Archives par mot-clé : spéléologie

Pha Hang 2025 au Laos : une vingtaine de cavités d’intérêt paléontologique

Du 6 au 26 janvier 2025 , trois spéléologues fédérés, Eric Suzzoni, Sébastien Frangeul, Jean Charbonnel et une dizaine de scientifiques, non spéléologues, membres de l’expédition paléoanthropologique organisée par le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) dont le responsable est Fabrice Demeter ont participé à l’expédition Pha Hang 2025.  

Nous identifions, explorons et topographions des cavités potentiellement fossilifères, qui sont ensuites analysées par les géologues, puis exploitées par les paléontologues et les scientifiques d’autres spécialités (datation, ADN ancien, …).

En janvier 2025, nous avons prospecté une zone d’environ 50 km2 dans le secteur de Pha Hang, province de Hua Pan. Nous avons identifié et exploré une vingtaine de cavités, dont plusieurs ont révélé un intérêt paléontologique. Nous avons également poursuivi l’exploration de cavités ayant précédemment livré des fossiles en y réalisant notamment des escalades.

Accueillis par des coups de feu

La logistique des explorations est complexe. La zone de prospection est éloignée du lieu de vie, les déplacements se font nécessairement en 4×4 et de jour. Les entrées des cavités se situent presque toutes en bordure de plaines, sur des versants couverts de jungle, la progression à la machette y est lente et éprouvante. Les aspects de sécurité sont à prendre au sérieux, nous avons été accueillis un jour par des coups de feu bien que notre expédition soit tout à fait officielle.

Article paru dans Denisova XXI numéro 70 page 64.

Dans l’une des cavités explorées, nous avons découvert un ensemble de statuettes bouddhistes anciennes. Après communication aux autorités laotiennes, celles-ci ont envoyé une équipe d’archéologues procéder à la récupération des figurines, ce qui a donné lieu à un article dans la presse laotienne. 

La découverte a fait l’objet d’un article de presse.

Expédition spéléologique à Madagascar : 7900 m de galeries topographiées

L’expédition « Malagasy 2025 » s’est déroulée du 5 août au 13 septembre 2025

Double arc-en-ciel après la pluie sur notre camp. Photo Eric Sibert

La partie principale de l’expédition s’est déroulée dans le Parc National des Tsingy de Namoroka. Il s’agit d’un karst à pinacles très caractéristique.

Cette expédition fait suite à onze autres expéditions (depuis 2006). Nous avons établi notre camp de base au bord du même plan d’eau que les expéditions précédentes, en raison de sa proximité (700 m) avec la zone déjà explorée. L’équipe arrive à Antananarivo en ordre dispersé durant la première quinzaine d’août. Toute l’équipe s’est retrouvée à Mahajanga (600 km) le 12 août. Ensuite, nous avons loué deux taxi-brousses 4X4 successifs pour nous amener jusqu’au lieu du campement à Namoroka (200 km de piste) puis retour. En raison d’un bac en panne à l’embouchure d’un fleuve, nous avons dû prendre deux véhicules distincts avec nuit au bord du fleuve pour arriver à destination. L’installation d’un hôtel de luxe en bordure du parc a permis de bien améliorer les pistes sur la seconde partie du parcours.

Traversée du fleuve sur l’accès au massif. Photo Eric Sibert

Au total, nous avons réalisé 10 journées effectives de travail à Namoroka. Cette année, nous n’avons formé qu’une seule équipe topographique. Le mode opératoire consiste à faire des relevés topographiques au fur et à mesure de la progression dans les galeries nouvellement découvertes. Un peu difficile cette année dans le sens où nous arrivions en limite (faille sur les vues aériennes) du bloc de calcaire dans lequel nous travaillons depuis de nombreuses années. En pratique, sous terre, nous butions systématiquement sur des trémies. Nous avons commencé dans un premier secteur où même si le report topo indiquait que nous avions franchit la limite du bloc calcaire, ça n’a pas donné grand- chose. Après deux jours, changement de secteur où nous avons trouvé du potentiel en deçà de la faille. Nous avons quand même fini par atteindre la faille. Nous avons même fait mieux. Nous avons trouvé une galerie passant dessous et nous avons commencé à topographier dans le bloc suivant (et ça barre de partout). Il en reste pour les années à venir…

Séance de topographie. Photo Eric Sibert

Cette année, nous avons topographié environ 7 900 mètres de galeries. Le Réseau Marosakabe développe maintenant 132 km de galeries reconnues, le premier réseau d’Afrique par sa longueur et repasse 19ème mondial après avoir régressé en notre absence.

En relation avec le développement des visites touristiques, nous avons essayé de montrer et d’expliquer aux pisteurs et agents du parc qui nous accompagnaient sous terre les indices sur la formation du massif et du réseau souterrain.

Un prix international sur la protection des cavités décerné à une équipe de spéléologues français

L’équipe de Homini’karst, composée de spéléologues français membres de la FFS, a remporté le prix France Habe 2025 pour la protection du karst et des grottes, une distinction internationale délivrée par l’Union internationale de spéléologie (UIS) lors de son congrès au Brésil en juillet dernier.

L’équipe d’Homini’karst est composée de spéléologues français : Laurent Bruxelles, Véronique Olivier, Philippe Auriol, Bastien Chadelle, Gregory Dandurand, Kim Genuite et botswanais Oaitse Ledimo.

La grotte de Gcwihaba est située dans le nord-ouest du Botswana au milieu du désert du Kalahari. Elle constitue un laboratoire naturel unique où interagissent processus géologiques, biologiques et anthropiques. Préservée dans de petites buttes calcaires, elle comporte des brèches fossilifères – conglomérats d’ossements et de sédiments lithifiés – potentiellement porteuses des premiers restes d’hominines anciens de la région. D’où le nom de l’expédition : Homini’Karst. La perspective de découvrir des fossiles d’australopithecus ou paranthropus  alimente les recherches menées conjointement par les spéléologues, les géologues, les archéologues et les paléontologues qui collaborent pour une même quête.

Biocorrosion et dépôt de guano

Deux axes scientifiques structurent les travaux : l’étude des brèches fossilifères, en fouille depuis 2021, et la biocorrosion, processus par lequel les dépôts de guano de chauves-souris interagissent chimiquement avec les carbonates des dolomies. Cette biocorrosion, étudiée notamment par Laurent Bruxelles (CNRS), modifie profondément la morphologie interne de la cavité : formations de « bell holes », altération microscopique et macroscopique des parois, voire doublement de la section de certaines galeries. Les taux de dissolution mesurés, pouvant atteindre 0,65 mm/an, soulignent la dynamique du phénomène.

Gcwihaba cave, entrée nord avec une partie de l’équipe. Photo LBX

Les dépôts de guano, essentiels à la fois d’un point de vue écologique et géomorphologique, jouent également un rôle déterminant dans la conservation ou la disparition des vestiges archéologiques. Leur accumulation explique l’absence d’œuvres pariétales, tandis que leur analyse isotopique et palynologique permet de reconstituer le climat et les écosystèmes passés, révélant une archive environnementale unique à l’échelle du continent.

Les spéléologues contribuent à cette recherche en assurant l’accès sécurisé aux zones de fouille, en explorant les cavités pour identifier les brèches, et en prélevant les échantillons nécessaires aux datations et à l’analyse de la microfaune – éléments permettant de reconstruire les paléoenvironnements.

Cartographie 3D et protection UNESCO

Le site de Gcwihaba revêt également une dimension patrimoniale forte. Exploré dès les années 1950, cette cavité qui comporte deux entrées est désormais ouverte au tourisme avec un guide local et fait l’objet d’actions de médiatisation visant à promouvoir sa conservation. Les populations San, qui utilisent la grotte depuis des millénaires, perpétuent une relation culturelle et rituelle au lieu, notamment via des cérémonies à l’entrée nord, considérée comme sacrée. La cartographie 3D moderne de Gcwihaba cave contribue à la valorisation patrimoniale et scientifique du site.

Travail de cartographie de Kim Genuite.

Gcwihaba cave est devenue une « cavité école », accueillant chaque année le Gcwihaba Campus et hébergeant plusieurs thèses dédiées à la géomorphologie, à la paléoécologie et à la microfaune. Les collaborations régionales et internationales renforcent l’importance scientifique du lieu et montrent la nécessité d’impliquer des spéléologues dans la recherche souterraine.

Enfin, le Botswana porte un projet de classement UNESCO, appuyé par la valeur géologique, écologique, culturelle et scientifique du site. La compréhension du rôle des chauves-souris et de la biocorrosion constitue un élément central de cette démarche, intégrée à un futur programme européen.

Laurent Bruxelles devant un exemple de biocorrosion. Photo CBX

En juillet 2025, lors du congrès de l’UIS, c’est le photographe Philippe Crochet qui a reçu le prix au nom de l’équipe d’Homini’Karst, car il rentrait justement du Botswana après un travail de photographies pour la réalisation d’un livre coédité avec le museum national d’histoire naturelle de Gaborone.

Les rapports 2023 et 2024 des expéditions spéléologiques au Botswana seront bientôt disponibles sur le site de la Commission des relations et des expéditions internationales de la Fédération française de spéléologie.

Expédition spéléologique dans le rif marocain : l’inventaire de la faune cavernicole se poursuit

L’expédition franco-marocaine se nomme Talassemtane – Rif 2025 et elle s’est déroulée du 11 au 23 aout 2025. L’exploration se situe dans la province de Chaouene, Dorsale calcaire du Rif, massif du Lakraa-Tissouka

Depuis 2022 les découvertes se succèdent dans le Rif (Dorsale calcaire – Province de Chaouene). Les pompages pour l’irrigation ont permis de progresser dans le Kef Ansar Tinioune, qui atteint 2018 m de développement (-9, +31), le déboisement (toujours pour la culture du
cannabis) a permis à des spéléos de Chaouene de découvrir le Kef radâa (développement 4244 m, -17, +46).
Si l’on ajoute quelques cavités moins importantes, cela représente 5 840 topographiés, plus de 6 km explorés.

Une équipe pluridisciplinaire


Le premier siphon du Kef Bradâa a été franchi en 2024 (100m, -18), arrêt sur un S2 dont la plongée est prévue pour 2026. Un premier réseau supérieur a été exploré, cette cavité est loin d’être terminée.
Les expéditions ont réuni des équipes françaises (Spéléo Club de Blois, Spéléo Club de Touraine, Groupe Spéléologique Vulcains, individuels et marocaines : clubs de Chaouene, Marrakech, Casablanca, Taza), au total 15 spéléos français et 7 marocains.


Elles ont permis de poursuivre l’inventaire de la faune souterraine de la région grâce à la présence de biologistes : Sylvain LECIGNE (arachnologue), Soumia El MOUTAOUKIL (biologiste marocaine), Bernard LIPS et Josiane LIPS (membres du GEB).
Une nouvelle expédition est prévue en 2026.

Six cavités nouvelles

L’expédition avait pour but la reconnaissance de zones nouvelles ou peu explorées. Il n’a pas été possible de réaliser tous nos objectifs en raison des difficultés d’accès et des temps de parcours dus à l’état des pistes.

Néanmoins 6 cavités nouvelles ont été répertoriées et topographiées, pour un total de 362 m dans l’état actuel des reports.


A noter qu’une équipe régionale marocaine (Clubs de Chaouene et de Tetouan) est parvenue à faire l’exploration du Kef Toghobeit (-722) en totale autonomie début octobre 2025.

Expédition spéléologique au Botswana : une nouvelle grotte fossilifère explorée

L’expédition Hominins in Botswana : Karst research project s’est déroulé du 30 septembre au 21 octobre 2025. L’objectif premier de la mission est la recherche d’hominines anciens dans les karsts du Botswana. Une telle découverte montrerait que d’autres fragments du Berceau de l’humanité (origine du genre Homo) existent en Afrique et validerait l‘idée d’une origine panafricaine de notre genre. L’une des principales activités cette fois-ci était d’extraire la brèche décalcifiée de Bone cave afin de faire sécher le sédiment au soleil et permettre un tamisage plus facile et plus rapide.

Le deuxième objectif consistait à continuer les visites des cavités de Koanaka hills à la recherche de nouveaux gisement fossilifères et, en parallèle, de mieux comprendre la karstogenèse de ces massifs très peu connus.

Le troisième objectif a permis de sécuriser l’entrée de Bone caves, des blocs rocheux de grandes tailles menaçant de rouler sur une trémie instable, mettant en péril la poursuite de la mission.

Bastien à l’étayage de Bones cave revient avec des troncs d’acacia.

Cette mission a été très engagée physiquement avec des moyens humains importants mais insuffisants (19 personnes au total) et des véhicules défaillants.

Les membres de l’équipe :

Laurent Bruxelles : directeur de recherche au CNRS UMR 5608, géomorphologie et géoarchéologie TRACES – directeur du Centre International de Recherche SHARE CNRS-Wits -professeur honoraire de l’université du Wittwatersand à Johannesburg – spéléologue fédéré à la FFS

Gregory Dandurand : géoarchéologue et karstologue à l’INRAP Nouvelle Aquitaine et outre-mer – UMR 5608 TRACES – spéléologue fédéré à la FFS

Philippe Auriol : médecin spécialiste en milieu isolé, spéléologue fédéré à la FFS

Jean-Baptiste Fourvel : chercheur en paléontologie et taphonomie UMR 5608 TRACES à Toulouse

Bastien Chadelle : doctorant en géomorphologie UMR 5608 TRACES, spéléologue fédéré à la FFS

One Clays Tshukudu : paléontologue, spécialiste de la micro faune UMR 5608 TRACES à Toulouse – Doctorante à l’université Toulouse Jean Jaurès

Pierre Linchamps : paléontologue spécialiste de la microfaune, post-doctorant à l’université du Wittwatersand à Johannesburg – muséum national d’histoire naturelle France – Histoire naturelle de l’homme préhistorique en Afrique du Sud

Francis Duranthon : paléontologue spécialiste des mammifères fossiles et néogènes, CAGT, past-directeur des muséums de Toulouse métropole et directeur des musées de la ville de Toulouse.

Véronique Olivier : spéléologue fédérée à la FFS

Avec nous, l’équipe Botswanaise du musée de Gaborone : Oaitse Ledimo, Milton Tapela, Foster Motshola, Tsoholo Mopoto Et des volontaires du village de Xaï Xaï, trois femmes et trois hommes : Kandu Komutjiua, Neo Xixae, Thapelo Xixae (la maman de Neo), Philip Xaashee Xixae, Uritjiua Marenga, Tshao Xixae.

L’équipe est au complet et Philippe Auriol tient l’appareil photo. Photo PAU

Résultats

Pour permettre la réussite de la mission, les spéléologues ont mis en œuvre des techniques spécifiques comme l’installation de deux tyroliennes pour acheminer les sédiments du haut vers le bas de la colline, et l’utilisation d’éclateurs de roche pour fragmenter des blocs dangereux lors de la sécurisation de Bone cave.

La Tyrolienne 1 en action avec Francis à l’entrée de Bones cave. Photo VOL

Les extractions de deux brèches, jaune ou rouge, prélevées à des endroits différents de Bone cave ont permis de traiter (de tamiser et de conditionner pour l’étude) entre 8 à 10 tonnes de sédiments, révélant plusieurs milliers d’ossements dont des espèces jamais décrites à ce jour. Nous avons acheminé ainsi, grâce à une chaîne humaine, 608 seaux de l’intérieur de la colline (– 40 m) jusqu’à l’entrée de la cavité pour les redescendre grâce à deux tyroliennes, au pied de la colline (2 x 45 m) avant de les vider sur des bâches.

On peut dire que nous avons déplacé un morceau de la montagne. Les sédiments ont été entassés en 4 jours et leur tamisage effectué en 2,5 jours.

La visite de Fossil’s cave, une cavité découverte en 2016 par Oaitse Ledimo et une équipe de forage à la recherche de kimberlite (le minerai qui contient du diamant) a permis de remarquer la présence d’une brèche rose très prometteuse qui comporte de nombreux ossements dont une forte proportion d’oiseaux. Certains sont inféodés aux milieux lacustres. Un fragment de molaire, potentiellement d’hippopotame, est en cours d’identification.

Sortie de Fossil Cave. L’amarrage est la boule de remorquage du 4×4 au-dessus d’un tube de forage de 43 m. Ledimo, Véro ; Laurent, Philippe et Greg. Photo Oatse Ledimo

La mission a connu divers aléas avec un docteur malade plusieurs jours, des véhicules victimes d’avaries (suspension cassée, allumage défectueux, train arrière cassé), une luxation d’épaule réduite par le doc malade qu’on a tiré du lit, des serpents gitant souvent dans les cavités qu’il fallait attraper et éloigner pour travailler, une crise de panique d’un paléontologue au milieu d’un tube de forage de 43 m (et 70 cm de diamètre)… et un chaos organisationnel le dernier jour, qui a conduit à l’abandon fortuit de 2 membres de l’équipe en pleine brousse. Heureusement tout s’est toujours bien terminé.

Philippe, médecin,  est intervenu à diverses reprises sur la mission.

Quand c’était possible, Laurent attrapait les serpents pour les isoler dans une bouteille le temps de la fouille puis ils étaient relachés en surface.

Les pièges photographiques disposés dans Gcwihaba cave ont permis de constater que les deux léopards qui vivent dans la grotte (lire page 72 rapport BTW 2023) se sont accouplés.

Un pigeon bagué que nous avons appelé Joséphine s’est invité sur notre camp avancé le temps de notre séjour, prenant un 4×4 comme pigeonnier. Elle nous a tenue compagnie durant 15 jours, nous attendant quand nous rentrions au camp de base.

Nous avons baptisé ce pigeon de basse cour Joséphine . Elle a pris une voiture pour pigeonnier au coeur du Kalahari et ne nous a plus quitté. Nous attendant quand nous rentrions au camp de base.

Perspectives

Tous les indices convergent vers un environnement lacustre et la présence d’un paléo lac aux alentours de Koanaka hills et Gcwihaba hills il y a environ deux millions d’années. Ce paléo-environnement serait un écrin propice à la présence d’hominines.

La mission Hominins in Botswana continuera en mars 2026 afin de poursuivre les travaux en cours et consacrer du temps et des résultats à une équipe de télévision. Des études paléoenvironnementales et paléoclimatiques seront menée conjointement avec une équipe indienne et coréenne. Une collaboration avec les géologues travaillant dans le Delta de l’Okavango (lire page 58 rapport BTW 2024) commencera à cette occasion. Il s’agira de lier l’histoire du Delta avec l’histoire des grottes au travers du carottage de guano de chauve-souris. L’étude de cette carotte sera menée conjointement par une équipe de l’université du Witwatersrand (Johannesburg), un étudiant sud-africain et des étudiants de l’Université du Botswana.

Expédition spéléologique Picos Padiarna en Espagne : record de profondeur à -839 m

Depuis 1971, l’ASC établit un camp spéléo dans les Picos de Europa, au début uniquement entre Français, et depuis plusieurs années en collaboration avec le club CE Alfa de Madrid et d’autres spéléologues espagnols.

HS4 : Camille dans la galerie qui débouche sur la grande salle – 760 m. Photo O. Sausse

Après notre record de profondeur de 2024, l’objectif évident est la suite de l’exploration du HS4, qui va centraliser tous nos efforts. 

Mais le LL22, découvert en 2023, n’a pas dit son dernier mot !

Cette fois-ci nous étions 10 Français licenciés, avec 3 spéléos espagnols. À la suite, Éric a participé aux activités de l’équipe de Madrid, du 2 au 10 août. 

HS4 : un bivouac à -395 m dans la salle du menhir

Explorée depuis 2011, à 2350 m d’altitude, cette cavité est une des plus hautes de notre zone, dans un cirque garni par un névé. Pour y pénétrer, il fallait trouver un passage dans la rimaye, entre glace et paroi rocheuse, ce qui n’est plus d’aucune difficulté depuis ces trois dernières années, la glace ayant fondu comme jamais auparavant.
Le P130, nommé « puits débouché » reçoit toutes les pierrailles qui ne sont plus fixées par la glace, et nécessite un rééquipement plus sécurisant, ce qui est assez problématique.

Grande salle du HS4. Découverte majeure de 2025, -800 m. Photo O. Sausse


Une succession de puits avait permis de descendre à -300m en 2022, puis d’atteindre la profondeur de -425m en 2023, à la tête d’un puits énorme, évalué à 300m au lancer de caillou.
Mais vu les deux heures de portage depuis le campement jusqu’à l’entrée du HS4, et les efforts importants pour progresser dans cette cavité entre 1° et 2°C, l’installation d’un bivouac est indispensable. La salle du Menhir, à -395m, accueille un barnum et des hamacs depuis l’an dernier.
En 2024, le P395 qui suit a abouti à un arrêt sur trémie, à -839m. C’est le record de profondeur pour notre zone de prospection. En remontant, l’équipe avait repéré une grosse lucarne vers -620m avec un fort courant d’air ; c’était un objectif possible pour cette année.
La première équipe de pointe refait la topographie du fond du puits car un doute subsiste : le P375 est en réalité un P395 !
Cette fois-ci pas de brouillard dans le fond du grand puits et une grosse lucarne est repérée lors de la topo à 80 mètres du fond. Une galerie est découverte, qui débouche sur une énorme salle de 220m sur 80m ; haute par endroits de plus de 100m.
Sur un des côtés de la salle, une conduite forcée remplie d’aragonite est découverte, un fort courant d’air aspirant est présent.

HS4 : Camille dans la galerie Aragonite, topo -780 m. Photo O. Sausse.

On débouche sur une zone d’effondrement, et entre les blocs on recroise un affluent qui débouche sur un P20 et P10 dans un actif. De là, part un méandre type vauclusien sans courant d’air et le terminus est un P10 qui semble finir sur pincement.
Pour le moment, il n’y a pas de suite évidente, mais un gros travail de topographie a été nécessaire. Il reste des recherches en suspens pour 2026 y compris la lucarne qui nous attend sagement.

LL22 : arrêt sur un puits énorme

Cette zone, juste en dessous du campement, a été parcourue de nombreuses fois depuis des dizaines d’années. Et pourtant, Isadora et Jocelyn, nouveaux venus, ont découvert une nouvelle entrée en 2023, nommée LL22. Là, pas de grand puits, mais une succession de passages étroits qui, cèdent un à un sous leur acharnement, jusqu’à atteindre -124m de profondeur.
La suite est là devant nous, arrêt sur puits avec un énorme courant d’air.
Un gros travail d’aménagement a été fait les derniers jours sur la zone d’entrée.

HS4 : fond du P395. Photo O. Sausse
  • TA60 Découverte d’une autre entrée, explorée jusqu’à -43m, arrêt sur méandre étroit.

Bilan exceptionnel. Le 2N, avec 680m de profondeur, est battu, et le 5P (-836m) est égalé. Quelle récompense inespérée est la découverte de cette énorme salle, après 14 ans d’efforts dans le HS4 !
Et cette réussite est le résultat d’une bonne coordination entre tous, Français et Espagnols.

Expédition spéléologique en Ouzbékistan : une collaboration archéo-spéléo

Les objectifs de cette première partie d’expédition qui s’est déroulée du 6 au 24 juillet est un premier contact avec le massif du Koytendag côté Ouzbékistan après les expés 2023 et 2024 côté Turkménistan. Celle-ci se déroule en collaboration avec la Mission Archéologique Française en Asie Centrale (MAFAC) qui fouille depuis l’année dernière un site présentant plusieurs occupations néandertaliennes.

Prospection et fouilles archéologiques

Il s’agit en premier lieu de découvrir la grotte de Khatak , actuellement fouillée par l’équipe archéologique de Frédérique Brunet directrice de recherche au CNRS, d’explorer le district de la réserve naturelle où la mission détient un droit d’exploration et de fouilles, de déterminer le potentiel du massif en grottes, et de documenter ces dernières.

  Les trois membres de l’expédition (Philippe Auriol, Lionel Barriquand et Véronique Olivier) se retrouvent le 5 juillet à l’aéroport d’Istanbul. Nous arrivons en tout début de matinée à Samarcande. Les trois premiers jours sont consacrés à la découverte de cette ville mais aussi de l’archéologie de l’Ouzbékistan et des civilisations qui se sont succédées en Asie centrale.

Place du registan à Samarcande. Photo VOL

Le 9 juillet nous prenons la route en taxi pour Khatak au sud-est du pays (150 dollars pour 3 personnes avec les bagages et 450 km à parcourir). Après 6 h de voyage, nous arrivons sur place et faisons connaissance avec l’équipe des archéologues français et ouzbèkes. Nous nous installons chez l’habitant, une ferme vivrière. Le 10 juillet, nous rentrons pour la première fois dans la réserve naturelle où se trouve la grotte de Khatak et où nous allons prospecter. En Ouzbékistan, une réserve naturelle est strictement fermée, y compris au pastoralisme et nous sommes en permanence accompagnés. Nous faisons connaissance avec la cavité qui semble, à première vue, avoir un développement limité. Nous procédons aux premières observations et envisageons nos actions pour les jours suivants. Dès le lendemain, nous prospectons dans le massif (3 vallées différentes). Chaque jour, nous parcourons entre 12 et 20 km en essayant de repérer des cavités qui sont, si possible, immédiatement parcourues et documentées.

« Grotte des deux oisillons », Ikkita qush karmar avec un développement de 21 m. Photo VOL

Des grottes perchées et de petites dimensions

Malheureusement, la plupart correspondent à des baumes sans réel développement. Finalement, Véronique et Philippe topographieront 15 cavités et géo-référenceront 19 points remarquables. Toutes les cavités ont été documentées par Lionel (photographies mais également toutes les informations géomorphologiques, occupations animales, traces, spéléothèmes…). Nos travaux ont répondu aux attentes de l’équipe de la MAFAC avec en particulier, la découverte de vestiges remarquables, qui feront l’objet d’une étude dans le futur.

À partir du 13 juillet, un caméraman est présent pour constituer les images d’un documentaire de 90 min en cours de signature pour la chaine TV Arte sur la coopération spéléologues archéologues. Les prises d’images sont multiples avec à la fois les aspects sportifs et scientifiques de la spéléologie.

Interview de Lionel Barriquand dans la grotte d’Adjina Karmar. Photo VOL

L’exploration du massif et de ses 3 vallées a permis de comprendre la formation du karst en cet endroit.  Si le karst y semble très développé, il ne permet que rarement la formation de grotte pénétrable. La zone en réserve naturelle ne nous a pas permis d’obtenir des informations auprès des Ouzbèkes sur la présence de grottes, puisqu’il n’y a pas de pastoralisme. Adjina Karmar (la grotte aux esprits) est néanmoins connue et remarquable. Nous la topographions avec un développement de 60 m et une profondeur de 15 m. Il s’agit d’un piège à froid avec une température de 14 °C à sa station terminale. La température extérieure frisant en juillet les 47 °C. L’entrée de la cavité à 6 m du sol ne pose pas de problème d’accès grâce à un éboulis.

Ouch’ G’orlar et deux de ses trois baumes. La réserve naturelle nous fait face. Photo VOL

Des cavités remarquables, mais vite impénétrables

Dans la vallée voisine, en limite de la réserve nous explorons une cavité comportant 3 baumes que nous traduisons en ouzbèke en Ouch’ g’orlar qui développe 187 m de réseau labyrinthique en pente ascendante de 8 m. L’accès à la cavité nécessite une marche d’approche raide de 35 minutes en serpentant dans les strates du massif. Elle est également topographiée.

Muzqaymoq Karmar et ses coups de cuillères à glace. Développement 6 m. Photo VOL

La grotte de Khatak est également topographiée pour les besoins de la mission archéologique. Elle comporte un nombre impressionnant de matériel lithique. Il s’agit d’un site ayant connu plusieurs habitats successifs de néandertaliens. Le sol rejoignant le plafond, nous n’avons pas pu l’explorer plus avant sans désober, ce que Frédérique ne souhaitait pas, pour ne pas effacer les premiers niveaux de vestiges anthropiques et paléontologiques. Son développement actuel est de 25 m avec un porche d’entrée de 13 m par 18 m de hauteur.

L’expédition Surkhan Daria se poursuivra avec une équipe renforcée afin de prospecter trois nouvelles zones, plus au sud du massif du Koytentag aux alentours de Vandob.

Expédition spéléologique en Papouasie : documenter l’occupation ancienne des grottes

L’expédition spéléologique et archéologique conduite en Papouasie occidentale par l’association Regard sur l’Aventure, l’université de Griffith et le BRIN s’inscrit dans une démarche  visant à documenter, analyser et étudier un environnement souterrain encore largement inexploré et les traits de cote de l’ile de Misool.

Recherche sur les sociétés préhistoriques d’Asie

Située dans une région karstique dense et difficile d’accès, cette mission a pour objectif principal l’exploration de réseaux de grottes potentiellement riches en vestiges archéologiques et en données souterraines. En combinant des prospections sur la côte et dans le karst, des relevés topographiques et des analyses des dépôts, gravures et peintures anthropiques, l’expédition cherche à mieux comprendre les modalités d’occupation humaine passée dans une région ou ces voyageurs sont certainement venus. Par ailleurs, l’expédition ambitionne de contribuer à la constitution d’une base de données archéologique de la région de la Papouasie occidentale,  représentée dans la littérature scientifique. Cette initiative, conduite en collaboration avec des partenaires institutionnels et des chercheurs spécialisés en archéologie, géomorphologie et spéléologie, se veut à la fois exploratoire et contributive à la recherche sur les sociétés préhistoriques d’Asie du Sud-Est insulaire. Notre approche adoptée repose sur une articulation étroite entre observation de terrain, relevés techniques et analyses ou datation.

Composition de l’équipe 

Les archéologues australiens et indonésiens : L’équipe de chercheurs australiens et indonésiens utilise les nouveautés dans la science moderne pour retracer les chemins de ces premiers voyageurs marins afin de révéler de nouvelles perspectives sur la façon dont l’histoire humaine en Australie a commencé. Les connaissances générées par cette recherche profiteront aux chercheurs de deux manières. Tout d’abord, ce projet permettra de mieux faire connaître et reconnaître au sein de la société australienne le lien historique profondément ancien entre les peuples autochtones d’Australie et leur voisin du nord le plus important : l’Indonésie.

 Les spéléologues français : Reconnus pour leur maîtrise des environnements souterrains complexes et des expéditions, ils apportent leurs compétences techniques en exploration et en sécurité dans des zones difficiles d’accès. 

Balmier Franck, Maistre Guilhem, Courtois Olivier, Lucie Courtes, Geneau Anthony, Aubé Thierry, Maiffret Stéphane, Teulle julien, Yann Auffret, Luc Henri Fage, Fromento Bruno, Aubert Maxime, Adhi Agus Oktavania, Ambu, Zub’air Masud.

La Nouvelle-Guinée

Divisée en deux parties de superficies équivalentes entre la Papouasie occidentale intégrée à l’Indonésie (à l’ouest) et la Papouasie Nouvelle-Guinée indépendante (à l’est), la Nouvelle-Guinée est la deuxième plus grande île du monde (après le Groenland). Elle mesure environ 2 400 km de long et 650 km de large à son point le plus large, avec une superficie d’environ 800 000 km². Le terrain varie de la forêt tropicale de plaine aux hautes terres fertiles et à une colonne vertébrale montagneuse accidentée ; son climat est tropical.

Les sites d’explorations

L’ile de Misool dans les Raja Ampat. Un voyage dans cet archipel de quatre iles ou l’érosion galopante du karst n’a pas permis de découvrir les réseaux rêvés. Des gravures et des peintures ont été observées mais les datations n’ont pas été possibles.

Le karst d’Ayamaru : zone de Klabra

Une forêt dense, des accès compliqués et peu de temps ont eu raison d notre témérité. Une grotte aux gravures a été répertoriée dans le canyon de la rivière klabra.

La zone de Klamono : des découvertes et observations sur ce secteur avec des gravures rupestres et un réseau souterrain entraperçu. D’autre doline  sont situées plus à l’est mais les problèmes de santé et la fin de la mission pour une grande partie de l’équipe ne nous a pas permis d’aller voir ces effondrements.

Dans la continuité du projet de recherche Premiers voyages : Retracer les premiers mouvements de personnes, d’art et de culture sur la route du nord vers l’Australie et la Nouvelle guinée, nous planifions des expéditions sur d’autres secteurs de l’Indonésie.

Expédition spéléologique au Costa Rica : des grottes et des chauves-souris zig-zag

Quand on entend parler du Costa Rica on pense aux volcans plutôt qu’à la spéléo.

Pourtant, bien que de taille modeste, le Costa Rica regorgent de petits karsts variés – dont nous avons pu parcourir une partie des deux plus grands grâce au club spéléo Anthros, bien actif sur son territoire.

De retour d’un mois passé au pays des paresseux, nous voilà riche d’une expérience spéléologique faunistiquement surprenante. J’aime notre discipline qui, par notre objectif spéléologique, sait nous faire vivre des moments inattendus.

Equipe internationale pour explorer la perte de l’Higuera, près du volcan Arenal.

Les expés sont aussi rares que les karsts du pays. Bernard Abdilla est le correspondant de la CREI pour le Costa Rica et nous recommande quelques contacts sur place.

Lors de notre séjour nous avons la chance de faire la rencontre avec la spéléologue et biologiste Bulgare Stanimira Deleva qui nous a naturellement proposé de l’accompagner pour faire ses suivis de faune troglobie.

Le club speleo Anthros nous accompagne dans certains réseaux. Il n’y a pas beaucoup de verticale et nous n’avions pas beaucoupde matériel pour descendre.

Toute nos aventures sont a retrouver ici :

https://www.exploraddiction.com/single-post/sp%C3%A9l%C3%A9ologie-au-costa-rica-des-grottes-aux-chauves-souris-tropicales

Anaïs Boulay

Expédition spéléologique au Laos : 8900 mètres de topographie

L’expédition, organisée par l’association Explo-Laos et parrainée par la Fédération Française de Spéléologie, s’est déroulée du 27 février au 17 mars 2025 dans le secteur de Phou Pha Marn, à l’ouest du massif karstique de la province de Khammouane, suite à une reconnaissance effectuée en 2024 et en collaboration avec l’agence Green Discovery concessionnaire de la zone explorée. Plusieurs belles cavités existent sur ce secteur, partiellement visitées par les guides locaux notamment dans le but de développer le tourisme sportif à partir du site de Rock Viewpoint. Notre objectif était d’en poursuivre l’exploration et lever les topographies.

Tham Pong avec son puits d’entrée de 90 m

  • Tham Nanglong est une traversée avec belle rivière souterraine qui a livré 2945 m de galeries avec découverte de nombreux passages nouveaux
  • Tham Pong, magnifique gouffre avec P 90 dès l’entrée, a été topographié sur 525 m pour – 185 de profondeur
  • Tham Lom est formé d’une série de puits se terminant à -104 m sur un méandre ventilé mais impénétrable
  • Tham Kathoung, que nous avions explorée en 2013, a été prolongée de 922 m portant son développement à 4312 m
  • Tham Kouan Tung, particulièrement difficile d’accès au milieu des tsingys, a permis d’explorer 2942 m de conduits avec rivière souterraine creusée en partie sur une faille. Malgré de nombreuses escalades, aucune autre sortie n’a été pour l’instant découverte malgré le net courant d’air qui parcourt la cavité.
  • Tham Tonmay Khouay, large ouverture repérée en milieu de falaise, est une large grotte fossile topographiée sur 866 m. 
  • Tham Nam Ock est une large résurgence active en période de mousson dont le développement est de 555 m

L’expédition ramène donc 8900 m de topographie.

Par ailleurs, des prélèvements biospéléologiques ont été effectués dans chaque cavité.

Nous remercions notre ami Terry Bolger, MM Thongkhoon Sayalath et M. Olaxai.Saisouphanh de Green Discovery, ainsi que nos guides et chauffeurs.

Participants à K25

Claude Antoine-Régnier (Spéléo Club du Cern- SC Cern), Alexis Augustin (Leize Mendi), Lucie Esclavard (Groupe spéléologique, scientifique et sportif- G3S), Éric Kammenthaler (Leize Mendi), Bernard Lips (Groupe Spéléo Vulcain), Josiane Lips (GS Vulcain), Pascal Orchamps (Spéléo-Groupe de la Tronche-FL), Jean-Michel Ostermann (G3S), Virginie Pouyade (SC Cern), Serge Planès (Leize Mendi).