Expédition spéléologique au Botswana : de la pédagogie et des pollens anciens

Cette mission assez courte s’est déroulée en mars 2026 pendant 15 jours avait un gros objectif pédagogique et scientifique avec l’accueil d’une équipe TV de France 5, la formalisation d’une collaboration avec une équipe de chercheurs tectoniciens qui travaille dans le Delta, l’encadrement en grottes d’étudiants de l’université du Botswana, le démarrage d’une thèse sur les guanos de chauve-souris de Gcwihaba et quand même, la recherche d’indices de présence d’un paléolac dans les réseaux afin de lier évolution géomorphologique de surface, climat et formation des cavités.

Participants

Philippe Auriol, médecin spécialiste des milieux isolés, licencié FFS ; Laurent Bruxelles, géoarchéologue préhistorien spécialiste d’Afrique australe, licencié FFS ; Bastien Chadelle, préhistorien spécialiste SIG, licencié FFS ; Véronique Olivier, licenciée à la FFS.

Tshwanelo Kgosana, étudiante PhD paléobotaniste (avec nous sous terre) ; Oaitse Ledimo, géologue, museum d’histoire naturelle de Gaborone, spéléologue (avec nous sous terre), One Tshukudu, étudiante PhD paléontologie spécialiste microfaune (avec nous sous terre).

Olivier Dauteuil, tectonicien spécialiste du mouvement des plaques tectoniques à l’intérieur des continents Marc Jolivet, tectonicien, spécialiste du climat et de la biologie dans le Delta de l’Okavango.

Résultats

Le tournage d’un documentaire de 90 minutes sur l’impact du changement climatique dans l’Okavango, a évolué vers la prise en compte des évolutions passées dont les seules archives sont stockées dans les grottes de Gcwihaba et de Koanaka. Les prises de vues ont eu lieu dans Gcwihaba cave et en extérieur et constitueront une longue séquence dans ce Grand Format Spécial Science sur France 5.

Tshwanelo sort de Dimapo, première expérience sur corde pour elle et un puit de 45 mètres dans un tube de forage.

Laurent Bruxelles a débuté l’encadrement d’une nouvelle doctorante sud-africaine en paléobotanique : Tshwanelo. Elle étudiera les carottes de guano prélevées dans le cadre de cette mission dans plusieurs cavités du secteur, afin d’en extraire les pollens et de pouvoir en définir les paysages floristiques des 20 derniers milliers d’années. C’est la première fois que ce type d’étude est mené en Afrique australe. En outre, les chauves-souris étant les porteuses de nombreux virus, la recherche des traces des paléovirus sera menée de front, pour la toute première fois sur plusieurs siècles à millénaires.

Carottage de guano avec les étudiants en archéologie de l’université de Gaborone

Les spéléologues ont encadré une classe de 12 étudiants en archéologie de Gaborone dans les cavités de Gcwihaba hills, en géologie et en géomorphologie, liant l’histoire des grottes à celle des lacs anciens. Les différents chercheurs ont également donné cours sur leur discipline respective dans une tente équipée à cet effet. La visite de Whadoum avec son P9 a été appréciée avec plus ou moins de crainte mais beaucoup de curiosité et d’enthousiasme.

Les étudiants ont tous voulu descendre à !Whadum et nous n’avion qu’une cienutre pour les sécuriser pour la descente d’un puit contre paroi qui s’agrandit soudain plein gaz sur les 6 derniers mètres. 1 h 30 de manip pour 11 étudiants ravis !

Les deux chercheurs de l’Okavango ont réalisé des prélèvements d’eau dans des sources en surface et sous terre.

Olivier Dauteuil et Marc Jolivet ont fait des prélèvements d’eau souterraine et de sources en surface.

L’équipe spéleo est retournée à Fossil cave pour prélever des sédiments ossifères pour One Tsukhudu, doctorante en paléontologie qui doit rassembler un échantillon statistique de 5000 ossements de microfaune par site pour terminer sa thèse. L’avant-dernier jour de la mission, nous sommes retournés documenter Dimapo cave et Laurent Bruxelles a identifié, sur les parois tout au long du réseau, les traces d’un ancien niveau de base que l’on peut corréler au paléo-lac Deception présent non loin d’ici il y a deux millions d’années.

Faits insolites

La savane était toute verte, on avait du mal à croire qu’on était dans le désert du Kalahari, c’était un Kalahari vert avec des quantités de kori bustard (outarde). Nous avons failli percuter un éléphant sur une piste de nuit, sans dommage que l’outrage fait à ce gigantesque animal. Des problèmes de véhicules avec crevaison de nuit et la perte d’une roue plusieurs fois nous ont bien occupé.

Samedi matin, a été l’occasion pour l’équipe de rejoindre le village de Xaï Xaï pour une rencontre de football amicale. Nous en avons profité pour ramener un petit marabout et des oriflammes à l’effigie du club de foot local. On a perdu les deux matches contre des ados survitaminés qui jouaient souvent pieds nus ou avec chacun une chaussure.

Remise du petit marabout et des flammes à l’équipe locale.
extrait du documentaire de l’équipe TV qui nous a diffusé ses images de tournoi de foot.

Perspectives

En octobre, ce sera la mission de fouille annuelle. L’équipe du Botswana National Muséum sera renforcée par des membres de la communauté San de Xai-Xai afin de nous aider à poursuivre la fouille de Bone Cave, le seul site de la région livrant une faune de plus de deux millions d’années. Nous retournerons dans les grottes de Koanaka afin d’y chercher ici aussi des traces d’ancien niveau de base lacustre, la formation et l’évolution de ces réseaux karstiques étant de plus en plus clairement liées à l’histoire des lacs du Kalahari. L’exploration de la cavité de Waxhu nord sera reprise avec un équipement spécifique adapté à cette cavité instable et complexe.

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