Archives de catégorie : Madagascar

Expédition spéléologique à Madagascar : vers la source d’Andriabe

Le massif du tsingy de Namoroka est l’un des trois grands massifs de tsingy de Madagascar avec celui de l’Ankarana au nord et celui de Bemahara au sud-ouest. Depuis près de vingt ans des expéditions françaises (sous la houlette persévérante d’Eric Sibert et Jean-Nicolas Delaty) se déroulent dans la partie est du massif de Namoroka avec l’exploration du réseau Marosakabe, premier réseau spéléologique d’Afrique avec 132 km de développement. La partie ouest, dans le secteur du village de Namoroka et de la résurgence d’Andriabe, n’a été encore que peu explorée.

En 2004, Christian Boucher (Spéléo-club de Bollène) a repéré les secteurs sud et ouest du Tsingy de Namoroka. Avec Sandrine Deblois, il a réalisé en 2005 et 2007, deux expéditions légères et dressé les topographies de nombreuses cavités, dans le secteur de la source d’Andriabe (cf. écho des profondeurs, Spelunca).

Depuis quelques années, les tsingy de Namoroka attirent l’attention de scientifiques en recherche d’aventures et de biodiversité dans des régions isolées et préservées. Plusieurs expéditions de biologistes se sont déroulées dans le secteur ouest, certaines ont d’ailleurs donné lieu à de beaux reportages (« Le labyrinthe secret de Namoroka », passé sur Arte en 2018 et « Quand revient la pluie à Namoroka », à paraître). Par ailleurs, opéré par Madagascar Classic Collection (MCC) depuis 2024, un camp de luxe situé près de Vilanandro, le « Namoroka tsingy camp » concentre aujourd’hui la quasi-totalité des flux touristiques sur l’est du massif.

L’objectif de l’expédition « Namoroka ouest 2026 » était de repérer les itinéraires et les accès, d’évaluer la logistique, de reprendre les cavités les plus intéressantes et de poursuivre les explorations dans les deux grands canyons (ou couloirs) est et sud au départ de la source d’Andriabe. Ces couloirs suivent la fracturation intense des calcaires (parfois dolomitiques) du jurassique moyen (160 MA), réalisant un carroyage spectaculaire bien visible sur les photos aériennes. Ces canyons constituent la seule manière de se déplacer au coeur des tsingy, car le plateau de surface est totalement impraticable.

L’expédition s’est déroulée du 22 juillet au 2 août, au départ de Mahajanga. Elle était constituée de Carole Douillet et Vincent Lacombe (Groupe Spéléologique Les Dolomites), de Fabien Darne (Clan des Tritons et CESAME) et de Maryse Gueguen (individuelle), ainsi que de Hiaja Aly, guide, et Justin, pisteur, agents du parc national de Namoroka, Jorolaza, pisteur et ancien du village.

Les courses alimentaires et les achats de matériel (panneau solaire, batterie, etc.) se sont faits à Mahajanga dans les jours précédents, ainsi que la réservation des 4×4 et l’achat des entrées au parc national (à distance par l’efficace entremise des amies malgaches, Dalida et Mircéa). Nous avons pu bénéficier également d’une partie du matériel d’Eric et Nicolas. Une fois traversée la baie de la Betsiboka en bac officiel, nous avons pu charger nos onze « paquets » dans un splendide 4×4 pour assurer la liaison Katsepy – Soalala (4h30). La rencontre avec la directrice et les agents du parc national « Baie de Baly – Namoroka » a été fort sympathique même si nos hôtes n’ont compris qu’à ce moment-là que nous allions « de l’autre côté » du Tsingy, à l’ouest, alors que désormais « tout le monde » va à l’est, découvrir les trois circuits proposés par le parc et dormir au « MCC » de Vilanandro…

Les choses semblaient bien engagées mais les difficultés ont commencé dès le départ de Soalala avec un 4×4 défaillant qui tombait en panne toutes les 15 minutes, puis qui a cassé un amortisseur avant. Arrivés enfin au village de Namoroka au bout de 2 jours, nous avons découvert les dégâts causés par le cyclone Fytia qui a frappé le secteur le 31 janvier, ce que nous ne savions pas… Le chemin d’accès aux sources et au Tsingy étant impraticable, nous avons dû rouvrir 5 km de sentier au coupe-coupe (3 jours). Le jour J, le chef du village et les anciens nous ont interdit de monter le camp à la grande source d’Andriabe, source sacrée dont la profanation causerait des malheurs sur le village. Malgré la cérémonie en l’honneur des esprits, nous avons été contraints de camper à la petite source, soit à près d’une heure trente de l’objectif principal de l’expédition, la grotte de feno efitra.

Nous avons pu prolonger le couloir sud de 500 m (à la machette) et repérer 9 nouvelles cavités, poursuivre l’exploration d’Anzohy feno efitra, topographier une nouvelle cavité. Au total, 1 km de topographie a été levé, ce qui n’est ni à la hauteur de nos objectifs initiaux ni du potentiel du secteur mais qui nous ouvre la voie pour la prochaine expédition de 2027.

Pour terminer sur une note presque humoristique, le 4×4 n’est pas revenu nous chercher au village de Namoroka et nous avons dû rentrer à Vilanandro en charrette à zébu (7h de marche). Dans tous les cas, c’est un feuilleton à épisodes…

Expédition spéléologique à Madagascar : 7900 m de galeries topographiées

L’expédition « Malagasy 2025 » s’est déroulée du 5 août au 13 septembre 2025

Double arc-en-ciel après la pluie sur notre camp. Photo Eric Sibert

La partie principale de l’expédition s’est déroulée dans le Parc National des Tsingy de Namoroka. Il s’agit d’un karst à pinacles très caractéristique.

Cette expédition fait suite à onze autres expéditions (depuis 2006). Nous avons établi notre camp de base au bord du même plan d’eau que les expéditions précédentes, en raison de sa proximité (700 m) avec la zone déjà explorée. L’équipe arrive à Antananarivo en ordre dispersé durant la première quinzaine d’août. Toute l’équipe s’est retrouvée à Mahajanga (600 km) le 12 août. Ensuite, nous avons loué deux taxi-brousses 4X4 successifs pour nous amener jusqu’au lieu du campement à Namoroka (200 km de piste) puis retour. En raison d’un bac en panne à l’embouchure d’un fleuve, nous avons dû prendre deux véhicules distincts avec nuit au bord du fleuve pour arriver à destination. L’installation d’un hôtel de luxe en bordure du parc a permis de bien améliorer les pistes sur la seconde partie du parcours.

Traversée du fleuve sur l’accès au massif. Photo Eric Sibert

Au total, nous avons réalisé 10 journées effectives de travail à Namoroka. Cette année, nous n’avons formé qu’une seule équipe topographique. Le mode opératoire consiste à faire des relevés topographiques au fur et à mesure de la progression dans les galeries nouvellement découvertes. Un peu difficile cette année dans le sens où nous arrivions en limite (faille sur les vues aériennes) du bloc de calcaire dans lequel nous travaillons depuis de nombreuses années. En pratique, sous terre, nous butions systématiquement sur des trémies. Nous avons commencé dans un premier secteur où même si le report topo indiquait que nous avions franchit la limite du bloc calcaire, ça n’a pas donné grand- chose. Après deux jours, changement de secteur où nous avons trouvé du potentiel en deçà de la faille. Nous avons quand même fini par atteindre la faille. Nous avons même fait mieux. Nous avons trouvé une galerie passant dessous et nous avons commencé à topographier dans le bloc suivant (et ça barre de partout). Il en reste pour les années à venir…

Séance de topographie. Photo Eric Sibert

Cette année, nous avons topographié environ 7 900 mètres de galeries. Le Réseau Marosakabe développe maintenant 132 km de galeries reconnues, le premier réseau d’Afrique par sa longueur et repasse 19ème mondial après avoir régressé en notre absence.

En relation avec le développement des visites touristiques, nous avons essayé de montrer et d’expliquer aux pisteurs et agents du parc qui nous accompagnaient sous terre les indices sur la formation du massif et du réseau souterrain.