue plusieurs fois nous ont bien occupé.

Samedi matin, a été l’occasion pour l’équipe de rejoindre le village de Xaï Xaï pour une rencontre de football amicale. Nous en avons profité pour ramener un petit marabout et des oriflammes à l’effigie du club de foot local. On a perdu les deux matches contre des ados survitaminés qui jouaient souvent pieds nus ou avec chacun une chaussure.

Remise du petit marabout et des flammes à l’équipe locale.
extrait du documentaire de l’équipe TV qui nous a diffusé ses images de tournoi de foot.

Perspectives

En octobre, ce sera la mission de fouille annuelle. L’équipe du Botswana National Muséum sera renforcée par des membres de la communauté San de Xai-Xai afin de nous aider à poursuivre la fouille de Bone Cave, le seul site de la région livrant une faune de plus de deux millions d’années. Nous retournerons dans les grottes de Koanaka afin d’y chercher ici aussi des traces d’ancien niveau de base lacustre, la formation et l’évolution de ces réseaux karstiques étant de plus en plus clairement liées à l’histoire des lacs du Kalahari. L’exploration de la cavité de Waxhu nord sera reprise avec un équipement spécifique adapté à cette cavité instable et complexe.

Expédition nationale spéléologique au Turkménistan : un peu de désob !

L’équipe d’explorateurs français continue à plaider pour explorer le massif du Köytentag et à chaque fois tout semble à refaire. les autorisation sont arrachées au cas par cas mais la confiance s’installe finalement au gré du séjour. Une équipe tombe nez à nez avec un cobra. A la fin du séjour au Turkmenistan, l’équipe se scinde en deux. Une première continue vers l’Ouzbékistan tandis que l’autre regagne la France non sans difficultés étant malade. A lire ci dessous :

Le 1er mai, une équipe retourne à de Géophysicheskaya (ou Gulshirin) pour film, photos et 3D pour compléter la documentation de 2024. Etienne fouille la cavité et retourne aux points d’interrogation de la topo 2024 (escalade à faire).

Geophysikeskaya – Photo Philippe Crochet – modèle Annie Guiraud

Une autre équipe va à Tush Yuruck pour documenter cette cavité riche et variée (formation, concrétionnement, bauge à ours, trace laissées par des hyènes aujourd’hui disparues, outils préhistoriques, …

Tush Yuruk – Photo Philippe Crochet – modèle Annie Guiraud

Le 2 mai, une équipe à Tush Yuruk pour poursuivre la documentation de cette grotte. L’autre équipe en prospection à partir de la crête entre Géophysicheskaya (ou Gulshirin) et Tush Yuruck. En effet, les grottes des chèvres, de Tush Yuruk, de Géophysicheskaya, de Verticalnaya sont alignées avec une altitude proche et diminuant des chèvres vers Verticalnaya, ce qui correspond au pendage. La prospection dans le canyon de Gougourtli permet de découvrir un immense porche (non répertorié par les russes qui n’avaient pas dû prospecter le haut de ce canyon). En face un porche plus petit, mais aussi large témoigne d’un ancien réseau recoupé par le canyon.

L’alignement est parfait, ainsi que l’altitude avec , les grottes des chèvres, de Tush Yuruk, de Géophysicheskaya, de Verticalnaya.

Un grand laminoir (très large) avec des traces de porcs épics est parcouru par un bon courant d’air. Des blocs encombrent le passage. Il faut revenir désobstruer ce passage très prometteur avec des outils. Est-ce un nouveau Géophysicheskaya ? Nous appelons la grotte du nom du canyon : grotte de Gougourtli. Après avoir été en face (cavité bouchée), nous poursuivons la prospection dans l’amont du canyon.

Au retour au campement, l’équipe de Tush Yuruck est bloquée dans Köyteng par la rivière subitement en crue exceptionnelle suite à un orage très violent en amont.

Le 3 mai, c’est dimanche, le camp militaire est fermé. Une équipe part vers le fond de la vallée (grotte des 40 vierges, canyon et empreintes de dinosaures. Une autre équipe monte à pied en prospectant jusqu’à 1400 m d’altitude. Un canyon de 200 m de profondeur barre le chemin du retour envisagé.

Le 4 mai,  l’ensemble de l’équipe va à Tuhs Yuruck.

Le 5 mai, une équipe retourne à Tush Yuruck pour topographier les parcours et bauges de la salle d’entrée et de la partie après le long boyau et faire des relevés 3D. Une équipe partle matin filmer vers le Porche des Chèvres et faire une interview. Après midi descente dans le canyon plus en aval et l’équipe remonte le canyon en amont. Le canyon très encaissé et abrupt se poursuit sur plusieurs km. Une autre équipe descend  au fond du canyon de Bulak Dara sur environ  5km. Certains orifices sont repérés, sans suite évidente.

Le 6 mai, une équipe va à Hoschi Oyuck pour un complément photos et filmer. Une autre équipe retourne à la grotte Gougourtli pour voir la suite entrevue et regarder s’il y a des traces de préhistoire. La suite est étroite et il faut un piochon et un seau.

Une 3e équipe va prospecter  en montagne en montant à 1200 m en 4X4. La piste est impraticable au-delà. Descente dans le canyon. Arrivée sur deux entrées de mines improbables en plein paroi. L’équipe les parcourt en totalité. Mais elles ne débouchent pas sur des cavités.

Le soir nous rencontrons le Pr Knapp et Christian Welscher, qui travaille pour la fondation privée Succow Stiftung qui coordonne le dossier de candidature transfrontalier UNESCO du Köytendag. Hans et Christian nous demandent l’autorisation d’utiliser notre travail pour le rapport de septembre. Elle leur est accordée sans problème car nos objectifs sont communs. Il est toutefois précisé que pour les photos, le copyright doit être systématiquement mentionné (© Ph. Crochet / Expéditions KRAC) ce qui est une évidence à leurs yeux. Ce rapport sera envoyé au KRAC afin que nous en ayons connaissance avant envoi à la commission. A l’issue de la validation de cette deuxième étape, le dossier définitif sera préparé à partir de 2027 et le KRAC y sera associé. La rencontre a été très positive.

Gougourtli – Photo Philippe Crochet

Le 7 mai, une équipe va à la grotte Gougourtl, après s’être arrêté au magasin de bricolage pour acheter seau, piochon et marteau. Une partie de l’équipe lève la topo pendant que l’autre creuse, enlève des blocs une bonne partie de la journée. Mais elle est bloqués par une coulée de calcite difficile à détruire. Le courant d’air est très présent.

Une équipe va à Tush Yuruck. Un cobra de 2m est posté devant l’entrée et se dresse devant les spéléos, puis il rentre dans la grotte. Certains nous rejoignent à la grotte Gougourtl. D’autres vont à Géophysicheskaya.

Le 10 mai, dimanche, pas de camp militaire. De plus il pleut depuis la nuit.

Repos, sauf pour une équipe qui va topographier et documenter la grotte des quarante vierges.

Arrêt au retour pour faire des mesures à la source claire au bas du canyon en amont de Köyteng (conductivité, débit, …). Elle est estimée à 450litres/seconde environ. Elle ne contient pas de gypse.

Le 11 mai, une équipe va à Verticalnaya (P 60 m) pour faire des relevés concernant la momie et les ossements. En fait, elle découvre qu’il y a 3 momies + peut-être les restes d’une autre, et des ossements nombreux d’animaux, dont un cheval. De quelle époque ça date ?

Une autre équipe va à Géophysicheskaya (photos, films, 3D).

Tush Yuruk – Photo Philippe Crochet – modèle Annie Guiraud

une dernière équipe réussit à se faire monter en 4×4 jusqu’à environ 2000 m pour aller voir la grotte figurant sur la carte Russe à la même altitude au sud ouest. Après franchissement pas facile de 2 canyons profonds, elle butte sur un 3ème qu’on remonte sur son bord supérieur en rive droite jusqu’au bas d’un ressaut vertical. On pourrait franchir le cañon à cet endroit mais on doit redescendre.

Lors de cette journée, nous croisons de très près 2 gros serpents de 2m.

Le 12 mai, dernier jour, une équipe à Géophysicheskaya (photos film).

Une autre équipe retourne avec Shaniyaz à Tush Yuruck pour finir les relevés (3D et traces). Le cobra n’est plus là. Ouf ! Une dernière équipe retourne au bas du canyon où sort la source abondante. L’équipe remonte le canyon qui se dirige vers Aribaba, point culminant du massif à 3139 m.

Le 13 mai départ à 8h vers Kerki :

  • 4 prennent le train pour Ashgabat et l’avion pour la France
  • 9 continuent la route jusqu’à Farap, à la frontière du Turkménistan et de l’Ouzbékistan. Après 11h de route arrivée à Boukhara à 19h.

Ensuite direction Samarcande et puis le Köytendag ouzbèke. Pour aller de l’autre côté du massif, le passage de la frontière par Termez étant fermé, au lieu d’une ½ journée, il nous faudra 3 jours !!!

Les 4 rentrés en France ont eu quelques soucis à l’embarquement et Etienne FABRE a été refusé d’embarquer à Istanbul étant malade. 

Il y est encore (depuis le 15 mai à 6 h du matin). Il devrait embarquer pour Toulouse dans 1 h.

Nous avons aussi saisi pendant le séjour la Comed suite à des piqûres de bestioles. Peut-être de tiques qui nous ont fait des grosses tâches bizarres. 

Expédition spéléologique en Chine dans la province du Yunnan : 21 km de galeries topographiées

Une expédition dans la province du Yunnan (Chine, district de Xichou) s’est déroulée du 17 avril au 03 mai 2026.
A la demande de l’académie des sciences de Pékin et du district de Xichou, nous sommes intervenus afin de compléter l’inventaire des grottes de ce district par des topographies précises et complètes
ainsi que des photographies et nos observations de spéléologues.
Xichou est engagé dans un long process d’accès au label UNESCO Global Geopark. Enrichir la connaissance de ces grottes et mieux en cerner leur caractère unique est donc pour eux un enjeu capital.

Galerie principale de Chuandong – Photo : Noé Vergez


21 km de topographie ont été réalisés en deux semaines d’exploration avec une moyenne de deux à trois équipes par jour dans deux cavités différentes.
15 cavités indépendantes ont été topographiées.

Gours dans Qiaotouyindong – Photo : Noé Vergez


Toutes les entrées avaient été repérés par les scientifiques qui nous accompagnaient.
Les réseaux topographiés ont permis de valider la circulation de rivières que l’on devinait traverser un ou plusieurs mamelons karstiques typiques des karsts à cônes asiatiques (ou karts à pitons). Dans une rivière souterraine, une poulie antique a été découverte et sera analysée prochainement.

Paysage typique de karst à piton – Photo : Alexandre Pont

Lors du débriefing final devant les autorités du district, nous avons recommandé des actions de protection d’une cavité et de réduction de pollution d’une rivière souterraine. De plus, deux pistes ont été évoquées en vue d’aménagements touristiques possibles de cavités propices.
Notre zone était assez limitée par rapport à l’étendue potentielle du futur parc, ce qui nous a permis de mettre au point avec nos interlocuteurs une prochaine expédition programmée pour Janvier 2027
sur des zones très prometteuses en termes de réseaux.

Responsable : Jacques GUDEFIN (1,2)
Participants FFS : Jacques GUDEFIN (1,2) , Jean BOTTAZZI (1) , François DANIÈRE (3) , Michaël LEROY (4) , Benoît PARAVEL (4) , Noé VERGEZ (4) , Alexandre PONT (5)
Participants nationaux : He Qingcheng (6) /何庆成 (Chief Scientist), Li Xia (6) /李霞 (Hydrogeology), Liu Hongwei (6) /刘宏伟 (Engineer Geology), Han Bo (6) /韩博 (Geology), Lin Yuan (7) /林原, Deng Yuelv (7) /邓月 吕, Tian Huhuai (8) /田湖怀, Xuelian (9) /薛莲
Clubs/Organisations : URSUS (1) , S.C. Aubenas (2) , Cavernicoles (3) , GASOIL (4) , Clan des Tritons (5) , Académie des sciences de Pékin (6) , Administration du Geopark de Xichou (7) , Bureau du tourisme de Xichou (8) , Maison de la spéléologie (Pékin), services culturels (9)

Expédition nationale spéléologique au Turkménistan : une première partie compliquée

Participants à l’expédition Köytendag 2026 côté Turkménistan :

Lionel Barriquand, Jean-Marie Briffon,  Etienne Fabre, Antonio Cosentino, Philippe Crochet, Jean-Philippe Degletagne, Daniel Delon, Claire Falgayrac, Claire Gaillard, Jean-Pierre Gruat, Annie Guiraud, Jean-Paul Hereil Et Annie Pederzoli.

Dilora Geldiyeva de l’agence Owandan nous accompagne durant le séjour.

La première partie de l’expédition Köytendag 2026 qui se déroule sur 2 pays le Turkménistan et l’Ouzbékistan vient de s’achever (24/04/2026 au 15/05/2026). 

Malgré des démarches administratives engagées très tôt afin de disposer de toutes les autorisations nécessaires des autorités turkmènes, cette année de nombreuses difficultés administratives dans divers domaines ont perturbé l’expédition pendant son déroulement et le temps passé à les régler a été très chronophage et énergivore. 

Le dernier problème est arrivé hier, juste avant le retour d’une partie de l’équipe en France. Le ministère de l’Environnement turkmène n’a pas transmis les autorisations d’exportation en biospéléologie et pour une concrétion qui devait servir à étudier le paléoclimat de la zone. Les échantillons sont restés à Ashgabat, dans l’attente d’une solution et des autorisations. 

Pour bien se rendre compte des difficultés cette année, nous avons pris les billets d’avion avec Turkish Airlines 15 jours avant le départ (autorisation de l’expédition actée) et réception de la lettre d’invitation avec visa gratuit reçue par mail lors de l’escale d’Istanbul, après une intervention de Son Excellence M. Chariev, Ambassadeur du Turkménistan en France, que nous remercions.

L’ensemble de l’équipe s’est retrouvée à Ashgabat le 27 avril, six spéléos (Jean-Pierre, Philippe, Annie G., Daniel, Antonio et Annie P.) étant arrivés deux  jours avant. 

Les objectifs annoncés ont été réduits de la mission plongée, suite au désistement deux mois avant de David Bianzani, Président de la FFS. Le délai très court n’a pas permis de trouver un autre plongeur pour accompagner Frédo Poggia,  malgré des recherches tout azimut, même dans de nombreux pays étrangers. De ce fait, dépité, Frédo a renoncé 15 jours avant le départ de venir au Turkménistan cette année.

Un autre désistement de dernière minute (quelques jours avant le départ) a été annoncé, celui du journaliste de GEO Magazine qui devait nous accompagner pour faire un reportage.

Le 27 avril à midi et demi, nous allons prendre le train pour Kerki (18h de trajet). A la gare, nous retrouvons M. Philippe MERLIN, Ambassadeur de France à Ashgabat, qui nous accompagne et vient découvrir la première salle de la grotte de Géophysicheskaya (ou Gulshirin).

Après Kerki (arrivée à 7h le 28/04), 4h de 4X4 nous amènent au camp de base de Köyteng, où un internet à très faible débit et souvent interrompu nous permet à peine d’envoyer des mails très courts. Donc pas de CR au fil de l’eau pour la CREI.

Le 29 avril, à 9h nous arrivons, avec l’Ambassadeur de France, à l’entrée du camp militaire où se situe la grotte.

Là surprise, ils ne sont pas au courant de notre venue, ni les militaires, ni le Ministère de l’Environnement, malgré les nombreux courriers envoyés en amont.

Coups de fils tout azimut, négociations, remise des courriers déjà envoyés il y a plusieurs mois, rien n’y fait. Ils n’autorisent que l’Ambassadeur de France à rentrer, qui refuse car il veut être accompagné par les spéléologues français.

Attente en plein soleil jusqu’à 15h, heure à laquelle nous prenons la décision de faire demi tour vers le campement de Köyteng.

Nous croisons une voiture, le chauffeur reconnaît le Ministre de l’Environnement en visite dans la réserve qui va vers le camp militaire. Deux minutes après, Dilora reçoit un appel téléphonique. Tout le monde est autorisé à aller dans la grotte. On pourra exceptionnellement rester dans le camp jusqu’à 20h.

Nous visitons avec M. Philippe MERLIN, Ambassadeur de France à Ashgabat, la première salle de la grotte de Géophysicheskaya (ou Gulshirin). Antonio filme et réalise une interview de l’Ambassadeur.

Le 30avril, une équipe retourne à Géophysicheskaya (ou Gulshirin) pour film, photos et 3D pour compléter la documentation de 2024 sur cette grotte exceptionnelle.

Une autre équipe va rechercher et accéder à une cavité repérée en 2024 en face la grotte des  chèvres (Markhors) de l’autre côté du canyon de Bulak Dara.

Une dernière équipe retourne à la la grotte des  chèvres (Markhors) dont l’accès est long et difficile pour voir s’il peut y avoir de la préhistoire ou tout autre signe intéressant (en 2024, seuls Jean-Paul et  Jean-Pierre avaient été à cette grotte et en avait lever la topo).

Expédition spéléologique au Pérou : une quête de 15 ans pour la légendaire grotte de la Cathédrale

Après la grosse expédition internationale Nord-Pérou 2024, les équipes anglosaxonnes et franco-péruviennes avaient décidé d’organiser en 2025 des reconnaissances plus légères vers de objectifs nouveaux. Ces objectifs étant choisis, soit à partir d’analyse d’images satellites, soit à partir de témoignages oraux glanés lors des précédentes explorations. En réalité, c’est le croisement des témoignages et des images satellites qui est à l’origine du choix des secteurs ciblés.

Ainsi, en septembre 2025, le groupe anglo-saxon piloté par Peter Talling et auquel se sont joints J.Y. Bigot (GSBM) et A. De Pomar (ECA Pérou), s’est dirigé depuis le village d’Atuén (Chachapoyas, Amazonas) vers le haut-bassin du Rio Huayabamba, aux confins de la province de Mariscal Cáceres (San Martín). Après une très longue marche en Amazonie-Andine, l’équipe atteint le village de Canaán, où quelques cavités sont repérées et explorées. En octobre, J.Y. Bigot et A. De Pomar rejoignent à Chachapoyas l’équipe franco-péruvienne (ECA-GSBM-SCVV) dont l’objectif cette année est de trouver un chemin permettant d’atteindre les fameuses pertes de rivières au Sud de Soloco, au niveau du Cerro Tragadero (la montagne avaleuse). Ensuite, il est prévu de terminer l’exploration de la Cueva de Valle Andino, initiée en 2024. L’expédition Cerro Tragadero 2025 se déroulera donc en deux parties.

Entrée de la grotte de la Cathédrale (Soloco, Chachapoyas, Amazonas)

Première partie à Soloco (Chachapoyas, Amazonas)

Au cours du mois d’octobre, l’équipe franco-péruvienne (6 Français et 3 Péruviens) se dirige à Soloco où l’accueil par la famille Rojas est toujours aussi chaleureux. Après une sortie initiation à la Cueva del Rio Seco, l’expédition s’engage dans les montagnes, plein Sud, avec 3 muletiers et 8 chevaux très chargés. Les sentiers sont peu praticables et la météo exécrable. Une partie de l’équipe, les muletiers et les chevaux font demi-tour dès le deuxième jour. L’équipe réduite à 5 continue sac au dos, sans matériel spéléo, et atteint les pertes des rios Saupucro et Shocol impénétrables), ainsi que l’entrée d’une vaste grotte à proximité. Cette cavité semble être la grotte de la Cathédrale que nous recherchons depuis près de 15 ans ! Une rapide reconnaissance permet d’atteindre le collecteur, arrêt en haut d’une cascade, ça continue, et c’est gros… Plusieurs gouffres sont également repérés dans la forêt au Nord de ces pertes, à voir lors de l’expédition 2026.

Météo execrable qui n’entame pas l’humeur du matin, face à la beauté grandiose des paysages

Deuxième partie à Valle Andino (Rodríguez de Mendoza, Amazonas)

A Valle Andino, nous sommes accueillis comme l’an dernier par la famille Herrera. L’équipe au complet s’attaque à la Cueva de Valle Andino, dans laquelle 1400 m de nouvelles galeries sont topographiés, sans pour autant en terminer l’exploration. La cavité développe maintenant 3500 m dont 2922 m topographiés. Trois petites grottes totalisant 839 m sont également explorées à proximité, et d’autres cavités reconnues, dont une perte pouvant correspondre à l’amont du système. Là aussi, il faudra revenir !

Dans les grottes de Valle Andino (Vista Alegre, Rodríguez de Mendoza, Amazonas)

Avec seulement 2 240 m de nouvelles galeries topographiées, le bilan de cette courte expédition Cerro Tragadero 2025 est modeste. Mais, d’une part, nous avons enfin trouvé au Sud de Soloco l’accès à la légendaire grotte de la Cathédrale, dont l’histoire ne fait que commencer – et d’autre part, le karst de Valle Andino révèle un potentiel spéléologique insoupçonné… Ces deux objectifs seront logiquement au cœur de notre prochaine expédition au Pérou.

Plus d’informations sur le site www.gsbm.fr

Détails de l’expé : https://www.gsbm.fr/expeditions-speleo-perou/expedition-cerro-tragadero-2025/

Découvrir l’expé 2024 ci dessous :

52 minutes pour comprendre l’aventure Human origins au Botswana

ARTE TV diffuse jusqu’au 26 février 2026 un documentaire de 25 minutes sur l’équipe de Laurent Bruxelles et de son projet Human origins in Botswana. L’occasion de marcher dans les pas de ces explorateurs et scientifiques, de saisir leurs hypothèses, et de suivre petit à petit comment ils y répondent, avec des découvertes majeures mais aussi de nouveaux points d’interrogation.

Pour son travail remarquable sur la protection des cavité à guano, l’équipe à notamment remporté le Prix France Habe de l’UIS en 2024.

https://www.arte.tv/fr/videos/105591-000-A/afrique-sur-la-piste-des-premiers-hommes

Pha Hang 2025 au Laos : une vingtaine de cavités d’intérêt paléontologique

Du 6 au 26 janvier 2025 , trois spéléologues fédérés, Eric Suzzoni, Sébastien Frangeul, Jean Charbonnel et une dizaine de scientifiques, non spéléologues, membres de l’expédition paléoanthropologique organisée par le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) dont le responsable est Fabrice Demeter ont participé à l’expédition Pha Hang 2025.  

Nous identifions, explorons et topographions des cavités potentiellement fossilifères, qui sont ensuites analysées par les géologues, puis exploitées par les paléontologues et les scientifiques d’autres spécialités (datation, ADN ancien, …).

En janvier 2025, nous avons prospecté une zone d’environ 50 km2 dans le secteur de Pha Hang, province de Hua Pan. Nous avons identifié et exploré une vingtaine de cavités, dont plusieurs ont révélé un intérêt paléontologique. Nous avons également poursuivi l’exploration de cavités ayant précédemment livré des fossiles en y réalisant notamment des escalades.

Accueillis par des coups de feu

La logistique des explorations est complexe. La zone de prospection est éloignée du lieu de vie, les déplacements se font nécessairement en 4×4 et de jour. Les entrées des cavités se situent presque toutes en bordure de plaines, sur des versants couverts de jungle, la progression à la machette y est lente et éprouvante. Les aspects de sécurité sont à prendre au sérieux, nous avons été accueillis un jour par des coups de feu bien que notre expédition soit tout à fait officielle.

Article paru dans Denisova XXI numéro 70 page 64.

Dans l’une des cavités explorées, nous avons découvert un ensemble de statuettes bouddhistes anciennes. Après communication aux autorités laotiennes, celles-ci ont envoyé une équipe d’archéologues procéder à la récupération des figurines, ce qui a donné lieu à un article dans la presse laotienne. 

La découverte a fait l’objet d’un article de presse.