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Expédition nationale spéléologique au Turkménistan : un peu de désob !

L’équipe d’explorateurs français continue à plaider pour explorer le massif du Köytentag et à chaque fois tout semble à refaire. les autorisation sont arrachées au cas par cas mais la confiance s’installe finalement au gré du séjour. Une équipe tombe nez à nez avec un cobra. A la fin du séjour au Turkmenistan, l’équipe se scinde en deux. Une première continue vers l’Ouzbékistan tandis que l’autre regagne la France non sans difficultés étant malade. A lire ci dessous :

Le 1er mai, une équipe retourne à de Géophysicheskaya (ou Gulshirin) pour film, photos et 3D pour compléter la documentation de 2024. Etienne fouille la cavité et retourne aux points d’interrogation de la topo 2024 (escalade à faire).

Geophysikeskaya – Photo Philippe Crochet – modèle Annie Guiraud

Une autre équipe va à Tush Yuruck pour documenter cette cavité riche et variée (formation, concrétionnement, bauge à ours, trace laissées par des hyènes aujourd’hui disparues, outils préhistoriques, …

Tush Yuruk – Photo Philippe Crochet – modèle Annie Guiraud

Le 2 mai, une équipe à Tush Yuruk pour poursuivre la documentation de cette grotte. L’autre équipe en prospection à partir de la crête entre Géophysicheskaya (ou Gulshirin) et Tush Yuruck. En effet, les grottes des chèvres, de Tush Yuruk, de Géophysicheskaya, de Verticalnaya sont alignées avec une altitude proche et diminuant des chèvres vers Verticalnaya, ce qui correspond au pendage. La prospection dans le canyon de Gougourtli permet de découvrir un immense porche (non répertorié par les russes qui n’avaient pas dû prospecter le haut de ce canyon). En face un porche plus petit, mais aussi large témoigne d’un ancien réseau recoupé par le canyon.

L’alignement est parfait, ainsi que l’altitude avec , les grottes des chèvres, de Tush Yuruk, de Géophysicheskaya, de Verticalnaya.

Un grand laminoir (très large) avec des traces de porcs épics est parcouru par un bon courant d’air. Des blocs encombrent le passage. Il faut revenir désobstruer ce passage très prometteur avec des outils. Est-ce un nouveau Géophysicheskaya ? Nous appelons la grotte du nom du canyon : grotte de Gougourtli. Après avoir été en face (cavité bouchée), nous poursuivons la prospection dans l’amont du canyon.

Au retour au campement, l’équipe de Tush Yuruck est bloquée dans Köyteng par la rivière subitement en crue exceptionnelle suite à un orage très violent en amont.

Le 3 mai, c’est dimanche, le camp militaire est fermé. Une équipe part vers le fond de la vallée (grotte des 40 vierges, canyon et empreintes de dinosaures. Une autre équipe monte à pied en prospectant jusqu’à 1400 m d’altitude. Un canyon de 200 m de profondeur barre le chemin du retour envisagé.

Le 4 mai,  l’ensemble de l’équipe va à Tuhs Yuruck.

Le 5 mai, une équipe retourne à Tush Yuruck pour topographier les parcours et bauges de la salle d’entrée et de la partie après le long boyau et faire des relevés 3D. Une équipe partle matin filmer vers le Porche des Chèvres et faire une interview. Après midi descente dans le canyon plus en aval et l’équipe remonte le canyon en amont. Le canyon très encaissé et abrupt se poursuit sur plusieurs km. Une autre équipe descend  au fond du canyon de Bulak Dara sur environ  5km. Certains orifices sont repérés, sans suite évidente.

Le 6 mai, une équipe va à Hoschi Oyuck pour un complément photos et filmer. Une autre équipe retourne à la grotte Gougourtli pour voir la suite entrevue et regarder s’il y a des traces de préhistoire. La suite est étroite et il faut un piochon et un seau.

Une 3e équipe va prospecter  en montagne en montant à 1200 m en 4X4. La piste est impraticable au-delà. Descente dans le canyon. Arrivée sur deux entrées de mines improbables en plein paroi. L’équipe les parcourt en totalité. Mais elles ne débouchent pas sur des cavités.

Le soir nous rencontrons le Pr Knapp et Christian Welscher, qui travaille pour la fondation privée Succow Stiftung qui coordonne le dossier de candidature transfrontalier UNESCO du Köytendag. Hans et Christian nous demandent l’autorisation d’utiliser notre travail pour le rapport de septembre. Elle leur est accordée sans problème car nos objectifs sont communs. Il est toutefois précisé que pour les photos, le copyright doit être systématiquement mentionné (© Ph. Crochet / Expéditions KRAC) ce qui est une évidence à leurs yeux. Ce rapport sera envoyé au KRAC afin que nous en ayons connaissance avant envoi à la commission. A l’issue de la validation de cette deuxième étape, le dossier définitif sera préparé à partir de 2027 et le KRAC y sera associé. La rencontre a été très positive.

Gougourtli – Photo Philippe Crochet

Le 7 mai, une équipe va à la grotte Gougourtl, après s’être arrêté au magasin de bricolage pour acheter seau, piochon et marteau. Une partie de l’équipe lève la topo pendant que l’autre creuse, enlève des blocs une bonne partie de la journée. Mais elle est bloqués par une coulée de calcite difficile à détruire. Le courant d’air est très présent.

Une équipe va à Tush Yuruck. Un cobra de 2m est posté devant l’entrée et se dresse devant les spéléos, puis il rentre dans la grotte. Certains nous rejoignent à la grotte Gougourtl. D’autres vont à Géophysicheskaya.

Le 10 mai, dimanche, pas de camp militaire. De plus il pleut depuis la nuit.

Repos, sauf pour une équipe qui va topographier et documenter la grotte des quarante vierges.

Arrêt au retour pour faire des mesures à la source claire au bas du canyon en amont de Köyteng (conductivité, débit, …). Elle est estimée à 450litres/seconde environ. Elle ne contient pas de gypse.

Le 11 mai, une équipe va à Verticalnaya (P 60 m) pour faire des relevés concernant la momie et les ossements. En fait, elle découvre qu’il y a 3 momies + peut-être les restes d’une autre, et des ossements nombreux d’animaux, dont un cheval. De quelle époque ça date ?

Une autre équipe va à Géophysicheskaya (photos, films, 3D).

Tush Yuruk – Photo Philippe Crochet – modèle Annie Guiraud

une dernière équipe réussit à se faire monter en 4×4 jusqu’à environ 2000 m pour aller voir la grotte figurant sur la carte Russe à la même altitude au sud ouest. Après franchissement pas facile de 2 canyons profonds, elle butte sur un 3ème qu’on remonte sur son bord supérieur en rive droite jusqu’au bas d’un ressaut vertical. On pourrait franchir le cañon à cet endroit mais on doit redescendre.

Lors de cette journée, nous croisons de très près 2 gros serpents de 2m.

Le 12 mai, dernier jour, une équipe à Géophysicheskaya (photos film).

Une autre équipe retourne avec Shaniyaz à Tush Yuruck pour finir les relevés (3D et traces). Le cobra n’est plus là. Ouf ! Une dernière équipe retourne au bas du canyon où sort la source abondante. L’équipe remonte le canyon qui se dirige vers Aribaba, point culminant du massif à 3139 m.

Le 13 mai départ à 8h vers Kerki :

  • 4 prennent le train pour Ashgabat et l’avion pour la France
  • 9 continuent la route jusqu’à Farap, à la frontière du Turkménistan et de l’Ouzbékistan. Après 11h de route arrivée à Boukhara à 19h.

Ensuite direction Samarcande et puis le Köytendag ouzbèke. Pour aller de l’autre côté du massif, le passage de la frontière par Termez étant fermé, au lieu d’une ½ journée, il nous faudra 3 jours !!!

Les 4 rentrés en France ont eu quelques soucis à l’embarquement et Etienne FABRE a été refusé d’embarquer à Istanbul étant malade. 

Il y est encore (depuis le 15 mai à 6 h du matin). Il devrait embarquer pour Toulouse dans 1 h.

Nous avons aussi saisi pendant le séjour la Comed suite à des piqûres de bestioles. Peut-être de tiques qui nous ont fait des grosses tâches bizarres. 

Expédition nationale spéléologique au Turkménistan : une première partie compliquée

Participants à l’expédition Köytendag 2026 côté Turkménistan :

Lionel Barriquand, Jean-Marie Briffon,  Etienne Fabre, Antonio Cosentino, Philippe Crochet, Jean-Philippe Degletagne, Daniel Delon, Claire Falgayrac, Claire Gaillard, Jean-Pierre Gruat, Annie Guiraud, Jean-Paul Hereil Et Annie Pederzoli.

Dilora Geldiyeva de l’agence Owandan nous accompagne durant le séjour.

La première partie de l’expédition Köytendag 2026 qui se déroule sur 2 pays le Turkménistan et l’Ouzbékistan vient de s’achever (24/04/2026 au 15/05/2026). 

Malgré des démarches administratives engagées très tôt afin de disposer de toutes les autorisations nécessaires des autorités turkmènes, cette année de nombreuses difficultés administratives dans divers domaines ont perturbé l’expédition pendant son déroulement et le temps passé à les régler a été très chronophage et énergivore. 

Le dernier problème est arrivé hier, juste avant le retour d’une partie de l’équipe en France. Le ministère de l’Environnement turkmène n’a pas transmis les autorisations d’exportation en biospéléologie et pour une concrétion qui devait servir à étudier le paléoclimat de la zone. Les échantillons sont restés à Ashgabat, dans l’attente d’une solution et des autorisations. 

Pour bien se rendre compte des difficultés cette année, nous avons pris les billets d’avion avec Turkish Airlines 15 jours avant le départ (autorisation de l’expédition actée) et réception de la lettre d’invitation avec visa gratuit reçue par mail lors de l’escale d’Istanbul, après une intervention de Son Excellence M. Chariev, Ambassadeur du Turkménistan en France, que nous remercions.

L’ensemble de l’équipe s’est retrouvée à Ashgabat le 27 avril, six spéléos (Jean-Pierre, Philippe, Annie G., Daniel, Antonio et Annie P.) étant arrivés deux  jours avant. 

Les objectifs annoncés ont été réduits de la mission plongée, suite au désistement deux mois avant de David Bianzani, Président de la FFS. Le délai très court n’a pas permis de trouver un autre plongeur pour accompagner Frédo Poggia,  malgré des recherches tout azimut, même dans de nombreux pays étrangers. De ce fait, dépité, Frédo a renoncé 15 jours avant le départ de venir au Turkménistan cette année.

Un autre désistement de dernière minute (quelques jours avant le départ) a été annoncé, celui du journaliste de GEO Magazine qui devait nous accompagner pour faire un reportage.

Le 27 avril à midi et demi, nous allons prendre le train pour Kerki (18h de trajet). A la gare, nous retrouvons M. Philippe MERLIN, Ambassadeur de France à Ashgabat, qui nous accompagne et vient découvrir la première salle de la grotte de Géophysicheskaya (ou Gulshirin).

Après Kerki (arrivée à 7h le 28/04), 4h de 4X4 nous amènent au camp de base de Köyteng, où un internet à très faible débit et souvent interrompu nous permet à peine d’envoyer des mails très courts. Donc pas de CR au fil de l’eau pour la CREI.

Le 29 avril, à 9h nous arrivons, avec l’Ambassadeur de France, à l’entrée du camp militaire où se situe la grotte.

Là surprise, ils ne sont pas au courant de notre venue, ni les militaires, ni le Ministère de l’Environnement, malgré les nombreux courriers envoyés en amont.

Coups de fils tout azimut, négociations, remise des courriers déjà envoyés il y a plusieurs mois, rien n’y fait. Ils n’autorisent que l’Ambassadeur de France à rentrer, qui refuse car il veut être accompagné par les spéléologues français.

Attente en plein soleil jusqu’à 15h, heure à laquelle nous prenons la décision de faire demi tour vers le campement de Köyteng.

Nous croisons une voiture, le chauffeur reconnaît le Ministre de l’Environnement en visite dans la réserve qui va vers le camp militaire. Deux minutes après, Dilora reçoit un appel téléphonique. Tout le monde est autorisé à aller dans la grotte. On pourra exceptionnellement rester dans le camp jusqu’à 20h.

Nous visitons avec M. Philippe MERLIN, Ambassadeur de France à Ashgabat, la première salle de la grotte de Géophysicheskaya (ou Gulshirin). Antonio filme et réalise une interview de l’Ambassadeur.

Le 30avril, une équipe retourne à Géophysicheskaya (ou Gulshirin) pour film, photos et 3D pour compléter la documentation de 2024 sur cette grotte exceptionnelle.

Une autre équipe va rechercher et accéder à une cavité repérée en 2024 en face la grotte des  chèvres (Markhors) de l’autre côté du canyon de Bulak Dara.

Une dernière équipe retourne à la la grotte des  chèvres (Markhors) dont l’accès est long et difficile pour voir s’il peut y avoir de la préhistoire ou tout autre signe intéressant (en 2024, seuls Jean-Paul et  Jean-Pierre avaient été à cette grotte et en avait lever la topo).

Köýtendag 2024 – seconde expédition spéléologique au Turkménistan

Agrément FFS 1 / 2024

Pays : Turkménistan

Région : Lébap, massif de Köýtendag

Du 8 avril au 2 mai 2024

Nombre de participants : 17 membres fédérés

Clubs : Individuels (Hérault), Club Spéléo Vulcain (Rhône), Alpina Millau (Aveyron), Gruissan Prospection Spéléologie (Aude), Clan des Tritons (Rhône), CRESPE (Alpes-Maritimes), Spéléo club Argilon (Saône-et-Loire), Società Speleologica Italiana (Italie), Slovak Speleological Society – Speleoklub Badizér, Ardovo (Slovaquie), SGCAF, Spéléos Grenoblois du Club Alpin Français (Isère), FJS, Furets Jaunes de Seyssins (Isère).

Responsable : Jean-Pierre Gruat.

Après une expédition de reconnaissance du 6 au 22 mai 2023, par une équipe de 10 spéléos, en 2024 ce sont 17 spéléos issus de plusieurs clubs français, italien et slovaque en partance pour le massif du Köýtendag.

Pour visualiser le compte-rendu 2023 et les documents annexes (cliquer sur cette phrase)

Pour 2024 ce sera une équipe pluridisciplinaire plus importante pour cette deuxième expédition au Köytendag, du 8 avril au 2 mai 2024 (il y aura quelques défections de dernière minute, notamment notre vidéaste Daniel Penez). Dix-sept personnes participent : Philippe Audra, karstologue, Université Côte d’Azur, Jo De Waele et Lionel Barriquand, spécialisés en géologie et karstologie, Josiane Lips et Jozef Grego, spécialisés en biospéléologie, Jean-Paul Héreil, Bernard Lips, Xavier Robert et Alexandre Pont pour la topographie, Gaël Cazes pour la topographie 3D par photogrammétrie, Jean-Marie Briffon, Claire Falgayrac, Jean-Philippe Grandcolas, Jean-Pierre Gruat et Freddo Poggia pour l’exploration et la prospection, Annie Guiraud et Philippe Crochet en charge de la couverture photographique.

Les objectifs sont multiples : photographie, topographie de l’existant, karstologie, biospéléologie, prélèvements et documentation, prospection et explorations nouvelles.

– 12 cavités sont visitées à plusieurs reprises et topographiées : certains jours, 5 équipes de 2 à 3 personnes ont réalisé de la topographie (8571 stations topographiques, 18,7 km de réseau topographié, profondeur maximum atteinte – 157 m).

Les principales cavités reprises et topographiées partiellement ou complètement :

Geophyzicheskaya

Tush-Yurruck

Kaptharana

Promeszutochnaya 

Hushm-Oyeek

Kutuzov cave ou grotte du Lac

Verticalnaya

Cupp-Coutunn

Malgré des « contraintes administratives » importantes, la zone se trouve sur une zone militaire, proche de la frontière ouzbèke, un temps journalier sur le terrain limité à 8 h maximum, il peut être envisagé de programmer une 3ème expédition en 2025 ou 2026, en envisageant d’explorer une autre zone en dehors de la zone militaire, toutefois la proximité de la frontière ne nous libère pas de toutes les contraintes. Cette année nous avons bénéficié de visas gratuits (119 dollars par personne en 2023), par contre comme en 2023, nous n’avons pas échappé au test PCR (29 dollars par personne en 2024) !

– Le 1er jour de l’arrivée à Ashgabat, avant de prendre le train pour Kerki, Philippe Audra, Lionel Barriquand, Gaël Cazes et Jean-Pierre Gruat, sont reçus par Mme Shirin Karryyeva, Mme Tatjana Rosen, M. Jumamyrat Saparmuradov et d’autres personnes. Ces personnes travaillent dans le cadre du projet CEPF/CLLC du Turkménistan (CEPF : Critical Ecosystem Partnership Fund et CLLC : Center for Large Landscape Conservation).

Ils souhaitaient échanger avec nous sur les objectifs de notre expédition, ils manquent d’informations sur la géologie et le karst du Koytendag et nous pouvons leur apporter certains éléments en ce domaine.

En parallèle, une autre partie de notre équipe (Jozef Grego, Josiane Lips et Jo De Waele) est reçue au Ministère de l’Environnement pour évoquer les autorisations nécessaires de prélèvement et d’exportation en biospéléologie (invertébrés) et en géologie (petits échantillons de pierre).

– Arrivée le 10 avril sur place au Koytendag, malgré quelques petits problèmes administratifs le 1er jour pour accéder aux grottes situées en zone militaire, nous avons pu réaliser les objectifs scientifiques, topographiques et photographiques durant l’ensemble du séjour. Seule, la prospection du massif n’a pas donné les résultats escomptés, puisqu’aucune nouvelle cavité majeure n’a été découverte, malgré l’exploration de porches difficiles d’accès dans certains canyons. Le massif est vaste et la prospection est difficile avec les nombreux et profonds canyons qui le découpent.

– Les scientifiques en karstologie, en géologie, biocorrosion ont pris des mesures de températures d’air et d’eau, des échantillons d’eau des sources et des lacs, relevé les failles et fractures, les emplacements de différents minéraux et concrétionnements.

Ils vont analyser tous ces éléments en laboratoire pour expliquer la formation de ces cavités, leur évolution et la présence des différents minéraux. Philippe Audra a aussi déposé un pluviomètre performant à basse altitude (maison de la réserve naturelle) et un autre à plus haute altitude (fond de la vallée). Tous les mois, M. Shaniyaz Mengliev, Directeur scientifique de la réserve du Koytendag relèvera l’eau, et plus tard, les isotopes seront étudiés.

– Une grande partie de la grotte de Geophysicalskaya a été relevée par photogrammétrie en 3D en collectant plus de 50 000 images superposées.

– L’équipe photographique s’est concentrée principalement sur deux cavités, Geophysicheskaya et Hushm-Oyeek. La présence de gypse en quantité en fait l’intérêt principal, Hushm-Oyeek , connue depuis plus longtemps, a été fortement endommagée alors que Geophysicheskaya, découverte plus tard, est relativement bien préservée. Cette dernière a été couverte photographiquement, elle est exceptionnelle : profusion de gypse sous toutes ses formes (chandeliers, stalagmites géantes creuses, aiguilles, fleurs, crosses, croûtes…), aragonite, vastes galeries aux plafonds rouges, immenses draperies colorées, un véritable festival pour les yeux tout autant qu’un concentré de phénomènes géologiques.

– Les scientifiques en biospéléologie ont fait beaucoup de prélèvements d’invertébrés dans les grottes et les sources. C’est un beau complément aux découvertes de l’an passé publiées dans le rapport 2023. Le tout est en cours de classification, d’analyse …

Des espèces nouvelles semblent avoir été relevées. Les scientifiques en biospéléologie – qui sont rentrés au bout de 15 jours passés au Turkménistan – ont délivré les premières informations sur leur découverte :

« Pour l’instant nous avons environ 3-6 candidats pour de nouvelles espèces de mollusques souterrains et de source. Les mollusques de surface nous ont également réservé quelques surprises, car dans deux cas, la famille de mollusques la plus proche se trouve à environ 500 km à l’ouest du Köytendag, et il est probable que ces données éloignées représentent également de nouvelles espèces. »

Jozef Grego rédigera prochainement un rapport préliminaire avec des photos.

Toutes ces études demandent beaucoup de temps et les éléments définitifs seront dans le rapport final de l’expédition.

– La prospection : des équipes légères (3 ou 4 personnes) ont parcouru certains secteurs du massif à la recherche de nouvelles cavités, sans résultat. De même, 2 équipes ont descendu des falaises pour atteindre des porches repérés en 2023 dans les canyons, ces porches se sont révélés être des baumes sans suite. Quelques escalades ont été tentées, sans résultat.

Toutefois, les hauts plateaux d’altitude à plus de 2000 mètres n’ont pas été parcourus, l’approche de la frontière ouzbèke nous étant interdite par les autorités turkmènes et un bivouac en altitude aurait été nécessaire. Cette zone reste à étudier dans les prochaines expéditions.

* Geophysicalskaya est absolument à protéger et à préserver de toute dégradation (et d’autres cavités du secteur), elle a des particularités rares et une beauté exceptionnelle avec des formations de gypse unique en splendeur et densité.

* Pour réaliser de nouvelles expéditions, il est nécessaire de trouver des financements, pour réaliser un travail scientifique, les études en laboratoire des résultats exigent aussi un apport financier important.

* Le nombre de photos ramenées de cette expédition 2024 permet de réaliser une publication sur les grottes du Köytendag, reste là aussi à trouver un financement.

Pour consulter la sélection des photos de Philippe Crochet (cliquer sur cette phrase)

Une équipe pluridisciplinaire pour l’expédition 2024 :

AUDRA Philippe, Docteur en géographie physique, karstologue, directeur du Département Hydroinformatique et ingénierie de l’eau et du Master hydroprotech, Université Côte d’Azur. CRESPE (Alpes-Maritimes).

BARRIQUAND Lionel, chimiste, doctorant Université Savoie-Mont-Blanc, Laboratoire EDYTEM de Dynamique des Environnements et Territoires de Montagne. Spéléo club Argilon (Saône-et-Loire).

BRIFFON Jean-Marie, spéléologue, médecin. Gruissan Prospection Spéléologie (Aude).

CAZES Gaël, Expert chez CENOTE Sarl, doctorant Université de Montpellier, Géosciences Montpellier. Individuel (Hérault).

CROCHET Philippe, hydrogéologue et photographe spéléologue. Individuel (Hérault).

DE WAELE Jo, Doctorat en prospection minière, Professeur en géographie physique et géomorphologie Université de Bologne. Società Speleologica Italiana (Italie).

FALGAYRAC Claire, spéléologue. Gruissan Prospection Spéléologie (Aude).

GRANDCOLAS Jean-Philippe, spéléologue. Clan des Tritons (Rhône).

GREGO Jozef, Doctorat diversité mondiale des gastéropodes stygobiotioc, diversité mondiale des Clausilidiae, chercheur indépendant, SubBio Lab Ljubljana University, Slovak Speleological Society – Speleoklub Badizér, Ardovo (Slovaquie).

GRUAT Jean-Pierre, responsable d’expédition, spéléologue. Alpina Millau (Aveyron).

GUIRAUD Annie, spéléologue, assistante-photographe. Individuelle (Hérault).

HEREIL Jean-Paul, spéléologue. SGCAF, Spéléos Grenoblois du Club Alpin Français (Isère).

LIPS Bernard, bio-spéléologue. Club Spéléo Vulcain (Rhône).

LIPS Josiane, bio-spéléologue. Club Spéléo Vulcain (Rhône).

POGGIA Frédéric, spéléonaute. FJS, Furets Jaunes de Seyssins (Isère).

PONT Alex, spéléologue. Clan des Tritons (Rhône).

ROBERT Xavier, Doctorat en Thermochronologie, Chargé de Recherche (CRCN) IRD, Thermochronologie, tectonique, géomorphologie, géologie de terrain, ISTERRE – Université Grenoble Alpes. Club Spéléo Vulcain (Rhône).

Le Turkménistan possède un patrimoine exceptionnel, caché au sein d’un magnifique massif montagneux : le Koytendag.

https://tm.ambafrance.org/Le-Turkmenistan-possede-un-patrimoine-exceptionnel-cache-au-sein-d-un

Un bel article paraitra dans le Spelunca de l’automne 2024, suivi d’une publication et du compte-rendu complet de cette expédition 2024.

Remerciements à la FFS/CREI pour son parrainage, à L’Enseigne Peinte, Chatou, Yvelines (gérant : Thierry Flon, membre FFS du Clan des Tritons) pour la conception et la fabrication gracieuse de l’autocollant Koytendag 2024.

Jean-Philippe GRANDCOLAS & Jean-Pierre GRUAT, juillet 2024.

Expédition Koytendag Turkmenistan 2023

Agrément FFS 5 / 2023.

Pays : Turkménistan

Région : Lébap, massif de Köýtendag

Dates : 6 au 22 mai 2023

Nombre de participants : 10 membres fédérés.

Clubs : Individuels (Hérault), Club Spéléo Vulcain (Rhône), Spéléo Club de Vesoul (Haute-Saône), Alpina Millau (Aveyron), Gruissan Prospection Spéléologie (Aude), Clan des Tritons (Rhône).

Responsable : Jean-Pierre Gruat.

Communiqué de Veronique Olivier- Crédit photos Philippe Crochet

Une expédition spéléologique de reconnaissance a été organisée du 6 mai au 22 mai 2023 sur le massif de Koytendag et, en particulier, dans le système des grottes de Kap Kutan et de Prometezmaya qui sont situées dans une réserve d’État sur le massif du Koytendag à 800 km à l’est d’Ashgabat. A l’issue des longues procédures administratives pour mener à bien ce projet (autorisations à obtenir du Ministère de l’Agriculture et de la Protection de l’Environnement et du Ministère des Affaires étrangères du Turkménistan), malgré la crise mondiale de la pandémie Covid19 durant 3 ans, nous avons enfin pu découvrir ce pays en mai 2023.

L’idée de ce projet avait germé, après avoir vu en 2019 depuis le village de Vandob en Ouzbékistan, l’immense falaise calcaire du Koytendag (600 à 1200 m de haut) qui s’étend sur 50 km de longueur et qui fait frontière entre le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Ce massif constitue le dernier maillon des Monts de Gissar (zone occidentale du système Pamir-Alaï) qui débutent au Tadjikistan au nord de Douchanbé et qui traversent la province du Sourkhan-Daria en Ouzbékistan. En premier lieu, il a fallu rechercher la documentation existante concernant le massif du Koytendag (Kugitang) et les grottes de cette région. Cette documentation, qui date essentiellement des années antérieures à 1990 étant en russe, il a fallu la traduire. Grâce à l’aide de Son Excellence Maksat Chariev Ambassadeur du Turkménistan en France et de Mme Dilora Geldyeva de l’agence Owadan, nous avons obtenu toutes les autorisations nécessaires et la logistique indispensable pour mener à bien ce projet. Le 7 mai 2023, nous foulons enfin le sol du Turkménistan pour rejoindre, en train et en 4X4 notre camp de base à Köyten Genesligi, au bord de la rivière Kugitang. Nous avons été accompagnés et guidés durant notre séjour par Monsieur Shaniyaz Menliev, Chef du Département scientifique de la réserve du Koytendag. Dès le lendemain de notre arrivée sur place, nous accédons à la grotte de Kap Kutan, dans laquelle, malheureusement, une chute de bloc va nous priver de notre photographe pour le reste du séjour. Toutefois, notre expédition s’est poursuivie avec différentes activités : spéléologie dans les grottes situées au sud du massif près de Garlyk (anciennement Karkul), biospéléologie avec prélèvements d’invertébrés trouvés sous terre, prospection à la recherche de nouvelles cavités dans les beaux canyons du massif et enfin visite du site exceptionnel des empreintes de dinosaures au nord du Koytendag (sanctuaire de Hojapil). Le Turkménistan possède avec ce massif et ses cavités, un patrimoine exceptionnel et unique à étudier, protéger et valoriser :

– Le karst de montagne, qui culmine à 3139m au Mont Ayribaba, nous est apparu comme exceptionnel, tant par sa géographie (plateau incliné de 3000 m à 500 m d’altitude, coupé par d’innombrables canyons de 300 à 400 m de profondeur et de

20 à 30 km de long) et sa géologie (calcaire, gypse et présence de nombreux minéraux).

Ce coin magnifique, est resté depuis la chute de l’URSS, oublié des spéléologues et des karstologues.

– Le massif du Koytendag est une réserve d’État (Réserve naturelle de Köýtendag), composé de 3 sous réserves. Il possède un site remarquable de plus de 2000 empreintes de dinosaures au nord.

– Les chandeliers et les colonnes de gypse qui existent dans les grottes de Géophysiyeskaya et d’Hashimoyuk sont rares, exceptionnels et comparables à ceux que l’on trouve à la grotte de Lechugilla aux USA, considérée comme la plus belle cavité du monde.

– Les grottes connues sont toutes situées au sud du massif, près du village de Garlyk (anciennement Karkul), le reste du Koytendag n’ayant pas été, a priori, prospecté. Il recèle sûrement de nombreuses cavités à découvrir, aussi belles et spectaculaires que Géophysiyeskaya, grotte trouvée à la fin des années 1980. Vladimir Malsev (1957-2014), géologue et spéléologue russe est un des rares scientifiques à avoir étudié ces grottes dans les années 80, avant la dissolution de l’URSS. Tous ces éléments, nous conduisent à envisager dès 2024 une nouvelle expédition avec les objectifs suivants :

– réaliser des photos de qualité professionnelle,

– être accompagnés de scientifiques pour étudier les grottes et le karst du Koytendag et compléter les recherches faites il y a plus de 30 ans par Vladimir Malsev.

– scanner en 3D la grotte de Géophysiyeskaya.

– prospecter diverses zones, dont certaines en altitude pour découvrir de nouvelles cavités.

– réaliser une publication sur le massif du Koytendag, ses grottes et ses richesses.

– réaliser un film sur l’expédition.

Nous souhaitons établir un partenariat solide entre le ministère de l’Agriculture et de la protection de l’environnement du Turkménistan et la Fédération Française de Spéléologie (FFS) qui pourrait contribuer, si le Turkménistan le souhaite, à soumettre ce massif pour un classement en Géoparc mondial de l’Unesco.

Liste des participants de l’expédition 2023 :

•Bernard Lips, ancien président de la FFS,

Direction nationale de la Crei

•Josiane LIPS, trésorière adjointe de la

Commission scientifique de la FFS et spécialisée en biospéléologie, Direction nationale de la Commission documentation

• Philippe Crochet, hydrogéologue et photographe spéléologue

• Annie Guiraud, photographe spéléologue, et assistante de Philippe Crochet

• Jean-Marie Briffon, médecin, membre de la Commission médicale de la FFS

• Claire Falgayrac, trésorière de la Commission médicale de la FFS

• Jean-Philippe Grandcolas, Direction nationale de la CREI et de la Commission documentation/Centre national de documentation spéléologique (C.N.D.S.)

• Véronique Olivier, étudiante chercheuse en écologie, membre du Conseil technique de la CREI

• Philippe Auriol, médecin spéléologue

• Jean-Pierre Gruat, ancien membre du bureau et du Conseil d’administration de la

FFS, membre du Conseil technique de la CREI.