Picos de Europa, Massif Occidental (Macizo del Cornión)
communiqué de Hubert Fabriol
La campagne 2022 du SCOF à Fuente Prieta dans les Picos de Europa (Asturies, Espagne) fut brève. Nous pûmes réunir seulement 3 spéléos français (SCOF de l’Essonne, FSC et TRIAS du Lot) et un spéléo espagnol de Castellón. Le camp a duré 8 jours, dont deux de portage de montée et un de descente. Nous sommes retournés dans les gouffres FP 208 et 258 (voir rapport 2021). Dans le premier nous avons continué l’équipement de – 150 à près de – 400 m. La reprise de la topo d’avant 2003 a été continuée jusqu’à la salle Tibor (- 290 m). Le FP 258 a été redescendu jusqu’à la salle Euréka-Piste de ski, terminus de l’exploration de 2021. Mais la jonction avec le FP 208 n’a pu être réalisée car nous n’avons pas retrouvé le passage remontant vers cette salle. Cela restera à faire pour 2023.
Picos de Europa, Massif Occidental (Macizo del Cornión)
Communiqué de Hubert Fabriol
Le SCOF a mené cet été sa 42ème campagne d’exploration sur le flanc ouest du massif occidental des Picos de Europa, dans les Asturies (Espagne). Depuis 1975, les prospections se sont focalisées sur la zone Ozania-Fuente Prieta-Hou de Las Pozas qui borde au sud-ouest le massif occidental. Interrompues entre 1990 et 1999, les explorations ont repris depuis vingt-deux ans en interclub. Plus de 220 cavités ont été explorées, dont trois dépassent 500 m de profondeur, (FP 101, FP 208-FP210 et FP 266), et trois 600 m : FP 153 (- 619 m), FP 119-FP132 (- 640 m) et FP 202 (– 645 m). Le camp d’altitude est situé à 2100 m à 4h de marche du Lago Enol, terminus des véhicules, et 2h du Refuge de Vegarredonda.
Après un camp limité à une semaine et 4 spéléos en 2020, nous étions cette année 16 spéléos provenant de l’Essonne (SCOF), du Lot (FSC, TRIAS, et SCSC), de l’Isère (GSM-SS, LCF, GECKOS et SC-FLT) et de Castelló en Espagne (ECC), répartis entre le 24 juillet et le 13 août. Côté logistique, nous avons pu bénéficier d’un héliportage coordonné avec deux autres campagnes de spéléos espagnols sur les autres massifs des Picos.
Ci dessous :
Asturias, Espagne. En jaune, la zone d’exploration du SCOF (Carte extraite de la thèse doctorale de Daniel Ballesteros, Université d’Oviedo, 2016).
Carte du Parc National des Picos de Europa, Principado de
Notre premier objectif était de retourner dans le FP202 (Pozu Grande de la Torrezuela). C’est un gouffre d’accès facile depuis le camp qui avait été exploré jusqu’à – 406 m entre 1983 et 1985, avec arrêt sur méandre étroit. Les campagnes de 2017 et 2019 ont permis d’explorer la suite de ce méandre jusqu’à un passage très étroit et ennoyé à – 649 m, et … réellement infranchissable. Il nous restait cette année à voir le méandre qui fait suite à une lucarne dans le P100 et revenir dans le boyau qui permet la connexion avec l’actif exploré en 1984. Les cordes ayant été laissées en place, nous avons commencé par réviser l’équipement et sécuriser certains départs de puits. La descente dans le méandre de la lucarne n’a pas débouché sur de nouveaux développements, car il retombe dans la base du P100. Quant à la connexion avec l’actif de 1984, nous n’y sommes pas retournés, dans la mesure où les explorations dans le FP 208 et le FP 258 ont concentré tous nos efforts. Nous avons donc pris la décision de déséquiper complètement le FP202, pour ne pas laisser le matériel en place une année de plus.
Notre deuxième objectif était de reprendre toute la topo du FP 208 (photo 1), déjà exploré jusqu’à – 540 m en 1986, puis revisité au début des années 2000. Ce gouffre fait partie avec les FP 207, FP 210 et FP 258 du système de la Horcada del Alba, qui comptait déjà au moins 4 grandes salles et deux P100. La grande nouveauté de cette année a été la découverte dès le début du camp de la connexion entre le puits d’entrée du FP 208 et le FP 207 (topo ci-dessous et photo 2). Nous savions que ce dernier communiquait avec le FP 258, ce qui nous a permis de retourner au sommet des étroitures entrevues en 2003 mais non franchies dans le FP 258. Les deux plus minces d’entre nous ont réussi à passer et sont descendus dans un très beau P152 (photo 3). L’exploration de ce nouveau développement du FP258 a occupé toute la deuxième partie du camp. Entre autres, un névé impressionnant de 100 m de long et une pente de 40° à 45° a été découvert à – 340 m (photo 4), malheureusement sans suite. Plusieurs escalades ont été tentées dans le P152 et le puits des ricochets, sans succès. Il restera le méandre étroit et soufflant à explorer à la base du P152. Concernant le FP208, il n’a été rééquipé que jusqu’au sommet du P60, faute de temps.
Les perspectives pour 2022 sont prometteuses, car les nouveaux développements découverts dans le système du Collado del Alba nous motivent encore plus pour continuer la reprise de la topo et chercher une suite dans le FP208 et le FP258. Par ailleurs, les explorations de 2019 dans le FP225 avaient permis de descendre jusqu’à – 275 m avec arrêt sur passage étroit à l’aplomb d’un puits où les cailloux ricochent pendant une dizaine de secondes. A suivre aussi en 2022 !
Tanks to the departmental Speleology committee of Indre et Loire – Rangers of the National park Lam Nklong Ngu – Saiyok Yai and Wildlife sanctuary for their kind authorization.
Peter Lenahan -Page Aschwel -Andrew. D.Foord- (Robert Keith, Visitor)
Our eighth expedition is back after three months of explorations in the jungle, Kanchanaburi province, in central western Thailand.
A first team arrived in early January, went to recognize Tham Lung Choo, an unknown underground river discovered during our previous expedition (2022), in Srinagarindra National Park. The rain being part of the exploration was pushed back and resumed in February, we stopped several hundred meters away on a semi-drowned narrowness with a strong current of air and the hum of a powerful waterfall! It is the calcite deposited by the splashing of water which currently hinders the passage the problem will be solved in 2024.
The massif Above completely virgin and difficult to access, with 500 meters of drop and a karstified plateau around 800m to 1000m above sea level, has many cavities under exploration and study. It should be noted the presence of totally depigmented small fish that will be studied. Quick exploration of Tham Nam Mut where we progressed upstream and which is located in a small massif nearby, known cavity but the presence of c0² sometimes complicates explorations.
Most of January was devoted to the exploration, study and topography of new cavities, in the Ban Pak Mueang sector, and Saiyok-Yai. 6,700.00m (unpublished) are surveyed in total in this sector, with 57 new cavities, 38 of which are being explored (since 2022). Two large collectors have been highlighted with hydrological breakthroughs of more than fifteen kilometers with a complicated geology, let us add to that the difficulties of access and identification in the jungle and the presence of troops of elephants which sometimes prohibit the access of certain sectors. A first tracing with fluorescein with the D.G.R allowed to Link the Tham Keaw river with one of the resurgences nearby, a larger project is planned in the next expeditions, after having warned all the parties. ( local authorities).
During the month of February, we continued the topographies of caves discovered in past years, in particular Tham Samakkitham, and Tham Man Mongklon in the Ban Bon Ti Noi sector, accompanied by the wife of the village chief, as well as tham AOB in Ban MongKala. From February 4 to 8 in the National Park of Saiyok Yai, with our Thai colleagues from the D.M.R we organized an upgrade course, in distox and topodroid topography, on this occasion we worked on 3 cavities newly explored Tham Keaw Lokutram, Tham Pipong7, Tham Pumanav, we thank the National Park Rangers for providing a room and their authorization. Our research in the Erawan National Park has brought 4 new cavities, two of which are important.
Additional readings of C0² levels in a hypogene karst, Tham Daoprasut /Tham Pathim rattanatip Walee were carried out twice as well as additional topography.
A first reconnaissance is carried out on February 14 in the sector of Lam Nklong Ngu, Bo Ngam in particular in Tham Sao Hin, with the rangers of the National park, then a second at the beginning of March. The very interesting and promising sector is occupied by a large canyon, with several hundred meters of drop, and many large cavities, with complicated access. We have obtained authorization to carry out a dedicated expedition there at the beginning of 2024, it should be noted the presence of elephants in the sector.
The next expedition will take place from January to April 2024, with 3 main objectives which can be summarized as follows:
– Continuation of explorations and studies in the Saiyok yai sector, with one or two weeks of training in rope(S.R.T) progression techniques with our Thai friends from the D.M.R.
– Continuation of explorations in the Khao Krabung sector, and Ban Pak Mueang
– Explorations in the Lam Nklong Ngu National Park
A detailed principle schedule will be established in the fall and can be consulted on request as well as on our website- https://thailandcavers.fr/
Our expedition is now taking place in collaboration with our Thai colleagues, we had the visit of Mrs. ASPORN SARDSUD, Ph.D Director of Geological Survey Division (D.M.R), and Mr. Mahippong Worakul Geologist Expert Level from the office of Groundwater Development (Lampang) during the tracing. The expedition ends in Bangkok with a common meal at the invitation of Chaiporn Siripornpibul (Advisor of Geological Survey Division).
For the Didier Rateau team on April 17, 2023
(Thanks to Éric David, for his help on Visual TOPO, and Marco Corvi for Topodroid)
L’expédition Shtares 2023 s’est déroulée du 12 au 27 aout dans le nord de l’Albanie et a été organisée en collaboration entre Continent 8 et le Groupe Spéléologique Martinese (Italie). En réalité il s’agit de deux expéditions dans le même projet: l’équipe italienne poursuit les explorations de la grotte Shtares qui s’ouvre en bas du massif (vers 1500 m d’altitude), tandis que l’équipe de Continent 8 implante un camp d’exploration en altitude (2050 m) pour entreprendre la reconnaissance des cavités sur toute la partie haute.
Coté Italien, les explorations dans la grotte de Shtares ont permis de découvrir et documenter 2.5 km de galeries supplémentaires. La cavité passe de 5.7 à 8.2 km de développement.
Coté Altitude, les 9 jours passés en autonomie complète ont permis de pointer et de descendre 72 cavités dont 73 ne dépassent pas les 20 m de profondeur, ni de développement. Toutes sont obstruées en profondeur par la neige et ou la glace. Une dizaine de cavités seulement montrent des développements / profondeurs significatifs jusqu’au dernier jour où la découverte majeure est réalisée. En effet le gouffre de la Der, situé à moins de 20 minutes de marche du camp est explorée jusqu’à la côte de -200 m et bute actuellement en tête d’un puits dont la hauteur se situe certainement entre 100 et 200 m.
Cette découverte ouvre des perspectives pour relancer une expédition en 2024, toujours en collaboration avec les italiens et quelques albanais localement.
A noter que les conditions d’exploration sont assez rudes sur le massif (éloignement, altitude, neige, glace, blocs, etc.). Les cavités se classent parmi les plus froides que nous connaissons (0.5°C à -140 m, 0.8°C à -200 m, plus froid qu’en Suisse ou en Autriche…).
Le projet bénéficie du support du CDS 25, CSR Est, de l’UIS (projet international rassemblant 4 nationalités: Italie, France, Suisse et Albanie), de Tiberino Food et de Beal. Plus d’informations et rapport en téléchargement sur le site de Continent 8:
A l’instar des précédentes, l’objectif de cette expédition, est de poursuivre l’exploration du karst, dans la région de Kanchanaburi .Cette région située à 200.00km au Nord de Bangkok est drainée principalement par la Mae Nam Kwae Noi, qui entaille sur quelques centaines de kilomètres des massifs calcaires datant du Permo-Carbonifère, qui présentent une puissance moyenne de 700m.
L’équipe du Spéléo club de Caniac du Causse(S3C Sunanta Losuwan, Alexis Rateau, Didier Rateau), renforcée de Christophe Rognon, et Gérald Jouillerot, tous deux du Département du Doubs, va privilégier les raids en équipes légères, avec bivouacs sommaires. Sur les bases acquises , l’études des données géologiques, et photographies aériennes, une partie de la team positionne au préalable, les résurgences jalonnant la rivière Kwae sur une centaine de km en pirogues.
Autorisations en kit, obtenues auprès des différentes instances administratives , et propriétaires nous entrons dans la jungle .Sur Ban pilok, nous reprenons l’exploration de Tham Nam Pya Seaw, sur plus de 600m, et stoppons par manque de temps et matériel sur une dernière cascade de 18m.
Sur Khao Phu Thong, seul avec mes fidèles compagnons Karens Pida et Khao nous passons une semaine sur le massif après deux jours de crapahut hors-piste, explorons une partie du réseau Tham Nam Phi qui s’enfonce de plusieurs kilomètres sous la montagne, nous stoppons par manque de matériel à 3650m de l’entrée principale .Le Co² et un orage auront raison de notre optimisme !
Tham Chai Boy (vu en 2018)qui est une entrée en aval du réseau, présente un débit moins important et le co² deviens acceptable a 3.2% nous permet d’espérer de shunter la portion pénible l’ exploration est stoppée par manque de matériel, et je suis seul avec deux Karens.
Tham Haob Krajok, la résurgence probable du système est plongée en reconnaissance par Christophe Rognon, avec du matériel bidouillé in situ vue a -20m plonge vers le sud dans le pendage et continue étroit et boueux.
Sur Erawan, nous prolongeons de quelques centaines de mètres Tham Nam Tok , le Co² encore une fois aura raison de nous, ce qui porte le développement à 1260métres.
Parfois quatre parfois deux, la progression en équipes légère nous a permis de prospecter un grand périmètre , mais a limité les possibilités de grandes explorations .Le courage, et la volonté ne suffisent pas à oublier le poids des sacs dans une jungle humide , hors des pistes connues.
Ban Bong ti Noi, ce nom inconnu, est devenu un objectif, invités par les villageois, nous avons exploré, découvert et redécouvert des sites ornés de peintures et gravures peu étudiés, ainsi que nombre de cavités .Les villageois nous invitent en 2020 à poursuivre les recherches.
En cours d’expédition nous allons rendre visite à Thierry Tournier , sur Lamphun, reconnaitre et explorer Tham Chian Dao (5170 m) ce qui donnera lieu à un compte rendu comique, nous explorons quelques cavités, dont une prometteuse, étant seul à descendre les puits , je me limite à quelques dizaines de mètres Thierry n’ayant aucun matériel.
A cette occasion nous nous retrouvons face à une découverte du corps d’un moine dans Tham To Nam dans une galerie que Thierry n’avait pas explorée, cette rencontre inattendue avec l’au-delà, nous entrainera dans une histoire formidable.
Les perspectives d’avenir sont très encourageantes , et nous préparons déjà l’éxpé de 2020.
Nous clôturons cette expédition par un passage a la grotte de Tham Luang , rendue célèbre par suite de la disparition des adolescents, bloqués plus de 10 jours par une crue !
Ainsi après trois mois formidables, nous clôturons a Bangkok cette expédition avec le professeur Chaiporn Siripornpibul, en charge de l’inventaire des cavités en thailande, nous le mettons en contact avec Thierry Tournier.
Merci à nos partenaires Aventure verticale, Petzl, Scurion, Rodcle. et bien sûr à la CREI pour les infos diverses principalement pour les conseils en dessin et reports topo.
Du 25 février au 28 mars 2020, une équipe de l’EEGC – Étude & Exploration des Gouffres & Carrières – a poursuivi le travail engagé depuis 2002 dans les secteurs de Vang Vieng et Kasi au Laos. Les neuf membres de l’expédition Phouhin Namno 2020 : Ilian Robin, Leny Plumey, Thomas Marguet, Ludovic Guérault, Francois Lallier, Manon Perrin, Houari Kherbane, Guillaume Lapie et Marina Ferrand; ont poursuivi les explorations du système karstique de la Nam Fuang ainsi que le massif de Pha To (Pha Koi et Pha Lay) dans la région de Kasi.
Tham Loynam – Photo Francois Lallier
Sur le Pha Lay, la topographie de Tham Pha To 4 (découverte en 2019) a été poursuivie et s’achève sur un siphon. Quatre nouvelles cavités ont été découvertes et ont commencé à être explorées: Tham Lom (topo 305m), Tham Pha Hony, Tham Pha Hok ainsi qu’une petite cavité en pied de massif: Tham Pha To 8. Des observations biospéléologiques ont été faites dans Tham Pha (Tham Pha To 2) pour compléter celles de 2019, en vue de décrire une nouvelle espèce de coléoptère stygobie. Au pied du Pha Koy, une petite cavité, Tham Nam O (topo. 122m), a été découverte au niveau d’une résurgence qui alimente la Nam Kham en saison sèche.
Une nouvelle piste minière depuis Ban Houaytangnaï a facilité l’accès à l’extrême sud de la vallée centrale et a permis à une équipe d’atteindre la perte de la Nam Fuang dans Tham Pha Ka (topo. 920m). La topographique de cette cavité, engagée par l’EEGC à partir de la résurgence (2014, 2016 et 2019) a donc été poursuivie par un autre front mais la jonction avec la partie sud du réseau n’a pas été achevée et sera dans les objectifs à la prochaine expédition. Plusieurs suites fossiles ont été identifiées et notamment une grande galerie remontant vers le nord au delà de la perte actuelle. Dans le même secteur, un porche repéré sur image satellite s’est avéré être une nouvelle grotte qui a été explorée : Tham Thom (topo. 755m).
Tham Pha Yem – salle R2D2, photo Francois Lallier
Une autre partie de l’expédition s’est concentrée sur la vallée centrale du système de la Nam Fuang, qui a permis d’avancer sur l’exploration de Tham Pha Yem par la résurgence, notamment avec la découverte de nouvelles galeries fossiles supérieures grâce à des escalades souterraines. Ces parties nous ont permis d’atteindre le point le plus haut de la grotte (+210m au dessus du niveau de la rivière à la perte). Ce nouveau terminus pourrait donner une traversée en perspective, étant donné la présence de feuilles mortes et de graines germées trouvées sur le sol de la salle R2D2. Nous n’avons pas vu la lumière du jour, mais une traînée sombre le long du mur de la grande salle pourrait faire espérer une arrivée d’eau par le plafond de la salle. À noter que cette année était particulièrement sèche, et que la rivière souterraine dans Tham Pha Yem ne coulait pas, et la présence d’eau discontinue permettait de progresser dans le lit sec (boueux) de la rivière. Seul le siphon terminal n’avait pas l’air d’être affecté par cet épisode de sécheresse.
La perte du deuxième verrou souterrain de la Nam Fuang, Tham Loynam, a été explorée et topographiée jusqu’à être traversée par un fossile au dessus de la résurgence (50m d’altitude au dessus). La rivière Nam Fuang avait beaucoup plus de débit ici que dans Tham Pha Yem, et cette rivière provenait de la “résurgence de la pelleteuse” (NFR1-2). Nous n’avons pas eu le temps de topographier cette résurgence, mais elle donne l’impression d’être le principal bras actif de la Nam Fuang, tandis que Tham Pha Yem semble être un actif temporaire secondaire qui fonctionne par trop plein.
Enfin plusieurs tentatives ont été menées pour atteindre le gouffre Go Tham, dans le piton au nord de la vallée centrale et à l’est de la jonction de la vallée nord/centrale, mais sans réussir à l’atteindre à cause de la densité de végétation et du dénivelé trop important. Malgré tout, après avoir échangé un peu avec des chasseurs, il doit exister un chemin tracé, à chercher à la prochaine expédition. Néanmoins ces tentatives ont quand même permi de trouver quelques cavités en chemin, Tham Kob une résurgence temporaire (siphonnant rapidement), et une résurgence dans le canyon de Nam Yunan (nom donné par un chasseur) de type vauclusienne de 40m de profondeur sur pente argileuse encombrée de tronc d’arbre avec une vasque profonde en bas et aucune suite sèche.
Les mesures topographiques ont été faites à l’aide de DistoX1 et DistoX2 couplés à des terminaux Android équipés du logiciel TopoDroid. Le traitement des données, leur assemblage et la cartographie des grottes explorées sont toujours en cours. Nous utilisons le logiciel allemand CaveRenderPro pour traiter les résultats de cette expédition.
Nous avons topographié environ 6 800 mètres en cumulé et ajouté neuf nouvelles grottes à la liste des cavités répertoriées par nos expéditions précédentes.
L’ensemble de nos rapports d’expédition sont publiés sur https://eegc.org/.
Coucher de soleil sur la montagne du Cerro Rabón (photo Diego Sanz)
Rentrés in extremis avant le début du confinement, c’était au milieu de la jungle mexicaine, qu’avait décidé de s’isoler une équipe de spéléos franco-helvético-italiano-américaine afin d’explorer le massif du Cerro Rabón (Etat d’Oaxaca au centre du Mexique). L’expédition s’est déroulée du 15 février au 13 mars 2020 et a rassemblé au total 19 spéléologues. L’objectif principal était de reprendre les explorations dans le système du Kijahe Xontjoa, un réseau karstique de grande ampleur dont les explorations, menées depuis les années 1980 et jusque dans les années 2000, ont déjà permis de découvrir ~30km de réseau pour ~1200m de profondeur. Le gouffre de Hard Rock, déjà en partie exploré, semblait être un accès plus direct au fond du système et c’est donc là que ce sont tout d’abord concentrés nos efforts pour permettre la jonction de cette cavité avec le reste du réseau du Kijahe Xontoja. 3 personnes ont été mobilisées sur 2 jours pour retrouver l’entrée de la cavité du Hard Rock et surtout pour tailler un chemin d’accès à travers la végétation tropicale afin de gravir les 300m de dénivelé et les 2,5km qui séparent le gouffre du camp de base. Un gros travail de rééquipement de la cavité a ensuite été nécessaire, et s’est vu perturbé par deux contraintes, une étroiture à -200m qui a fortement réduit les effectifs pour la suite de l’exploration et une météo très pluvieuse la première semaine du camp, freinant les descentes dans cette cavité. En effet, de nombreux puits, dont certains dépassent 150m de profondeur, sont parfois fortement arrosés. Plusieurs pointes ont permis d’une part la jonction de Hard Rock cave avec le système du Kijahe Xontoja vers –920m et d’autre part l’exploration de nouvelles galeries vers -650m. Face à une météo capricieuse et un temps restant limité, seule une pointe de 3 jours, réalisée par des suisses et des italiens, a permis de descendre au fond du Kijahe Xontoja afin d’évaluer les chances de poursuite du réseau. Au cours de cette expédition, 2,5km ont été rajoutés au réseau du Kijahe Xontoja qui atteint à ce jour un développement de 34,9km et une profondeur de 1206m.
Prospection par jour de beau temps dans la forêt mexicaine (photo Diego Sanz)
Dans le même temps, une autre cavité, Nita Nanga, s’ouvrant à proximité d’Hard Rock, a été explorée jusqu’à -250m présentant une succession de puits parallèles à ceux d’Hard Rock sans pour autant les rejoindre.
Parallèlement, une prospection a été initiée dans une grande doline située au-dessus du fond du réseau du Kijahe Xontojoa, moins loin du camp de base et moins haut en altitude. Bien que l’accès de cette zone soit relativement facile, la progression dans la doline en elle-même est difficile de part la densité de végétation dans la jungle et le relief karstique chaotique. Les signaux GPS se perdaient et nous avions alors recours aux levés topographiques de surface pour nous repérer. Les cavités explorées dans cette zone ne dépassent guère 100m pour l’instant, mais nos espoirs demeurent sur d’autres entrées repérées et encore non explorées, faute de temps.
D’autres secteurs ont également fait l’objet de prospections pour ouvrir de nouvelles zones d’exploration. La progression dans la jungle n’est pas toujours aisée. Il faut parfois jusqu’à 2h30 pour avancer de… 150m… Plusieurs cavités ont été repérées, quelques unes explorées dont la plus profonde, le gouffre de Crêtes, atteint -190m dans des volumes importants sans avoir pu être intégralement explorée, par manque de temps, et qui reste un objectif prometteur.
Exploration dans la cavité Nita Nanga, nom mazatec signifiant la « grotte du papillon » (photo Diego Sanz)
Suite à cette expédition 2020, la liste des cavités du Cerro Rabón s’enrichit donc 22 nouvelles cavités recensant ainsi un total de 180 cavités dont certaines offrent de belles perspectives d’exploration pour les prochaines expéditions. Au-delà du bilan spéléologique, l’expédition Cerro Rabón 2020 fut aussi une belle expérience humaine riche d’échanges linguistiques et philosophiques entre des spéléos venant de divers horizons, riche en partages avec les locaux, et (très) riche en tortillas et en chocolat (merci aux suisses !).
Cette expédition fut le fruit d’une collaboration entre membres de plusieurs fédérations de spéléologie européennes : FFS, SSS et SSI. Nous remercions ici particulièrement la Fédération Française de Spéléologie pour le parrainage de cette expédition par l’intermédiaire de la CREI.