L’expédition Khammouane 2026, organisée par l’association Explo-Laos et parrainée par la Fédération Française de Spéléologie, s’est déroulée du 19 février au 13 mars 2026 dans les provinces de Khammouane et accessoirement Salavan au Laos.
Dans la province de Khammouane, les prospections et explorations se sont intégrées dans le projet de création d’un Géoparc (UNESCO) dans l’aire naturelle protégée de Phou Hin Poun.
Multiples jonctions
La poursuite de l’exploration de Tham Kadong Muay a permis de multiples jonctions et découvertes, portant son développement à 11342 m (dénivelée 202 m), ce qui en fait désormais une des grandes cavités du pays. Composée d’un étage actif et de deux étages supérieurs tous interconnectés, de très grandes galeries et de passages fortement concrétionnés, elle présente un parcours sportif très attractif. Le nombre d’entrées a été porté à 19, dont une atteinte de l’intérieur au prix d’une escalade de 50 m.
Tham Nam Koun, reconnue au début des années 2000 par l’Association Pyrénéenne de Spéléologie, a été reprise permettant de découvrir plusieurs passages jusque-là inconnus, portant son développement à 1977 m.
La topographie et exploration de Tham Van Ngo permit également de découvrir environ 300 m de nouvelles galeries, mais beaucoup de travail reste à y faire.
Des prospections permirent de topographier plusieurs nouvelles grottes, notamment Tham Jyp (930 m), Tham Hidden (305 m), Tham Mao (386 m).
L’expédition s’est terminée pour une partie de l’équipe dans la province de Salavan, où plusieurs cavités avaient été explorées en 2007/2008 par l’association. Nous y avons bénéficié d’un accueil très chaleureux des autorités locales. Nos guides nous ont demandé reprendre les explorations de Tham Phou Phasouk, très belle rivière souterraine désormais en partie aménagée pour le tourisme, dont le développement est de 4630 m. Nous avons équipé et topographié Tham Din 3, qui jonctionne avec la rivière (développement 286 m, dénivelée -61 m). Plusieurs autres petites cavités ont été reconnues sur le secteur.
Au total, 8499 m topographie ont été levés.
Participants :
Claude Antoine-Régnier (1), Alexis Augustin (2), Ben Doan (3), Lucie Esclavard (4), Jérôme Jouret (5), Pascal Mao (5), Pascal Orchamps (6), Jean-Michel Ostermann (3), Jean-Yves Paille (7), Virginie Pouyade (1).
(1) Spéléo Club du Cern, (2) Leize Mendi, (3) USA, (4) Groupe spéléologique, scientifique et sportif- G3S, (5) Spéléo Club d’Aubenas, (6) Spéléo-Groupe de la Tronche-FL, (7) Spring River- Ifremis).
Avant la jungle, les caisses de matériel et les cartes !
Il y a des expéditions qui commencent au pied d’une montagne, sac sur le dos, machette à la main. Et puis il y a celles qui commencent bien avant : dans des caisses de matériel, des listes interminables, des demandes d’autorisation, des réunions, des plans de transport, des billets d’avion modifiés, des cartes griffonnées et des hypothèses tracées au crayon. Mayang 2026 appartient clairement à cette seconde catégorie.
Au départ, il y a un objectif immense : retourner en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans la région de Galowe et des hauts plateaux de Mayang, pour poursuivre l’exploration d’un territoire karstique encore très largement inconnu. Là-bas, l’eau disparaît dès qu’elle touche le sol, réapparaît plus loin, creuse des canyons, alimente des résurgences dont la majestueuse source de Mayang. Pour l’association d’exploration spéléologique Centre Terre, l’enjeu est clair : comprendre où passe cette eau qui alimente cette impénétrable émergence de Mayang dont le débit fluctue de quelques 10m3 à l’étiage à plus de 200m3 en crue, trouver les accès, relier les morceaux du puzzle, et documenter un monde presque vierge.
Féerie dans les entrailles des Mont Nakanaï.
Mais une expédition comme celle-là ne se résume pas à “aller voir”. Il faut tout emporter ou presque : cordes, amarrages, goujons, spits, matériel de plongée, compresseur, équipement de secours, pharmacie, électricité, outils de camp, systèmes pour collecter et purifier l’eau, instruments scientifiques, nourriture, moyens de communication. Une partie de ce matériel est acheminée par fret maritime, enfermée dans des caisses qui deviennent, à distance, aussi importantes que les membres de l’équipe. Tant qu’elles ne sont pas arrivées, l’expédition reste démunie pour conduire de véritables explorations.
Autour du noyau spéléologique se greffe aussi une équipe scientifique. Des chercheurs rejoignent le projet pour étudier la biodiversité, les insectes, les milieux aquatiques, la faune souterraine, les climats anciens conservés dans les stalagmites et les stalactites. Les cavités ne sont pas seulement des passages à ouvrir : ce sont des archives naturelles, des refuges biologiques, des laboratoires cachés. Sur le territoire de Mayang, on ne vient pas seulement chercher des kilomètres de galerie. On vient aussi chercher des réponses, découvrir un milieu naturel ou aucun être humain n’a mis le pied depuis plusieurs décennies au moins.
Et puis il y a la caméra. Une équipe de tournage accompagne l’aventure pour un film destiné à Arte. Cela change tout. Il faut progresser, explorer, prélever, équiper, déséquiper, mais aussi raconter, filmer, capter les visages, les gestes, les attentes, les inquiétudes, les moments où l’on comprend que quelque chose vient de se passer. Le film doit montrer ce que d’habitude personne ne voit : la lente fabrication d’une découverte au cœur d’une expédition ou chaque participant est un acteur, une composante d’un collectif.
Entrer sur le territoire !
L’arrivée en Papouasie-Nouvelle-Guinée ne se fait pas comme dans les récits trop lisses. Les membres arrivent en ordre dispersé, avec des retards, des vols annulés, des correspondances incertaines et des bagages qui ne suivent pas toujours le rythme. Les premiers jours se passent entre achats, vérifications, démarches et réunions. Il faut rencontrer les autorités, présenter le projet, consolider les accords, expliquer encore et encore pourquoi cette expédition a lieu, ce qu’elle vient faire, avec qui elle collabore, qu’elle est la philosophie de son projet et que va-t-elle concrètement pouvoir apporter aux villageois locaux qui se revendiquent à juste titre comme propriétaires légitimes du territoire de Mayang.
À Port Moresby puis dans la province d’East New Britain, les rendez-vous officiels s’enchaînent. On rencontre l’ambassadeur, des représentants locaux, des responsables institutionnels. Ces moments peuvent sembler loin des gouffres et des rivières souterraines, mais ils sont essentiels. Sans eux, pas d’autorisation claire, pas de confiance, pas de cadre. Et sans cadre, pas d’expédition durable, et pas de tournage d’un film documentaire de diffusion internationale à la clé.
Puis vient le contact avec Galowe. Là, l’aventure quitte les bureaux et entre dans le territoire. Il faut expliquer le projet aux habitants, discuter, écouter, ajuster. Il y a des cérémonies d’accueil, des poignées de main, des moments de tension aussi, des négociations, des incompréhensions à lever. Peu à peu, une alliance se construit mais le temps presse et tout cela doit être mené au pas de course sans toutefois risquer l’échec, c’est la besogne de Bernard, chef d’expédition, de ce projet complexe et de l’équipe de pré-expédition qui l’entoure. Dans cette négociation, il est clairement établi que des habitants de Galowe participent à l’ouverture des chemins, au transport, à l’installation des camps. L’expédition ne se pose pas dans un décor vide : elle entre dans un pays habité, et elle doit y trouver sa place et inclure les populations.
Héliportage.
L’expédition commence vraiment avec l’arrivée sur zone de hélicoptère. Dans un premier temps, des reconnaissances sont réalisées au-dessus d’une jungle impénétrable. Il faut trouver des zones où poser un hélicoptère afin d’apporter matériels et équipiers. Cette phase achevée, les rotations s’enchaînent, on monte alors les participants, leur matériel individuel, les vivres… ça décharge, on trie, on répartit. Camp 1, Camp 2, puis Camp 3 : les noms deviennent vite des points fixes dans un monde compliqué. Chaque camp doit être construit à partir de rien. Il faut monter les abris, organiser les couchages, protéger la nourriture, installer les espaces communs, capter l’eau de pluie, la stocker, installer l’électricité, les moustiquaires, les communications. La vie d’expédition commence par des gestes très simples : tendre une bâche, accrocher un sac, trouver où dormir au sec.
Les camps et les premières pistes
Très vite, les premières équipes partent sur le terrain. On descend des canyons, on suit des rivières, on cherche des pertes, des résurgences, des gouffres, des indices. Autour de Mayang, de Galowe, de Ralapusa, de Lalu ou de Gauunu, chaque relief peut devenir une piste. La progression est rude : végétation dense, blocs glissants, ressauts, rivières, longues marches, visibilité parfois mauvaise. Il faut avancer, regarder, noter, revenir, repartir. La météo joue également sa partition, et il faut là aussi composer avec…
Les premiers jours rappellent une règle simple de l’exploration : le terrain ne donne rien sur commande. Une équipe croit tenir une suite, puis le passage se ferme. Une autre descend vers une résurgence prometteuse, mais les conditions sont mauvaises. Ailleurs, un canyon impressionne, une rivière attire, une entrée semble évidente, puis l’espoir retombe. On rentre fatigué, parfois déçu, toujours trempé. Mais, le lendemain, on recommence. Motivés !
Le Camp 1 connaît son lot de contrariétés. Les accès sont compliqués, les prospections fortuites ne donnent regard sur aucune cavité, et aucune des résurgences ciblées ne s’avèrent pénétrables. C’est la frustration et la déception… Une situation très familière aux explorateurs : tout indique qu’il devrait y avoir quelque chose, mais le terrain n’ouvre accès à rien.
Au Camp 2, en revanche, peu de temps après l’installation et de premières prospections, l’espoir d’une découverte importante naît au bout d’un chemin ouvert par nos guides papous. Une première vraie piste apparaît. On parle d’un objectif majeur, d’un secteur prometteur sur le plateau, d’un canyon, d’un lit de rivière, de puits à équiper. Rien n’est gagné, mais l’ambiance change. Ce n’est plus seulement de la prospection. Il y a une direction.
Et pendant que les équipes cherchent, le fret maritime se fait attendre. Les trois caisses remises au transporteur au 1er octobre 2025, ont bien quitté l’Europe, mais leur route jusqu’au terrain est une épopée à part entière. Après des retards et des transbordements non prévus, elles doivent ensuite passer par Lae au nord du pays, être dédouanée, puis être récupérées, et de nouveau transbordées vers Rabaul à l’est, puis vers Palmalmal au sud. Leur absence pèse sur tout : sans cordes, sans amarrages et sans matériel d’exploration, impossible d’aller bien loin dans les premières cavités repérées. L’expédition avance, mais avec une main dans le dos.
Embouchure de la Galowe, le village.
Quand le fret finit par arriver, au matin du 8 février, c’est un vrai basculement. Les caisses ne sont pas seulement du matériel : elles sont la promesse que la suite devient possible. A partir de là, il devient permis pour les participants de s’engager sous terre, également de prospecter certains canyons encaissés devant lesquels les équipes avaient jusqu’alors dû rebrousser chemin. Le moral remonte. La machine, jusque-là freinée, reprend de la vitesse.
Les jours suivants sont ceux de la réorganisation. On ouvre de nouveaux itinéraires, on déplace des équipes, on prépare une seconde phase plus offensive. Le 14 février voit le renouvellement d’une partie du personnel : certains arrivent et d’autres repartent. C’est une journée charnière : beaucoup de mouvements, des rotations, du matériel repositionné, des décisions à prendre. Le Camp 1 est délaissé et le Camp 3 entre en scène.
Installer le Camp 3 demande un gros effort. Il faut trouver un nouvel emplacement, dégager, construire, rendre le lieu habitable, y amener tout le nécessaire. Ce camp ouvre l’accès à de nouveaux secteurs. À partir de là, l’expédition prend une autre profondeur. Côté Camp 2, un camp avancé dénommé camp Big Bag est également installé et devient aussi un point central : un lieu situé tout à proximité de la cavité de Ralapussa vers laquelle l’équipe Camp 2 concentre tous ses efforts.
La jonction et la science en marche
Dans Ralapusa les équipes progressent, équipent, explorent, cherchent à comprendre le réseau. Il y a des galeries, des puits, des rivières, des passages mouillants, des points d’arrêt et des suites qui finissent par apparaître…. Le rythme des explorations se séquence : équiper un puits, descendre, chercher l’air, suivre l’eau, topographier, revenir avec plus de matériel.
Entre-temps, en surface, au fil des prospections effectuées et des cheminements ouverts, une connexion de 5,7 kilomètres est finalement établie par voie pédestre entre les camps 2 & 3.
Pendant ce temps, la science suit son propre rythme. Les chercheurs observent, prélèvent, photographient, notent. On s’intéresse à la faune, aux insectes, aux milieux aquatiques, aux traces biologiques. On travaille aussi sur les stalagmites et les stalactites, ces archives lentes qui enregistrent des fragments de climat ancien. Une stalagmite peut raconter une pluie d’il y a des siècles. Une galerie peut abriter une espèce discrète. Une résurgence peut donner un indice sur tout un bassin. L’exploration physique ouvre les portes ; la science essaie alors de comprendre ce qu’il y a derrière.
Le film, lui aussi, avance. L’équipe de tournage suit les spéléologues, enregistre les départs, les retours, les temps passés sous terre, les moments de doute et les scènes de camp. Filmer dans ces conditions n’a rien d’un confort : humidité, fatigue, matériel fragile, accès difficiles, lumière rare. Mais c’est précisément cela qui donne de la force aux images. On ne filme pas seulement un paysage. On filme l’effort nécessaire pour l’atteindre.
Jacquinot Bay, village de Galowe. Déchargement du kérosène destiné aux héliportages.
À mesure que février avance, la fatigue s’installe. Les journées s’empilent. Il faut faire la lessive, sécher ce qui peut l’être, recharger les batteries, réparer, ranger, redistribuer les missions, repartir. Certains objectifs déçoivent, au point de se refermer. Des siphons arrêtent la progression. Quand des passages semblent trop dangereux, il convient de renoncer. Ce sont des décisions lourdes mais il faut savoir les prendre. Sur le Camp 3, l’espoir et l’usure cohabitent. On continue parce qu’il reste des choses à explorer, mais chaque tentative coûte plus cher que la précédente.
Le gouffre de Gauunu devient alors l’un des derniers grands espoirs. On y descend, on équipe, on cherche la suite. Il y a de beaux volumes, des puits, de l’eau… et des décisions délicates à prendre. L’exploration n’est pas une fuite en avant. Quand le risque devient trop élevé, quand la suite demanderait plus que ce que l’équipe peut raisonnablement engager, il faut savoir s’arrêter.
Début mars, les dernières missions ont une intensité particulière. Tout le monde sait que la fin approche. Au Camp 3, on tente encore un objectif au nord, on vérifie une hypothèse, on retourne dans un canyon, on récupère du matériel, on filme les dernières progressions. Parfois, une surprise rallume l’attention. Parfois, le terrain ferme la porte. Les décisions deviennent plus nettes : continuer un peu, mais pas trop, récupérer ce qui doit l’être, préparer la fin de la mission.
Plier les camps et repartir avec des questions
Puis l’expédition change de sens. Il ne s’agit plus d’engager, mais d’organiser le repli. Déséquiper les cordes, récupérer les amarrages quand c’est possible ou nécessaire, ramener les sacs, préparer les zones de dépose, organiser les charges, ne rien oublier dans la forêt. Le 8 mars, le retrait final commence précisément par l’arrivée de l’hélicoptère de Kimbé à 7 h 15. Cette précision dit beaucoup : après des semaines de mouvement, il faut maintenant que tout se déroule dans le bon ordre et dans le temps imparti.
Les camps se vident. Le Camp 3 disparaît peu à peu sous les bâches pliées et les sacs alignés, il en est de même pour le Camp 2. Peu à peu, le matériel redescend. L’hélicoptère fait son ballet de clôture. À Galowe plage, on charge, on trie, on rassemble. Les jours suivants sont consacrés au rangement, au stockage des caisses, aux inventaires de matériel, de vivres restant, de pharmacie, ainsi qu’aux dernières discussions avec les habitants et les responsables locaux. Une expédition se juge aussi à sa manière de conduire son repli.
Le retour vers Rabaul puis Port Moresby ramène l’équipe vers un monde plus ordinaire : vols, bâtiments, conférences, corps fatigués qui retrouvent un peu de confort sous des températures toutefois accablantes. Le 15 mars, une conférence de presse et une conférence publique co-organisée avec les services de l’Ambassade de France et son ambassadeur Monsieur Pierre Fournier, permettent de présenter les premiers résultats. Les journalistes, les partenaires, les scolaires et les institutionnels présents entendent ce qui s’est joué là-haut, dans la forêt et sous terre deux mois durant.
À la fin, tout n’est pas résolu. Et c’est peut-être le signe que l’expédition a réussi. Mayang n’a pas livré tous ses secrets, et les pistes laissées ouvertes sont dorénavant plus nombreuses que jamais. Le travail qu’il reste à accomplir dans le complexe Valngau-Ralapussa pour atteindre son fond semble colossal, et la résurgence de Mayang n’a livré aucun de ses secrets. Des données scientifiques doivent également être analysées. Une suite est déjà évoquée, peut-être en 2028. On repart donc avec plus de 5 kilomètres de réseaux explorés, une jonction majeure effectuée entre l’entrée supérieure de Valngau et Ralapussa, des observations scientifiques, des images pour un film, des liens humains renforcés, mais aussi avec cette frustration fertile qui donne envie de revenir.
Ce que raconte Mayang 2026, au fond, c’est la vraie nature d’une grande expédition. Ce n’est pas une ligne droite vers la découverte. C’est une suite de problèmes à résoudre : des caisses de matériels en retard, des autorisations toujours très sensibles à confirmer, un cheminement de surface permettant de rallier le village de Galowe à Mayang qui n’a pu aboutir, deux phénomènes de crues majeures qui ont portés leur lot de fil à retordre pour les explorateurs, des camps à tenir, une relation locale à nourrir, une galerie qui se ferme, une autre qui s’ouvre. La découverte n’arrive pas malgré tout cela. Elle arrive grâce à tout cela.
Derrière les noms de gouffres, de camps et de rivières, on voit une équipe qui avance dans l’incertitude, portée par une idée simple : quelque part sous Mayang, l’eau a creusé une histoire que personne n’a encore entièrement lue. En 2026, Centre Terre en a tourné quelques pages. Les suivantes attendent encore dans le noir.
Une expédition dans la province du Yunnan (Chine, district de Xichou) s’est déroulée du 17 avril au 03 mai 2026. A la demande de l’académie des sciences de Pékin et du district de Xichou, nous sommes intervenus afin de compléter l’inventaire des grottes de ce district par des topographies précises et complètes ainsi que des photographies et nos observations de spéléologues. Xichou est engagé dans un long process d’accès au label UNESCO Global Geopark. Enrichir la connaissance de ces grottes et mieux en cerner leur caractère unique est donc pour eux un enjeu capital.
Galerie principale de Chuandong – Photo : Noé Vergez
21 km de topographie ont été réalisés en deux semaines d’exploration avec une moyenne de deux à trois équipes par jour dans deux cavités différentes. 15 cavités indépendantes ont été topographiées.
Gours dans Qiaotouyindong – Photo : Noé Vergez
Toutes les entrées avaient été repérés par les scientifiques qui nous accompagnaient. Les réseaux topographiés ont permis de valider la circulation de rivières que l’on devinait traverser un ou plusieurs mamelons karstiques typiques des karsts à cônes asiatiques (ou karts à pitons). Dans une rivière souterraine, une poulie antique a été découverte et sera analysée prochainement.
Paysage typique de karst à piton – Photo : Alexandre Pont
Lors du débriefing final devant les autorités du district, nous avons recommandé des actions de protection d’une cavité et de réduction de pollution d’une rivière souterraine. De plus, deux pistes ont été évoquées en vue d’aménagements touristiques possibles de cavités propices. Notre zone était assez limitée par rapport à l’étendue potentielle du futur parc, ce qui nous a permis de mettre au point avec nos interlocuteurs une prochaine expédition programmée pour Janvier 2027 sur des zones très prometteuses en termes de réseaux.
Responsable : Jacques GUDEFIN (1,2) Participants FFS : Jacques GUDEFIN (1,2) , Jean BOTTAZZI (1) , François DANIÈRE (3) , Michaël LEROY (4) , Benoît PARAVEL (4) , Noé VERGEZ (4) , Alexandre PONT (5) Participants nationaux : He Qingcheng (6) /何庆成 (Chief Scientist), Li Xia (6) /李霞 (Hydrogeology), Liu Hongwei (6) /刘宏伟 (Engineer Geology), Han Bo (6) /韩博 (Geology), Lin Yuan (7) /林原, Deng Yuelv (7) /邓月 吕, Tian Huhuai (8) /田湖怀, Xuelian (9) /薛莲 Clubs/Organisations : URSUS (1) , S.C. Aubenas (2) , Cavernicoles (3) , GASOIL (4) , Clan des Tritons (5) , Académie des sciences de Pékin (6) , Administration du Geopark de Xichou (7) , Bureau du tourisme de Xichou (8) , Maison de la spéléologie (Pékin), services culturels (9)
Participants à l’expédition Köytendag 2026 côté Turkménistan :
Lionel Barriquand, Jean-Marie Briffon, Etienne Fabre, Antonio Cosentino, Philippe Crochet, Jean-Philippe Degletagne, Daniel Delon, Claire Falgayrac, Claire Gaillard, Jean-Pierre Gruat, Annie Guiraud, Jean-Paul Hereil Et Annie Pederzoli.
Dilora Geldiyeva de l’agence Owandan nous accompagne durant le séjour.
La première partie de l’expédition Köytendag 2026 qui se déroule sur 2 pays le Turkménistan et l’Ouzbékistan vient de s’achever (24/04/2026 au 15/05/2026).
Malgré des démarches administratives engagées très tôt afin de disposer de toutes les autorisations nécessaires des autorités turkmènes, cette année de nombreuses difficultés administratives dans divers domaines ont perturbé l’expédition pendant son déroulement et le temps passé à les régler a été très chronophage et énergivore.
Le dernier problème est arrivé hier, juste avant le retour d’une partie de l’équipe en France. Le ministère de l’Environnement turkmène n’a pas transmis les autorisations d’exportation en biospéléologie et pour une concrétion qui devait servir à étudier le paléoclimat de la zone. Les échantillons sont restés à Ashgabat, dans l’attente d’une solution et des autorisations.
Pour bien se rendre compte des difficultés cette année, nous avons pris les billets d’avion avec Turkish Airlines 15 jours avant le départ (autorisation de l’expédition actée) et réception de la lettre d’invitation avec visa gratuit reçue par mail lors de l’escale d’Istanbul, après une intervention de Son Excellence M. Chariev, Ambassadeur du Turkménistan en France, que nous remercions.
L’ensemble de l’équipe s’est retrouvée à Ashgabat le 27 avril, six spéléos (Jean-Pierre, Philippe, Annie G., Daniel, Antonio et Annie P.) étant arrivés deux jours avant.
Les objectifs annoncés ont été réduits de la mission plongée, suite au désistement deux mois avant de David Bianzani, Président de la FFS. Le délai très court n’a pas permis de trouver un autre plongeur pour accompagner Frédo Poggia, malgré des recherches tout azimut, même dans de nombreux pays étrangers. De ce fait, dépité, Frédo a renoncé 15 jours avant le départ de venir au Turkménistan cette année.
Un autre désistement de dernière minute (quelques jours avant le départ) a été annoncé, celui du journaliste de GEO Magazine qui devait nous accompagner pour faire un reportage.
Le 27 avril à midi et demi, nous allons prendre le train pour Kerki (18h de trajet). A la gare, nous retrouvons M. Philippe MERLIN, Ambassadeur de France à Ashgabat, qui nous accompagne et vient découvrir la première salle de la grotte de Géophysicheskaya (ou Gulshirin).
Après Kerki (arrivée à 7h le 28/04), 4h de 4X4 nous amènent au camp de base de Köyteng, où un internet à très faible débit et souvent interrompu nous permet à peine d’envoyer des mails très courts. Donc pas de CR au fil de l’eau pour la CREI.
Le 29 avril, à 9h nous arrivons, avec l’Ambassadeur de France, à l’entrée du camp militaire où se situe la grotte.
Là surprise, ils ne sont pas au courant de notre venue, ni les militaires, ni le Ministère de l’Environnement, malgré les nombreux courriers envoyés en amont.
Coups de fils tout azimut, négociations, remise des courriers déjà envoyés il y a plusieurs mois, rien n’y fait. Ils n’autorisent que l’Ambassadeur de France à rentrer, qui refuse car il veut être accompagné par les spéléologues français.
Attente en plein soleil jusqu’à 15h, heure à laquelle nous prenons la décision de faire demi tour vers le campement de Köyteng.
Nous croisons une voiture, le chauffeur reconnaît le Ministre de l’Environnement en visite dans la réserve qui va vers le camp militaire. Deux minutes après, Dilora reçoit un appel téléphonique. Tout le monde est autorisé à aller dans la grotte. On pourra exceptionnellement rester dans le camp jusqu’à 20h.
Nous visitons avec M. Philippe MERLIN, Ambassadeur de France à Ashgabat, la première salle de la grotte de Géophysicheskaya (ou Gulshirin). Antonio filme et réalise une interview de l’Ambassadeur.
Le 30avril, une équipe retourne à Géophysicheskaya (ou Gulshirin) pour film, photos et 3D pour compléter la documentation de 2024 sur cette grotte exceptionnelle.
Une autre équipe va rechercher et accéder à une cavité repérée en 2024 en face la grotte des chèvres (Markhors) de l’autre côté du canyon de Bulak Dara.
Une dernière équipe retourne à la la grotte des chèvres (Markhors) dont l’accès est long et difficile pour voir s’il peut y avoir de la préhistoire ou tout autre signe intéressant (en 2024, seuls Jean-Paul et Jean-Pierre avaient été à cette grotte et en avait lever la topo).
Après la grosse expédition internationale Nord-Pérou 2024, les équipes anglosaxonnes et franco-péruviennes avaient décidé d’organiser en 2025 des reconnaissances plus légères vers de objectifs nouveaux. Ces objectifs étant choisis, soit à partir d’analyse d’images satellites, soit à partir de témoignages oraux glanés lors des précédentes explorations. En réalité, c’est le croisement des témoignages et des images satellites qui est à l’origine du choix des secteurs ciblés.
Ainsi, en septembre 2025, le groupe anglo-saxon piloté par Peter Talling et auquel se sont joints J.Y. Bigot (GSBM) et A. De Pomar (ECA Pérou), s’est dirigé depuis le village d’Atuén (Chachapoyas, Amazonas) vers le haut-bassin du Rio Huayabamba, aux confins de la province de Mariscal Cáceres (San Martín). Après une très longue marche en Amazonie-Andine, l’équipe atteint le village de Canaán, où quelques cavités sont repérées et explorées. En octobre, J.Y. Bigot et A. De Pomar rejoignent à Chachapoyas l’équipe franco-péruvienne (ECA-GSBM-SCVV) dont l’objectif cette année est de trouver un chemin permettant d’atteindre les fameuses pertes de rivières au Sud de Soloco, au niveau du Cerro Tragadero (la montagne avaleuse). Ensuite, il est prévu de terminer l’exploration de la Cueva de Valle Andino, initiée en 2024. L’expédition Cerro Tragadero 2025 se déroulera donc en deux parties.
Entrée de la grotte de la Cathédrale (Soloco, Chachapoyas, Amazonas)
Première partie à Soloco (Chachapoyas, Amazonas)
Au cours du mois d’octobre, l’équipe franco-péruvienne (6 Français et 3 Péruviens) se dirige à Soloco où l’accueil par la famille Rojas est toujours aussi chaleureux. Après une sortie initiation à la Cueva del Rio Seco, l’expédition s’engage dans les montagnes, plein Sud, avec 3 muletiers et 8 chevaux très chargés. Les sentiers sont peu praticables et la météo exécrable. Une partie de l’équipe, les muletiers et les chevaux font demi-tour dès le deuxième jour. L’équipe réduite à 5 continue sac au dos, sans matériel spéléo, et atteint les pertes des rios Saupucro et Shocol impénétrables), ainsi que l’entrée d’une vaste grotte à proximité. Cette cavité semble être la grotte de la Cathédrale que nous recherchons depuis près de 15 ans ! Une rapide reconnaissance permet d’atteindre le collecteur, arrêt en haut d’une cascade, ça continue, et c’est gros… Plusieurs gouffres sont également repérés dans la forêt au Nord de ces pertes, à voir lors de l’expédition 2026.
Météo execrable qui n’entame pas l’humeur du matin, face à la beauté grandiose des paysages
Deuxième partie à Valle Andino (Rodríguez de Mendoza, Amazonas)
A Valle Andino, nous sommes accueillis comme l’an dernier par la famille Herrera. L’équipe au complet s’attaque à la Cueva de Valle Andino, dans laquelle 1400 m de nouvelles galeries sont topographiés, sans pour autant en terminer l’exploration. La cavité développe maintenant 3500 m dont 2922 m topographiés. Trois petites grottes totalisant 839 m sont également explorées à proximité, et d’autres cavités reconnues, dont une perte pouvant correspondre à l’amont du système. Là aussi, il faudra revenir !
Dans les grottes de Valle Andino (Vista Alegre, Rodríguez de Mendoza, Amazonas)
Avec seulement 2 240 m de nouvelles galeries topographiées, le bilan de cette courte expédition Cerro Tragadero 2025 est modeste. Mais, d’une part, nous avons enfin trouvé au Sud de Soloco l’accès à la légendaire grotte de la Cathédrale, dont l’histoire ne fait que commencer – et d’autre part, le karst de Valle Andino révèle un potentiel spéléologique insoupçonné… Ces deux objectifs seront logiquement au cœur de notre prochaine expédition au Pérou.
ARTE TV diffuse jusqu’au 26 février 2026 un documentaire de 25 minutes sur l’équipe de Laurent Bruxelles et de son projet Human origins in Botswana. L’occasion de marcher dans les pas de ces explorateurs et scientifiques, de saisir leurs hypothèses, et de suivre petit à petit comment ils y répondent, avec des découvertes majeures mais aussi de nouveaux points d’interrogation.
Pour son travail remarquable sur la protection des cavité à guano, l’équipe à notamment remporté le Prix France Habe de l’UIS en 2024.
Du 6 au 26 janvier 2025 , trois spéléologues fédérés, Eric Suzzoni, Sébastien Frangeul, Jean Charbonnel et une dizaine de scientifiques, non spéléologues, membres de l’expédition paléoanthropologique organisée par le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) dont le responsable est Fabrice Demeter ont participé à l’expédition Pha Hang 2025.
Nous identifions, explorons et topographions des cavités potentiellement fossilifères, qui sont ensuites analysées par les géologues, puis exploitées par les paléontologues et les scientifiques d’autres spécialités (datation, ADN ancien, …).
En janvier 2025, nous avons prospecté une zone d’environ 50 km2 dans le secteur de Pha Hang, province de Hua Pan. Nous avons identifié et exploré une vingtaine de cavités, dont plusieurs ont révélé un intérêt paléontologique. Nous avons également poursuivi l’exploration de cavités ayant précédemment livré des fossiles en y réalisant notamment des escalades.
Accueillis par des coups de feu
La logistique des explorations est complexe. La zone de prospection est éloignée du lieu de vie, les déplacements se font nécessairement en 4×4 et de jour. Les entrées des cavités se situent presque toutes en bordure de plaines, sur des versants couverts de jungle, la progression à la machette y est lente et éprouvante. Les aspects de sécurité sont à prendre au sérieux, nous avons été accueillis un jour par des coups de feu bien que notre expédition soit tout à fait officielle.
Article paru dans Denisova XXI numéro 70 page 64.
Dans l’une des cavités explorées, nous avons découvert un ensemble de statuettes bouddhistes anciennes. Après communication aux autorités laotiennes, celles-ci ont envoyé une équipe d’archéologues procéder à la récupération des figurines, ce qui a donné lieu à un article dans la presse laotienne.
La découverte a fait l’objet d’un article de presse.
L’expédition « Malagasy 2025 » s’est déroulée du 5 août au 13 septembre 2025
Double arc-en-ciel après la pluie sur notre camp. Photo Eric Sibert
La partie principale de l’expédition s’est déroulée dans le Parc National des Tsingy de Namoroka. Il s’agit d’un karst à pinacles très caractéristique.
Cette expédition fait suite à onze autres expéditions (depuis 2006). Nous avons établi notre camp de base au bord du même plan d’eau que les expéditions précédentes, en raison de sa proximité (700 m) avec la zone déjà explorée. L’équipe arrive à Antananarivo en ordre dispersé durant la première quinzaine d’août. Toute l’équipe s’est retrouvée à Mahajanga (600 km) le 12 août. Ensuite, nous avons loué deux taxi-brousses 4X4 successifs pour nous amener jusqu’au lieu du campement à Namoroka (200 km de piste) puis retour. En raison d’un bac en panne à l’embouchure d’un fleuve, nous avons dû prendre deux véhicules distincts avec nuit au bord du fleuve pour arriver à destination. L’installation d’un hôtel de luxe en bordure du parc a permis de bien améliorer les pistes sur la seconde partie du parcours.
Traversée du fleuve sur l’accès au massif. Photo Eric Sibert
Au total, nous avons réalisé 10 journées effectives de travail à Namoroka. Cette année, nous n’avons formé qu’une seule équipe topographique. Le mode opératoire consiste à faire des relevés topographiques au fur et à mesure de la progression dans les galeries nouvellement découvertes. Un peu difficile cette année dans le sens où nous arrivions en limite (faille sur les vues aériennes) du bloc de calcaire dans lequel nous travaillons depuis de nombreuses années. En pratique, sous terre, nous butions systématiquement sur des trémies. Nous avons commencé dans un premier secteur où même si le report topo indiquait que nous avions franchit la limite du bloc calcaire, ça n’a pas donné grand- chose. Après deux jours, changement de secteur où nous avons trouvé du potentiel en deçà de la faille. Nous avons quand même fini par atteindre la faille. Nous avons même fait mieux. Nous avons trouvé une galerie passant dessous et nous avons commencé à topographier dans le bloc suivant (et ça barre de partout). Il en reste pour les années à venir…
Séance de topographie. Photo Eric Sibert
Cette année, nous avons topographié environ 7 900 mètres de galeries. Le Réseau Marosakabe développe maintenant 132 km de galeries reconnues, le premier réseau d’Afrique par sa longueur et repasse 19ème mondial après avoir régressé en notre absence.
En relation avec le développement des visites touristiques, nous avons essayé de montrer et d’expliquer aux pisteurs et agents du parc qui nous accompagnaient sous terre les indices sur la formation du massif et du réseau souterrain.
L’équipe de Homini’karst, composée de spéléologues français membres de la FFS, a remporté le prix France Habe 2025 pour la protection du karst et des grottes, une distinction internationale délivrée par l’Union internationale de spéléologie (UIS) lors de son congrès au Brésil en juillet dernier.
L’équipe d’Homini’karst est composée de spéléologues français : Laurent Bruxelles, Véronique Olivier, Philippe Auriol, Bastien Chadelle, Gregory Dandurand, Kim Genuite et botswanais Oaitse Ledimo.
La grotte de Gcwihaba est située dans le nord-ouest du Botswana au milieu du désert du Kalahari. Elle constitue un laboratoire naturel unique où interagissent processus géologiques, biologiques et anthropiques. Préservée dans de petites buttes calcaires, elle comporte des brèches fossilifères – conglomérats d’ossements et de sédiments lithifiés – potentiellement porteuses des premiers restes d’hominines anciens de la région. D’où le nom de l’expédition : Homini’Karst. La perspective de découvrir des fossiles d’australopithecus ou paranthropus alimente les recherches menées conjointement par les spéléologues, les géologues, les archéologues et les paléontologues qui collaborent pour une même quête.
Biocorrosion et dépôt de guano
Deux axes scientifiques structurent les travaux : l’étude des brèches fossilifères, en fouille depuis 2021, et la biocorrosion, processus par lequel les dépôts de guano de chauves-souris interagissent chimiquement avec les carbonates des dolomies. Cette biocorrosion, étudiée notamment par Laurent Bruxelles (CNRS), modifie profondément la morphologie interne de la cavité : formations de « bell holes », altération microscopique et macroscopique des parois, voire doublement de la section de certaines galeries. Les taux de dissolution mesurés, pouvant atteindre 0,65 mm/an, soulignent la dynamique du phénomène.
Gcwihaba cave, entrée nord avec une partie de l’équipe. Photo LBX
Les dépôts de guano, essentiels à la fois d’un point de vue écologique et géomorphologique, jouent également un rôle déterminant dans la conservation ou la disparition des vestiges archéologiques. Leur accumulation explique l’absence d’œuvres pariétales, tandis que leur analyse isotopique et palynologique permet de reconstituer le climat et les écosystèmes passés, révélant une archive environnementale unique à l’échelle du continent.
Les spéléologues contribuent à cette recherche en assurant l’accès sécurisé aux zones de fouille, en explorant les cavités pour identifier les brèches, et en prélevant les échantillons nécessaires aux datations et à l’analyse de la microfaune – éléments permettant de reconstruire les paléoenvironnements.
Cartographie 3D et protection UNESCO
Le site de Gcwihaba revêt également une dimension patrimoniale forte. Exploré dès les années 1950, cette cavité qui comporte deux entrées est désormais ouverte au tourisme avec un guide local et fait l’objet d’actions de médiatisation visant à promouvoir sa conservation. Les populations San, qui utilisent la grotte depuis des millénaires, perpétuent une relation culturelle et rituelle au lieu, notamment via des cérémonies à l’entrée nord, considérée comme sacrée. La cartographie 3D moderne de Gcwihaba cave contribue à la valorisation patrimoniale et scientifique du site.
Travail de cartographie de Kim Genuite.
Gcwihaba cave est devenue une « cavité école », accueillant chaque année le Gcwihaba Campus et hébergeant plusieurs thèses dédiées à la géomorphologie, à la paléoécologie et à la microfaune. Les collaborations régionales et internationales renforcent l’importance scientifique du lieu et montrent la nécessité d’impliquer des spéléologues dans la recherche souterraine.
Enfin, le Botswana porte un projet de classement UNESCO, appuyé par la valeur géologique, écologique, culturelle et scientifique du site. La compréhension du rôle des chauves-souris et de la biocorrosion constitue un élément central de cette démarche, intégrée à un futur programme européen.
Laurent Bruxelles devant un exemple de biocorrosion. Photo CBX
En juillet 2025, lors du congrès de l’UIS, c’est le photographe Philippe Crochet qui a reçu le prix au nom de l’équipe d’Homini’Karst, car il rentrait justement du Botswana après un travail de photographies pour la réalisation d’un livre coédité avec le museum national d’histoire naturelle de Gaborone.
Les rapports 2023 et 2024 des expéditions spéléologiques au Botswana seront bientôt disponibles sur le site de la Commission des relations et des expéditions internationales de la Fédération française de spéléologie.
L’expédition franco-marocaine se nomme Talassemtane – Rif 2025 et elle s’est déroulée du 11 au 23 aout 2025. L’exploration se situe dans la province de Chaouene, Dorsale calcaire du Rif, massif du Lakraa-Tissouka
Depuis 2022 les découvertes se succèdent dans le Rif (Dorsale calcaire – Province de Chaouene). Les pompages pour l’irrigation ont permis de progresser dans le Kef Ansar Tinioune, qui atteint 2018 m de développement (-9, +31), le déboisement (toujours pour la culture du cannabis) a permis à des spéléos de Chaouene de découvrir le Kef radâa (développement 4244 m, -17, +46). Si l’on ajoute quelques cavités moins importantes, cela représente 5 840 topographiés, plus de 6 km explorés.
Une équipe pluridisciplinaire
Le premier siphon du Kef Bradâa a été franchi en 2024 (100m, -18), arrêt sur un S2 dont la plongée est prévue pour 2026. Un premier réseau supérieur a été exploré, cette cavité est loin d’être terminée. Les expéditions ont réuni des équipes françaises (Spéléo Club de Blois, Spéléo Club de Touraine, Groupe Spéléologique Vulcains, individuels et marocaines : clubs de Chaouene, Marrakech, Casablanca, Taza), au total 15 spéléos français et 7 marocains.
Elles ont permis de poursuivre l’inventaire de la faune souterraine de la région grâce à la présence de biologistes : Sylvain LECIGNE (arachnologue), Soumia El MOUTAOUKIL (biologiste marocaine), Bernard LIPS et Josiane LIPS (membres du GEB). Une nouvelle expédition est prévue en 2026.
Six cavités nouvelles
L’expédition avait pour but la reconnaissance de zones nouvelles ou peu explorées. Il n’a pas été possible de réaliser tous nos objectifs en raison des difficultés d’accès et des temps de parcours dus à l’état des pistes.
Néanmoins 6 cavités nouvelles ont été répertoriées et topographiées, pour un total de 362 m dans l’état actuel des reports.
A noter qu’une équipe régionale marocaine (Clubs de Chaouene et de Tetouan) est parvenue à faire l’exploration du Kef Toghobeit (-722) en totale autonomie début octobre 2025.